D'UNE SEMAINE A L'AUTRE
LA HIERARCHIE MARONITE POUR L’OPPOSITION CONSTRUCTIVE
Il ressort du dernier communiqué diffusé par l'assemblée des archevêques, que la hiérarchie maronite est pour l’opposition constructive au sein et en dehors de la Chambre des députés. “Le fait pour le Pouvoir, précise le communiqué, de ramener l'opposition à sa plus simple expression sous l’hémicycle, aura de fâcheuses conséquences au plan national. Car le système démocratique ne fonctionne normalement qu’en présence d’une telle opposition, apte à formuler son avis à propos de tout projet de loi soumis à la Chambre et, même, à empêcher sa ratification si elle le juge inacceptable”.
BATAILLES TRANCHEES AVANT DE COMMENCER…
Selon des observateurs objectifs, le scrutin au Liban-Sud et dans la Békaa a pris fin avant d'avoir commencé, en ce sens que la constitution de “listes de coalition” a, d’une part, atténué l’enthousiasme des électeurs et, d'autre part, réduit les chances des candidats individuels ou faisant partie de listes incomplètes. D’après d'autres analystes, les “listes de coalition” ont eu pour avantage de dissiper la tension et, partant, de prévenir des affrontements entre les “frères ennemis”, censés faire front commun contre l’occupant…
LE NOUVEAU PARLEMENT ACQUIS AUX “DECIDEURS”...
Il est de notoriété publique que le nouveau parlement issu des législatives, sera autant sinon plus servile que le précédent, acquis au Pouvoir et aux “décideurs”... qui auront la possibilité de le manipuler à leur guise... Ceci influera, à n’en pas douter, sur la vie politique et parlementaire, d'autant que l’Exécutif et le Législatif ont toute latitude de se concerter et de réduire toute velléité de l’opposition à bloquer les projets gouvernementaux.
LES “ARTISANS” DE TAEF EN MAUVAISE POSTURE...
Les élections générales ont mis en relief une vérité pour le moins étrange: de fait, la plupart des parlementaires ayant pris part à la réunion de Taëf et souscrit à l’accord aux termes duquel la guerre a pris fin au Liban, ont été écartés ou affaiblis, électoralement, aux législatives de 1992 et de 96. En effet, le président Husseini avait obtenu le moins de voix en 92. Le président Hoss, MM. Boutros Harb, Edmond Rizk, Albert Mansour et Georges Saadé ont été combattus avec férocité en 96. Si les deux premiers sont parvenus à s’en sortir, les autres ont échoué. Ainsi, l’accord de Taëf est maintenu tant bien que mal, alors que ses “symboles” tombent l’un après l’autre, surtout ceux parmi eux qui en réclament l’amendement...
TURK, MINISTRE DES EMIGRES?
Selon des milieux proches des responsables, M. Fouad Turk, ancien secrétaire général des Affaires étrangères, qui avait été amené à se désister en faveur d’un autre candidat grec-catholique aux législatives de Zahlé, détiendrait le portefeuille du ministère des Emigrés au sein du futur gouvernement. Et ce, en raison de l’expérience qu’il a acquise par rapport aux problèmes des Libanais d’outre-mer et pour le “récompenser” d’avoir cédé sa place au sein de la liste “officielle”. A la tête d’un tel département ministériel, M. Turk pourra renforcer les liens entre le Liban résident et émigré.
CONCERTATIONS EN PREVISION DU “FRONT D’OPPOSITION ELARGI”
Des nouvelles parvenues de Paris font état du retour à Londres de M. Dory Chamoun, leader du PNL, pour y avoir des rencontres avec des personnalités dont la liste a été établie par Me Ibrahim Kanaan, avec lequel le chef des Libéraux s’était entretenu avant de quitter Beyrouth. En ce qui concerne ses entretiens avec le président Amine Gemayel, le général Michel Aoun et M. Raymond Eddé à Paris, M. Chamoun les qualifie de positifs. Les quatre leaders ont échangé les vues sur le "front d’opposition élargi” devant être constitué en novembre prochain la veille de l’anniversaire de l’Indépendance. Les noms des personnalités qui en feront partie ont été passés en revue, mais on n’a pu encore connaître leur identité. On sait, toutefois, qu’ils représenteront les partis d’oppositions, le Bloc national en tête, et des personnalités mahométanes.
T. SALAM POUR UNE RELATION PERMANENTE AVEC HARIRI
M. Tammam Salam, député élu de Beyrouth, s’est dit disposé à coopérer avec ses collègues de la capitale, en vue de lui assurer tous les services aux plans urbanistique, social et économique. De plus, il s'est prononcé en faveur d'une relation permanente avec le président Rafic Hariri comme par le passé, “basée, dit-il, sur des données claires, de nature à assurer l’intérêt du Liban”.
ENTRE L’ANCIEN ET LE NOUVEAU
Les milieux politiques s’interrogent sur le fait de savoir si le futur Cabinet parviendra à avoir des rapports normaux avec la nouvelle législature. Un député sortant qui a été réélu, s’attend que le parlement issu des récentes législatives soit différent de celui de 92, en ce qui concerne, notamment, la formation des blocs parlementaires, étant donné le fait pour le chef du gouvernement de disposer de son propre bloc sous l’hémicycle, surtout s’il décide de coopérer avec celui du chef du Législatif.
