LES EVENEMENTS DE LA SEMAINE
A l’instar du Liban-Sud, la liste de coalition dans la Békaa barre la voie aux surprises et les résultats du scrutin sont connus à l'avance. Puis, ce sera un autre match nul entre “Amal” et le “Hezbollah” qui se partagent les sièges parlementaires dans ces deux circonscriptions. D’ailleurs, les chefs des deux formations chiites rivales se sont téléphoné pour échanger les congratulations...
“AMAL” ET LE “HEZBOLLAH” RENVOYES DOS A DOS AU SUD...
“Qui a gagné au Sud?”, demandait lundi soir une caricature (télévisée), question à laquelle elle répondait par ce mot: “Personne”. Dès le moment où a été confirmée la coalition entre “Amal” et le “Hezbollah”, on avait pensé: “Il n’y a plus de bataille dans la partie méridionale du pays!. En fait, la bataille a été restreinte à Saida, dont les deux sièges (sunnites) sur la “Liste de la libération et du développement” présidée par M. Nabih Berri, étaient laissés vacants. Le chef du Législatif invitait ses supporters, la veille du scrutin, à accorder leurs suffrages à Bahia Hariri et Abdel-Rahman Bizri. De son côté, le “Hezbollah” menait campagne en faveur de Moustapha Saad et d’Ali cheikh Moussa. Le dépouillement des bulletins de vote a ramené au parlement les deux députés sortants de cette circonscription, à savoir Mme Hariri et M. Saad. Ainsi, on peut dire que les deux groupements chiites ont été renvoyés dos à dos, en ce sens qu'ils sont également représentés au parlement. Le cas de Moustapha Saad rappelle celui de Najah Wakim à Beyrouth: toutes les forces (officielles) se sont liguées pour l’éliminer et le “noyer”, mais il a refait surface à l’instar d’un submersible paré contre tout naufrage… On peut constater d'après les résultats du scrutin, que le panachage n’a pas sévi au Sud dans la proportion qu’on imaginait. A vrai dire, les partisans des deux groupements chiites se sont conformés à la consigne du parti, d’où le large écart de voix existant entre les candidats de la liste “Amal”-"Hezbollah” et les autres. Tout indique qu’il en sera de même ce dimanche dans la Békaa, où les candidats “coalisés” passeront haut la main, à moins de quelque surprise toujours possible, consistant en la percée de la liste par quelque outsider… Mais à la différence du Sud, dans la Békaa il n’existe pas de sièges vacants et il n’y a pas lieu de s’attendre à quelque surprise. La consultation populaire terminée, tout ne rentrera pas dans l’ordre. D’abord, des candidats malheureux se proposent de présenter des recours en invalidation du scrutin au Conseil constitutionnel. Puis, le climat ne semble pas appelé à se rasséréner à Saida. En effet, alors que Mme Bahia Hariri tendait la main “à toutes les parties, sans exception”, en vue d’édifier ensemble une patrie digne de tous ses fils”, Moustapha Saad s’en prenait avec virulence au président du Conseil et clamait: “La ligne nationale l'a emporté aux élections du Sud”. Il faudra attendre, aussi, de voir comment évolueront les rapports entre “Amal” et les Hezbollahis, des frictions et des heurts n’étant pas impossibles entre les deux fractions qui s’affrontent dans une lutte féroce dont l’enjeu est le leadership chiite.
Avant la fin de la consultation populaire, le chef du Législatif estimant avoir été plébiscité “jusqu’à l’an 2.000" a, d’ores et déjà, posé sa candidature à sa propre succession. N’aurait-il pas été plus décent et, surtout, plus respectueux de la nouvelle législature, de laisser à cette dernière le soin d’avancer le nom de M. Berri? Notre photo le montre avec son épouse, se recueillant devant les tombes des martyrs de Cana.
“PLEBISCITE JUSQU’A L’AN 2.000...”
