ELECTIONS

Scrutin De La Békaa

FACE AU ROULEAU- COMPRESSEUR DANS LA BEKAA

PANACHAGE A OUTRANCE ET REFUS DU FAIT ACCOMPLI

Le rideau est tombé sur les législatives de 96, non sans avoir opéré un ultime effet de surprise lors de la dernière phase du scrutin avec deux candidats qui ont osé passer outre au “bulldozer”: le maronite Henri Chédid et le sunnite, Ismaïl Sukariyé. Le scrutin du mohafazat de la Békaa s’est, d’ailleurs, démarqué par un recours intense au panachage et les Békaaiotes n’ont pas manqué de manifester leur refus d’une coalition qui leur a été imposée. Toutes sortes de listes panachées ou piégées ont circulé, distribuées même par les “sponsors” des membres de la liste de la coalition qui, en fin d’après-midi du dimanche, se sont déclaré une guerre ouverte, encore feutrée en début de matinée. Tout indiquait dans le comportement électoral le refus du “rouleau-compresseur”. Je ne sais pas, d’ailleurs, si le président de la Chambre a réalisé combien son expression a paru “exécrable” aux yeux des Békaaiotes fiers de leur liberté. Même les candidats de la coalition ont dénoncé cette expression. Marwan Farès préfère parler de “Liste impériale”, vu qu’elle a été proclamée à partir de Baalbeck “cité des empereurs”, et Hussein el-Husseini dira: “Laissons le bulldozer à son conducteur”. Plus d’une personne s’est demandée, aussi si cette “machine” n’allait pas se retourner contre ses propres passagers, alors que les slogans et calicots visaient à la dénoncer. On s’interroge, en définitive, sur le point de savoir si le scrutin de la Békaa n’aura pas eu pour effet de démontrer l’échec politique de la coalition, même si 21 de ses 23 membres ont réussi. Les législatives dans la Békaa ont révélé, entre autre, que de tous les responsables officiels, seul le chef de l’Etat a eu le mérite et la pudeur de ne pas s’impliquer dans le scrutin de sa ville natale, alors que le président de la Chambre et le Premier ministre se sont engagés corps et âme dans le processus. Autre constatation valable pour le scrutin de la Békaa et l’ensemble des législatives: l’échec du vote sur la base du mohafazat en tant que circonscription unique qui fausse la véritable représentativité du pays dans sa diversité. Le caza demeure, dès lors, la formule idéale à réadopter à l’avenir. On ne peut pas non plus passer sous silence le vote des naturalisés qui ont suivi un même mot d’ordre défigurant, en quelque sorte, les résultats. Il ne nous reste plus qu’à espérer que, pour les prochaines législatives, on aura adopté la liste électorale et que tout le processus sera informatisé, tel que l’a promis le président Hraoui. Qu’on tiendra compte des erreurs et failles du scrutin qui vient de s’achever pour ne plus y retomber et qu’on aura de véritables élections législatives libres et démocratiques. Rendez-vous donc en l’an 2000.

Par Nelly HELOU.

Le président Hraoui se rendant au bureau de vote situé à l’école secondaire de Hoch el-Omara.

ZAHLE:

LA “FIANCEE DE LA BEKAA” PRIVEE DE SON ROLE DE LEADERSHIP

La “fiancée de la Békaa”, ville natale de l’actuel chef de l’Etat, n’était pas vraiment à son aise à ce scrutin électoral du 15 septembre. Plusieurs facteurs ont contribué à créer chez ses fils un sentiment de frustration. Tout d'abord, le fait que le vote se faisait, pour la première fois, sur la base du mohafazat et non du caza, tel qu’en 1992 et par le passé, a quelque peu dérouté les électeurs habitués à choisir leurs députés parmi des candidats qui leur sont familiers. Ensuite, le fait que la liste “officielle” qualifiée de “liste de l’entente et de l’unité nationale” ait été proclamée à partir de Baalbeck et non de Zahlé, a renforcé ce sentiment de frustation, comme si l’on avait cherché à réduire le rôle de la capitale de la Békaa. Ces leaders traditionnels ne semblaient pas avoir eu réellement leur mot à dire. D'où ce malaise qu'on ressentait, implicitement, aussi bien chez les candidats que chez les électeurs. A Zahlé et son caza, près de 123.000 électeurs, dont 63.000 pour la ville elle-même, étaient appelés aux urnes pour élire sept députés. Trente-six candidats inscrits sur les listes ou à titre individuel se sont disputés les sept sièges répartis comme suit: deux grecs-catholiques (cinq candidats), un maronite (quatre candidats), un grec-orthodoxe (sept candidats), un chiite (quatre candidats), un sunnite (treize candidats) et un arménien-orthodoxe (trois candidats).

