EDITORIAL

Par Melhem KARAM
DU LIBAN… A L’IRAN… EN PASSANT PAR LE PROCHE-ORIENT
Le fait de parler de la modération et de l’extrémisme est-il tombé parce que “Amal” et le “Hezbollah” se sont coalisés au sud et dans la Békaa? Non, naturellement, car ce fait dépasse le Liban; il n’est même pas “libanais”; il est américain englobant le Proche-Orient et le monde. A l’instar de l’Iran et de la Libye qui sont taxés d’extrémisme par les Américains. Il en est de même de Cuba dans le “contexte américain”. Le président US Théodore Roosevelt a milité au début de ce siècle pour faire des USA le gendarme de l'Amérique du Sud. En dépit de cela, il a obtenu en 1906 le prix Nobel de la paix, à la suite de sa médiation, à l’époque, dans la guerre russo-nippone. Bill Clinton, lui aussi, est entré dans le monde de la médiation internationale… et est apparu au sommet de Tokyo comme la vedette des “sept grands”. Le prix Nobel, même lui, perd quelque peu de son éclat le jour où on le politise. Yasser Arafat a obtenu à deux reprises le prix Nobel de la paix. Il a partagé la moitié du prix avec Menahem Begin et une autre moitié avec Yitzhak Rabin… c'est-à-dire à la fois avec les partis du Likoud et du Travail. La paix est une histoire qui attend, tantôt les élections de l’Amérique et, tantôt, celles d’Israël… Sans jamais attendre les élections des Arabes. Parce que les élections et les Arabes sont deux histoires antagonistes. Les Arabes coexistent avec l’une d’elles au Liban où les élections sont en même temps libanaises et arabes, chargées d’histoires que relatent les légendes. Le dernier chapitre de l’histoire de la paix a consisté en une rencontre entre Yasser Arafat et Benjamin Netanyahu. Beaucoup de choses ont été dites avant et après cette rencontre. Mais les plus importantes sont celles qui ont été rapportées au cours de la rencontre. D’après certaines d’entre elles, Netanyahu lui-même n’a pas rompu avec son idée initiale, preuve en est qu’il a dit: La rencontre n'aura lieu que si elle sert l’intérêt sécuritaire d’Israël. La raison dit cela. La raison dont le gouvernant, tout gouvernant, est tenu de s’inspirer pour asseoir le pouvoir sur des bases saines. Nul n’imaginait que la violence sévirait dans le cercle palestino-israélien pour favoriser la rencontre de l’homme du régime d’autonomie et de l’homme du pouvoir en Israël. Beaucoup ont été les artisans de la rencontre. Et beaucoup ont préparé Madrid et Oslo. Avant que les rencontres soient rendues publiques entre l’Egypte et l’Etat hébreu, elles étaient sèches, si on se remémore les jours passés, ceux de Palestine et des juifs. De la déclaration Balfour et bien avant, au temps des massacres qui marquaient les négociations dans les instances internationales; le temps des propositions relatives au partage en 1947. Le partage rejeté, les massacres reprenaient et les groupes juifs armés se répandaient en Palestine. Israël était créé avec la reconnaissance des deux grands, l'Amérique et l’Union soviétique. Parce que chacun de ces pays ne voulait pas se laisser devancer par l'autre, par rapport à un événement que Washington et Moscou savaient qu’il dépasserait le fait accompli. De mai 48 aux guerres et aux opérations-suicide. Les laideurs de ces souvenirs, du sang versé et des rancunes vieilles d’un siècle… tout cela se perpétuerait davantage si les partisans de la paix ne dépassaient pas le temps des rancunes, pour entrer de plein pied dans celui de la raison. Pour qu’ils ne fassent pas hériter des rancunes, comme ils en ont hérité eux-mêmes. La rencontre a eu lieu sans donner de résultat, parce que les deux hommes, ceux de la rencontre du 5 septembre, doivent se soumettre à une opération de normalisation, avant de lancer aux leurs des appels à la concorde et d’être des rédacteurs de pactes d’entente. Toute l’histoire est là, celle de la normalisation. Sinon la poignée de main entre deux hommes ayant raidi leur position, serait plus proche d’un jeu de théâtre que du comportement d’un gouvernant responsable. Jusqu’ici, Israël se comporte comme si la paix est un devoir accompli par les juifs; une concession consentie par ces derniers. Un don des juifs aux ennemis des juifs ayant perdu le don dans des guerres engagées avec eux. Ils viennent maintenant le réclamer par la souplesse et le pardon. La normalisation doit se faire avec cette manière de penser. La normalisation de la pensée et de la manière de penser israéliennes, avant la normalisation israélienne avec les Arabes et la normalisation arabe et, spécialement, palestinienne avec les Israéliens. La coalition du Sud entre “Amal” et le “Hezbollah” couvre les implications de la paix. Le “Hezbollah”, d’une manière spéciale, réalise cette vérité, car la paix et le fusil ne cohabitent pas, comme ne cohabitent pas non plus la paix et l’implantation. En revanche, la résistance et l’occupation cohabitent. L’une appelant l’autre? Non. L’occupation engendre la résistance; elle disparaît avec elle ou elles perdurent ensemble. Cet engagement est pareil à celui de l’effet et de la cause. Israël veut sa sécurité? Un autre aussi veut sa paix. Que dirons-nous du Liban qui a été la première victime de la sécurité des autres? La résistance reste un besoin libanais et arabe, sinon la coalition n’aurait pas eu lieu au Sud. Parce que le “Hezbollah” connaît les retombées des propos sur l'extrémisme et la modération. Du Liban… à l’Iran… en passant par le Proche-Orient.