Quand on assure sa réélection avec sa liste, de la manière et dans les conditions conformément aux-quelles la consultation populaire s’est déroulée, on doit avoir la victoire modeste... “la modestie étant le seul éclat qu’il soit permis d’ajouter à la gloire”. Comme on a pu le constater au cours de la conférence de presse qu’il a tenue à Msaileh, avant la proclamation des résultats du scrutin au Liban-Sud, le chef du législatif (sortant et futur), a présenté sa victoire “écrasante” comme “un plébiscite jusqu’à l’an 2.000" (sic). Se considère-t-il donc comme le représentant du Sud ou de tout le Liban, pour que M. Nabih Berri se soit hâté de poser sa candidature à sa propre succession? N’aurait-il pas dû attendre la fin des législatives, non pour l’annoncer lui-même, mais pour laisser à d’autres le soin d’adopter sa candidature à la deuxième présidence? Cela aurait été, croyons-nous, plus décent et, surtout, plus respectueux de la nouvelle législature qu’il place ainsi au pied du mur. Puis, qui redoute-t-il et quel membre (chiite) de l’Assemblée pourrait être aussi insensé pour oser lui faire la concurrence, surtout si l’appui des “décideurs” lui est assuré à l’avance? Il ne viendrait pas à l’esprit d’un Husseini, ni d’un Mohsen Dalloul ou encore moins d’un Kamel el-Assaad de lorgner une charge apparemment réservée au locataire de Ain el-Tineh, du moins jusqu’à un avenir prévisible! Pourquoi donc vous hâter, M. Berri? Rien ne presse d’autant que le fauteuil NÞ2 ne peut, jusqu’à nouvel avis, être occupé que par votre personne. Exactement commme la troisième présidence est, également, réservée à votre “allié stratégique”, lequel plus tacticien n’a pas encore explicité son intention. Mais cela ne peut plus tarder et il ne manquera pas de faire part de sa présomption, une fois les urnes remises au rancart... La tendance étant en faveur de la reconduction des mandats, tous deux n’ont à craindre aucun croc en jambe de la part de qui que ce soit, ni aucune entourloupette! Fait étrange: M. Berri se déclare opposé au système de la troïka, proclamant “son attachement à l’Etat des institutions basé sur la séparation des pouvoirs...” Prend-il donc tous les Libanais pour des béjaunes ou des gens crédules croyant à tout ce qu’on leur débite? Mais passons. Cela dit, M. Berri nous rassure: le fait pour les sympathisants de “Amal” et du “Hezbollah” de n’avoir pas respecté entièrement les consignes en pratiquant le panachage, ne remettra pas en question la constitution d’une liste de coalition dans la Békaa. “Nous formerons une liste commune dans les 48 heures; il reste seulement quelques retouches à y apporter”. Ce sera, sans doute, une “Liste de la libération et du développement” (bis)... Et de préciser le plus sérieusement du monde: “L’accord doit englober tout le monde”. Qui croit-il leurrer? Puis, est-ce lui qui choisit ses colistiers qui sont, d’ores et déjà, connus? Enfin, une dernière affirmation du chef (inamovible) du Législatif: "Nous resterons d’accord M. Hariri et moi-même sur les fondements en base desquels un Etat fort doit être édifié".
Alors que Damas accuse Netanyahu d’empêcher la reprise des négociations de paix, David Lévy, chef de la diplomatie israélienne a annoncé cette semaine à Paris, avoir chargé la France de transmettre à la Syrie et au Liban des messages dont il n’a pas révélé la teneur. Tout indique, cependant, que les efforts déployés à l’effet de relancer le dialogue israélo-syrien, sont une cuisson de cailloux, du moins avant les présidentielles américaines.
DIALOGUE SYRO-ISRAELIEN IMPOSSIBLE AVANT LES PRESIDENTIELLES US...