Le chef de l’Etat et son épouse déposent leur bulletin de vote...

HRAOUI A EGALE DISTANCE DE TOUS

Afin de se tenir à égale distance de tous les candidats et d’assumer son rôle d’arbitre et de médiateur, tel qu’il l’a affirmé à maintes reprises, le chef de l’Etat a préféré, cette fois, suivre la bataille électorale dans sa ville natale à partir du palais présidentiel de Baabda, se démarquant nettement de son attitude lors du scrutin de 1992, où il s’y était directement impliqué avec son propre fils Roy, comme candidat. L’échec de ce dernier supplanté par son cousin germain et les impératifs d’une liste de coalition où figurait le député sortant, Khalil Hraoui, ont renforcé la position de neutralité du président Hraoui. Cela n’allait pas pour autant l’empêcher de remplir son devoir électoral. Vers 9h30 du dimanche matin, accompagné de son épouse, le président est arrivé à son domicile au quartier de Hoch el-Omara à Zahlé, où des mesures de sécurité draconiennes avaient été prises. Avant de se rendre au bureau de vote, il s’adresse en ces termes aux représentants des médias, venus nombreux couvrir l’événement: “Ces élections ont ramené, affirme-t-il, la confiance dans le Liban démocratique, libre et indépendant. J’ai voulu que ce jour soit pour moi, celui du devoir national, comme pour tous les citoyens. Et j’ai tenu à rencontrer les journalistes à mon domicile, non au bureau de vote qui, à mes yeux, est un lieu sacré et non pour y lancer des slogans”. Le chef de l’Etat poursuit: “Je redis à partir de ma ville natale, Zahlé, du quartier de Hoch el-Omara, ce que j’ai déjà dit auparavant: Je suis à égale distance de tous les candidats. Je viens remplir mon devoir comme tout citoyen et à travers les médias, j’invite tous les citoyens à le faire. Je souhaite qu’ils soient libres dans leur choix; j’insiste, là-dessus, car sans la liberté, le Liban ne peut pas être indépendant. Nous devons tous comprendre que la multiplicité des slogans d’ici et de là, surtout de la part des responsables religieux, gouvernementaux ou autres, ne donne pas la confiance dans le Liban de l’extérieur”. Evoquant le fait que le Liban est confronté à des problèmes internes et régionaux, le président Hraoui s’engage pour le reste de son mandat, de “toutes ses forces, dit-il, à consolider les principes de liberté, à informatiser les élections pour mettre fin à toutes ces rumeurs”...

Khalil Hraoui déposant son bulletin: les jeux sont faits.

Le vice-président de la Chambre remplissant son devoir électoral.

PANACHAGES ET RUMEURS...

A Zahlé, comme dans l’ensemble du mohafazat, il sera question tout au long de la journée du 15 septembre, de panachages, de listes multiples, de rumeurs selon lesquelles l’un ou l’autre des partenaires de la coalition ne respectaient pas leurs engagements vis-à-vis de la “liste”. On parle de 35.000 extraits de naissance qui auraient disparu la veille du scrutin du bureau de l’administrateur de la Békaa, mais le ministre de l’Intérieur dément, catégoriquement, cette information. Quant aux listes électorales truffées d’erreurs, elles ne surprennent plus personne. Les citoyens s’en plaignent devant les caméras. Mais que peut-on faire de plus, hormis que d’espérer qu’en l’an 2000 aux prochaines législatives, on aura informatisé le processus électoral; que les morts ne seraient plus appelés aux urnes; que les uns ne pourront plus voter à la place des autres?

Une voiture du Hezbollah passant devant le domicile du chef de l’Etat à Zahlé.

Une des rues de Zahlé.

