SOMMET PALESTINO-ISRAELIEN
ARAFAT ET NETANYAHU S’ENGAGENT A APPLIQUER LES ACCORDS BILATERAUX
“Les pourparlers seront longs et difficiles”, déclare le “tombeur de Pérès”
Leur première poignée de main a été qualifiée de “correcte mais peu chaleureuse”... Arafat et Netanyahu ont fait un “remake” moins tiède sur l’insistance des photographes...
Le gouvernement israélien doit s’engager à appliquer tous les accords conclus; c’est un préalable indispensable à toute rencontre entre Arafat et Netanyahu”, avait déclaré M. Saeb Erakat, ministre palestinien des Collectivités locales, qui menaient les pourparlers avec Dore Gold, conseiller politique du Premier ministre israélien, en prévision du sommet israélo- palestinien. Ces pourparlers- marathon avaient abouti, mardi soir, à une impasse et aucune date n’avait été annoncée pour cette entrevue bipartite. Ils se déroulaient par l’entremise de M. Terje Larsen, médiateur de l’ONU. En fait, de nombreux points de divergence restaient à aplanir, notamment celui relatif au redéploiement militaire israélien dans la ville de Hêbron, en Cisjordanie où sont installés quelque 450 colons juifs et vivent 120.000 Palestiniens. Netanyahu souhaite renégocier les conditions du redéploiement et exige la possibilité pour “Tsahal” de patrouiller dans certains quartiers de la cité, même ceux qui seront cédés à l’Autorité palestinienne.
PRESSIONS AMERICAINES
Tous ces faits rendaient difficile le sommet palestino-israélien, les positions des deux parties étant trop éloignées au point de porter les médiateurs à désespérer d’une rencontre au plus haut niveau. Mais ce qui paraissait irréalisable, la veille, s’est avérée possible le lendemain. Qu’est- ce qui s’est donc passé? Tout simplement, Washing-ton a exercé des pressions sur Tel- Aviv, le président Clinton ayant laissé entendre qu’il ne pourrait pas recevoir Benjamin Netanyahu la semaine prochaine dans la capitale fédérale, si ce dernier n’aurait pas conféré, au préalable, avec Abou- Ammar pour tenter de régler les problèmes qui entravent la reprise des négociations de paix. Ainsi, le Premier ministre israélien et M. Yasser Arafat se sont rencontrés mercredi au passage Eretz, situé à la frontière séparant Gaza de l’Etat hébreu. Ce fut donc le premier face- à face entre les deux hommes qui ont échangé une poignée de mains qualifiée par des témoins oculaires de “correcte bien que non chaleureuse”. Ils devaient tenir une réunion à huis clos en présence de leurs conseillers respectifs, avant de recevoir ensemble les représentants de la Presse, pour exposer la teneur de leur entretien et les résultats auxquels il a abouti. Tous deux ont affirmé leur engagement “à préserver l’opération de paix”. M. Netanyahu a insisté sur la nécessité d’assurer la sécurité et le bien-être aux peuples israélien et palestinien, “car, dit-il, sans la sécurité la paix ne peut être instaurée”. En réponse à une question concernant le redéploiement des forces israéliennes à Hébron, Netanyahu est resté dans le vague, ne fixant aucune date et se contentant de dire:” “La question sera édudiée intérieurement”.
LE PRECEDENT DE MADRID
Abou-Ammar s’est montré plus prolixe et n’a pas répondu par monosyllabes comme son interlocu-teur israélien. “MM. Netanyahu et Shamir, rappelle-t-il, ont entamé le processus de paix en participant à la conférence de Madrid en 1991. Je suis persuadé que nous œuvrerons ensemble en faveur de la paix dans l’intérêt de nos deux peuples. "J’ai rappelé à M. Netanyahu que Begin, ancien Premier ministre (de la droite israélienne) fut le premier à évoquer avec nous la possibilité de signer la paix, par l’intermédiaire du président Sadate”. Rien, de définitif n’est sorti de cette rencontre, mais le contact est rétabli et le seul fait qu’elle ait pu avoir lieu, permet de bien augurer de l’avenir. D'ores et déjà, elle a provoqué un début de détente dans les rapports entre Israéliens et Palestiniens. Pour Netanyahu qui refusait de rencontrer Abou-Ammar, c’est un point de non-retour.
SERVIR LA PAIX
Les réactions sont favorables. Ainsi, M. Hervé de Charette, chef de la diplomatie française, s’est réjoui de la rencontre, “L’important, dit-il, est que la poignée de main entre les deux leaders servent la paix”. “Il s’agit d’un pas positif pouvant favoriser la paix et en relancer le processus”, a déclaré M. Amr Moussa, ministre égyptien des Affaires étrangères, qui effectuait le même jour une visite officielle à Paris. A Tel-Aviv, le porte-parole du parti travailliste se félicite de la reprise du dialogue palestino-israélien, mais Ariel Sharon, (extrême-droite), minis-tre des Infrastructures, critique l’abouchement Netanyahu-Arafat, jugeant “qu’il n’aurait pas dû intervenir à ce niveau”. Enfin, M. Netanyahu annonçait, hier, une rencontre dimanche entre le chef de l’Autorité palestinienne et M. Mordekhai, ministre israélien de la Défense, pour examiner en détail les questions litigieuses, disant que “les pourparlers bipartites seront longs et difficiles”. Rappelons que le processus de paix se trouve dans l’impasse depuis l’arrivée au pouvoir du chef de la droite nationaliste israélienne. Netanyahu qui, il n'y a pas longtemps, qualifiait Arafat de “terroriste”, n’a donné son accord à la rencontre qu’après que le chef de l’Autorité palestinienne l’eut appelé au téléphone.