Bien qu’on soit convaincu du fait que le processus de paix sera bloqué jusqu’après les présidentielles américaines, les dirigeants israéliens s’agitent ces temps-ci et paraissent vouloir persuader l’opinion internationale de leur volonté “de mener à bien les négociations en cours avec les Palestiniens et, aussi, de parvenir à un accord de paix avec les Syriens”. Benjamin Netanyahu qui a tenu ces propos à l’issue de son entretien, lundi dernier, avec le président Clinton à la Maison-Blanche, a précisé: “Cette voie des négociations n’est pas facile, mais nous sommes engagés en sa faveur” (sic). Le chef de l’Exécutif américain, lui, s'est félicité de s’entretenir avec le “tombeur de Pérès”, sitôt après la rencontre qu’il qualifie “d’historique”, entre le Premier ministre israélien et le chef de l’Autorité palestinienne. Mais peut-on être sûr, comme l’affirme M. Clinton, que les Etats-Unis réalisent des progrès dans le domaine de la sécurité et de la paix au Proche-Orient, en promettant “de ne rien épargner pour faire avancer les négociations”. Comment peut-on y croire, lorsque Netanyahu persiste dans son refus d’évacuer le Golan, tout en blâmant le président Assad de vouloir imposer ses conditions avant de consentir à reprendre le dialogue? De plus, il refuse toute concession territoriale à la Syrie et propose de commencer par discuter d’un retrait israélien du Liban-Sud, proposition rejetée par Damas. Dans le cadre de sa tournée européenne, David Lévy, chef de la diplomatie israélienne, a confirmé, après sa rencontre avec Warren Christopher à Londres “le souhait de Tel-Aviv de reprendre les pourparlers avec Damas”. Or, ces derniers avaient été menés par Shimon Pérès (travailliste), sur la base de la restitution aux Syriens du plateau du Golan occupé (puis annexé) par l’Etat hébreu en 1967. Voulant être plus rassurant, le même M. Lévy a annoncé au terme de sa visite-éclair à Paris, cette semaine, qu’il avait chargé la France de transmettre au Liban et à la Syrie des messages (en rapport avec les négociations de paix) dont il n’a pas révélé la teneur. Ces propos sont destinés, apparemment, à la consommation extérieure, preuve en est que Nicholas Burns, porte-parole du département d’Etat, a tiré les choses au clair en émettant cette réflexion désabusée: “Les Etats-Unis poussent la Syrie et Israël à renouer le dialogue, mais aucun progrès n’a été réalisé sur cette voie”. Il s’agit donc d’une cuisson de cailloux. Rappelons qu’au cours de sa première visite à Washington en juillet dernier, Netanyahu avait refusé de céder aux pressions de Bill Clinton qui l’invitait à assouplir sa position. Est-il possible qu’il ait mis de l’eau dans son vin, maintenant que les sondages d’opinion accréditent le candidat démocrate aux présidentielles de plus de quinze points d’avance sur son rival républicain avec lequel “Bibi” s’est contenté, cette fois, de s’entretenir au téléphone, sans prendre la peine de lui rendre visite au siège électoral du G.O.P.?
ECHOS ET REFLEXIONS
HARO SUR LES MOUKHTARS!
Les listes d’électeurs “truffées d’erreurs” sont, à n’en pas douter, la principale tare des législatives 96. Toutes les circonscriptions en ont pâti, peut–être dans la même proportion, pour la simple raison que ces listes ont été laissées, dans la phase de leur préparation, à la merci de... moukhtars négligents. Cherchant, une fois de plus, à justifier ces erreurs, le ministre de l’Intérieurer en a fait endosser la responsabilité à ces commis de l’Etat, lesquels relèvent de l’Intérieur... Le ministre rappelle, à longueur de temps, qu’en dépit d’une note circulaire qui leur a été adressée début janvier 96, les moukhtars ne lui ont pas communiqué, dans un délai de deux mois, les listes d’électeurs épurées et mises au point. “Nous leur avons donné des instructions strictes, affirme-t-il, dans l’espoir qu’ils s’y conformeront; malheureusement, tel n’est pas le cas... Ils ont fait la sourde oreille à notre demande”. Et d’ajouter: “Ceci étant, dois-je clouer au pilori cinq-cents moukhtars, les révoquer tous ou les déférer devant le conseil de discipline?” Pourquoi pas? N’est-il pas normal et logique qu’un commis de la République soit châtié quand il faillit à son devoir ou est reconnu coupable de négligence? Pour ne pas appliquer à leur encontre le principe du châtiment et de la récompense, les ronds-de-cuir font fi des instructions émanant de leurs chefs hiérarchiques. Comment dans ce cas, la réforme administrative peut-elle être réalisée? Il va sans dire que la carte électorale, dont on parle depuis tant d’années, constitue le meilleur moyen d’assurer le bon déroulement du scrutin. Sera-t-elle adoptée en fin de compte?
Edouard BASSIL.