LES ELECTEURS ONT ETE DEROUTES

A Zahlé, la résidence du député-candidat Elie Skaff ne désemplira pas de la journée. Son leadership qu’il a hérité de feu son père, Joseph Tohmé Skaff, est incontestable dans la région, mais la liste unifiée a cherché à l’éroder. Tôt dès les premières heures de la matinée, les informations qui parviennent à son bureau électoral parlent de panachage et certaines rumeurs disent que son nom est supprimé par le “Hezbollah”. Les contacts avec les députés du “Hezb” s’intensifient pour vérifier de tels propos et on sent un certain malaise. M. Skaff confirme que les électeurs, autant que les candidats, ont été déroutés par le vote qui se fait pour la première fois sur la base du mohafazat. “Par ailleurs, dit-il, il était difficile en peu de temps de contrôler la situation, d’entreprendre des tournées dans la Békaa, d’autant plus qu’on a attendu jusqu’à la dernière minute pour annoncer la formation de cette liste. Quant aux électeurs, ils n’ont pas pu tous l’admettre facilement, d’où le panachage”. Il considère, toutefois, “qu’en dépit du panachage, la liste de coalition est forte, car la majorité de ses membres sont des symboles ayant leurs partisans et leur représentation effective. S’ils sont sincères les uns envers les autres, il sera difficile de la percer”. Le ministre Chawki Fakhoury dépose son bulletin de vote et effectue une tournée dans la ville et le caza, affirmant être satisfait du déroulement du scrutin, considérant “qu’à Zahlé les élections sont un modèle de liberté”.

Le panachage va bon train dès les premières heures du matin.

Les candidats Elie Skaff et Chawki Fakhoury. A gauche Mme Skaff.

NECESSITE DES PARTIS POLITIQUES

Député sortant et candidat, sur la liste de la coalition, Khalil Hraoui reconnaît, lui aussi, que les électeurs de la Békaa, n’ont pas eu le temps d’assimiler le vote sur la base du mohafazat. Il se dit, pour sa part, favorable à ce découpage électoral, à condition qu’il y ait des partis politiques pour encadrer la formation des listes. Beaucoup de monde, aussi, à Ali Nahri au domicile du ministre de la Défense, Mohsen Dalloul qui se plaint de l’interférence de certains “services” dans le déroulement du processus électoral. La hantise du panachage plane sur les lieux, non par crainte d’un échec, mais par rapport au nombre de voix qu’obtiendra chaque candidat de la “liste de coalition”. En cours de journée, on notait à Zahlé un faible taux de participation au scrutin et on pensait qu’il ne dépasserait pas les 25%. Quelle ne fut la surprise d’apprendre le soir que, grâce au vote de la dernière heure, ce taux a atteint les 45,12%. Les sept candidats de la liste de la coalition furent élus.

BAALBECK-HERMEL

ICI SE JOUE LA VRAIE BATAILLE

Ce caza, le plus grand de la Békaa, compte 192,645 électeurs représentés au parlement par dix députés. 87 candidats répartis sur les listes ou individuels se sont disputés les dix sièges comme suit: six chiites (42 candidats), deux sunnites (19 candidats), un maronite (17 candidats) un grec-catholique (9 candidats). Avec l’adoption du mohafazat comme circonscription unique, la configuration électorale de Baalbeck-Hermel a pris une tournure différente de celle du scrutin de 1992. Le “Hezbollah” avait, à l’époque, formé sa propre liste imposant les candidats de son choix, non seulement pour les chiites mais aussi pour les autres communautés. Il avait affronté une liste présidée par l’ancien président de la Chambre, Hussein Husseini. Cette fois, les adversaires d’hier se sont retrouvés sur la même liste. Cela ne voudra pas dire pour autant que cela sera au goût des électeurs de Baalbeck - Hermel. “Le panachage nous dira-t-on à maintes reprises, est maître du terrain. Il y aura des surprises en fin de journée”. Mais ce panachage qui a perturbé tout au long de l’opération électorale plus d’un candidat, n’a réussi en fin de compte qu’à percuter le candidat sunnite, Hassan Hojeiry devancé par Ismaïl Succariyé, qui a failli être sur la liste de la coalition.

Le ministre de la Défense Mohsen Dalloul quittant son domicile à Ali el-Nahri.

Au Hermel toujours autant de supporters que d’électrices.

RAS-LE-BOL DES LISTES TOUTES FAITES

La ville de Hermel constitue une véritable oasis dans un environnement plutôt désertique, le seul du genre au Liban. Le fleuve de l’Oronte qui prend sa source non loin de la localité, rend la région verdoyante. Partis tôt de Beyrouth, à six heures du matin, nous voilà à huit heures trente au Hermel, ayant pu franchir en un temps record cette longue distance. Les fanions du “Hezbollah” sont partout même si, avec le mohafazat comme circonscription unique, ce groupe politique dominant dans ce secteur, n’a pu former la liste à sa guise ayant dû admettre le principe de la coalition. Devant le bureau de vote réservé aux femmes, installé au siège du tribunal du Hermel, c’est déjà la bousculade sous le regard vigilant des effectifs de l’armée libanaise déployée en force dans tout le secteur. Les électrices sont matinales et les supporters des candidats nombreux. Toutes sortes de listes panachées ou piégées circulent d’une main à l’autre. A l’intérieur, deux urnes ont été placées dans une même chambre plutôt étroite et on se demande comment les scrutateurs vont pouvoir s’en tirer? D'ailleurs, le député sortant et candidat indépendant, Séoud Rouphaêl en tournée dénonce tout haut, cette irrégularité. Pour lui, le terme de rouleau - compresseur a provoqué une vive réaction chez tous les fils de la Békaa. “Il est du droit, dit-il, du citoyen, de ne donner sa voix qu'à celui qui la mérite. Nous espérons que le 15 septembre 96 sera une étape radicale dans l'histoire de la vie électorale de la région. Nous en avons tous ras-le-bol, des coalitions, alliances, scénarios et listes toutes faites.”