“LE LIBAN, D’ABORD”, OPTION DANGEREUSE
M. Omar Meskaoui, ministre des Transports, qualifie de “dangereuse”, l’option “Liban, d’abord” proposée par Israël, sur base de laquelle il estime pouvoir régler son problème avec notre pays. “Cette option, soutient-il, vise à diviser les Libanais, comme c’est le cas, actuellement, en Irak”. Aussi, s’attend-il à une action concertée d’envergure au plan libano-arabe, dès la formation du nouveau Cabinet, le mois prochain, en vue de déjouer le nouveau complot israélien.
ON DIT...
- Que des candidats aux législatives n’ont pas encore touché les sommes promises contre leur désistement en faveur d’autres candidats…
- Que des contacts sont effectués, discrètement, entre les députés élus censés coopérer sous l’hémicycle, en vue de constituer un “front d’opposition” homogène.
- Que l’ardeur a faibli de certains candidats malheureux aux élections générales, à qui on prêtait l’intention de présenter un recours en invalidation du scrutin dans leurs circonscriptions. Et ce, suite au succès des listes de coalition au Sud et dans la Békaa.
...EN RACCOURCI
- Les résultats des élections montrent que les députés membres du bureau de l'Assemblée ont été réélus, ce qui porte à penser que ce dernier serait reconduit sans changement.
- Les “conseillers” du Pouvoir procèdent à une analyse du nombre des suffrages obtenus par tous les candidats de l’opposition - ceux qui ont été élus et les malchanceux - à l’effet de déterminer la “nature” de ces suffrages et leur influence.
OPINION
PROPOS.. APRES LES ELECTIONS!
Maintenant que l’opération électorale a pris fin, il nous faut enregistrer certaines observations qui viennent à l'esprit de bien des concitoyens. La perplexité provenait du titre qui s'est posé aux Libanais depuis de longs mois; plutôt depuis l’an dernier et bien avant. Les élections législatives devaient se dérouler en été. Là n’est pas l'étrangeté, mais dans le climat ayant accompagné les préparatifs des législatives. D’aucuns préconisaient son ajournement d’un mandat; d’autres pour un mi-mandat ou pour huit mois, afin que l’échéance arrive au début du printemps, à l'effet de sauver la saison estivale, ceux qui attendent cette saison ne devant pas en payer le prix… Effectivement, combien de réservations dans les avions en partance pour le Liban ont-elles été annulées l’été! Et combien de festivités n’ont plus eu lieu, au grand dam de ceux qui pouvaient en tirer quelque profit! Bref, l’important est que tous ces propos et ce qui s'ensuit sont tombés, sous prétexte que la démocratie serait compromise, si les délais de l’échéance n’étaient pas respectés. Cependant, elle est sauvegardée à l’abri du climat ayant entouré les différentes étapes de la consultation populaire. Surtout si la loi électorale est mise en application moins d’une semaine après sa ratification, les candidats à la députation étant tenus de mener leur campagne électorale en quelques jours. Alors que dans les pays évolués, la campagne commence dès la fin du scrutin, l’égalité des chances étant garantie pour tous, aucun moyen d’information officiel n’étant mobilisé au profit d’un candidat privilégié, pour en priver d’autres… Puis, tout n’est pas mis au service “de ceux qui sont avec nous” et pour combattre” ceux qui ne partagent pas nos opinions et n’appuient pas notre politique". Dans le monde démocratique, tous sont égaux devant la loi, sans aucune discrimination. Le respect des règles démocratiques et parlementaires se fait, non dans la forme, mais quant au fond. L'anticonstitutionnalité de la loi ne signifie pas qu’on doive en modifier la forme pour pouvoir l’appliquer, comme une planche de salut, sans tenir compte du délai constitutionnel. La démocratie se traduit dans le lexique des “patrons de la démocratie” par une mise en boîte et la manie de faire prévaloir une catégorie sur une autre en usant de divers moyens et procédés. L’Armée libanaise qui a pu assurer la sécurité et l’ordre dans tous les districts, a contribué à donner une idée de la démocratie véritable. Si des failles ont été relevées dans l’opération électorale, les politiciens en sont responsables, car la Grande Muette est restée en dehors du jeu politique, comme en dehors des bureaux de vote. Elle a servi de force d’appoint aux FSI et n'est intervenue qu’à la demande de ces dernières, lorsqu’elles ne parvenaient pas à faire face à quelque incident dépassant leurs possibilités. Comme l’institution militaire a pu assurer la sécurité, n’était-il pas possible de garantir le bon déroulement de cette opération du point de vue démocratique? Cela aurait été possible si les “patrons de la démocratie” l’auraient voulu. Quoi qu’il en soit, seule la carte électorale peut mettre un terme à la falsification des extraits de l'état civil et empêcher le vote des morts, surtout si on adopte la mécanisation pour prévenir tout ce qui risque d’entacher la régularité du scrutin. Car il n'est plus permis, à l’orée du XXIème siècle, de recourir à des moyens rétrogrades d’un autre âge...
NADIM EL-HACHEM.