LES DIFFERENTES LISTES

Cinq listes avaient été formées. Une seule complète, celle de la coalition nomme “Liste de l’union et de l’unité” mais unanimement qualifiée par les électeurs (pro ou anti) de “liste du rouleau-compresseur”. 2- La “Liste du peuple”, présidée par Tarek Habchi avec 10 candidats, incluant Albert Mansour et Farouk Dahrouge. 3- La “Liste de la Békaa”, présidée par Rached Sabri Hamadé, avec 14 candidats dont l’ancien ministre Bassam Mortada. 4- La “Liste du développement de la Békaa” avec dix candidats. 5- La “Liste de la fidélité à la volonté du peuple”, avec 7 candidats, dont Henri Chédid. Les autres candidats se présentaient à titre individuel.

LES “ACHAERS” ONT TOUJOURS LEUR MOT A DIRE

Au Hermel, le rôle des “Achaërs” (clan familial), demeure fort et omniprésent. Les Hamadé qui constituent un des clans importants de la région, tout comme les Jaafar ou les Chamas, auront chacun son candidat, mais aucun dans la “liste officielle”. Fils de Sabri Hamadé qui fut durant des années président de la Chambre, Rached Hamadé a formé une liste incomplète de 14 noms appelée “liste de la Békaa. Nous le croisons alors qu’il vient de voter et retourne à son domicile encadré et suivi de ses partisans. “Pour l’heure, confie-t-il “Amal” et le “Hezbollah” sont en train de s’observer mutuellement. Si l’un va commencer à rayer des noms, l’autre le fera aussitôt. Pour ma part, je me suis lancé dans la politique seulement depuis un an et demi. C’est insuffisant, mais je compte sur la popularité de Sabri Hamadé et le nationalisme de mes compatriotes. Ils ont besoin de voir s’instaurer, l’Etat des institutions, non celui de la troïka. J’ai bien peur que le rouleau-compresseur s’étende à tout le pays. Il faut, non seulement le détruire mais, aussi, casser la tête de son conducteur”.

UNE LISTE “IMPERIALE”

En continuant notre tournée au Hermel, nous rencontrons le candidat du PSNS (ex-P.P.S.) Marwan Farès (grec-catholique) et fils de la localité de Kaa. Il est sur la liste de la coalition et semble confiant et sûr de l’issue du scrutin: “L’opération se déroule normalement, dit-il, il y a peu de panachage et, d’après nos informations, les membres de la liste respectent les accords. Je m’attends à ce qu’elle passe entièrement”. Concernant l’appellation de liste du rouleau compresseur attribuée à la liste de la coalition M. Farès nous dit: “Nous avons proclamé cette liste à partir de Baalbeck, cette cité historique. Pour cela, il est plus noble de la qualifier “de liste impériale” Sur son attitude politique, il affirme: “Nous ne sommes ni loyalistes, ni opposants. Nous serons avec le gouvernement, s’il agit bien et contre s’il agit mal. Comme il a fait le bon choix concernant les législatives, nous l’appuyons”. “Mon objectif, ajoute-t-il, est de relever le défi du sous-développement et des privatisations dont souffre cette région”. Par rapport à sa ville natale El-Kaa, il affirme que ses fils déplacés ont réintégré leurs foyers et qu’il compte obtenir 80% de ses voix. “Ces jeunes qui m’accompagnent, tient-il à dire, étaient d’ex-F.L.” L’image la plus insolite qui marquera le scrutin du Hermel est l’arrivée massive des citoyens fraîchement naturalisés venant des villages syriens proches du Liban, dans des bus syriens, pour déposer leurs bulletins monochromes, en faveur du “bulldozer”. Selon une source d’information, ils seraient pour tout le mohafazat, de la Békaa au nombre de 22.500. Incroyable, mais peut-être vrai. En tout cas, ahurissant!...

Le président Husseini à son domicile à Baalbeck: “nous avons toujours milité pour une liste d’union et d'entente”.

L’entrée de la ville de Hermel.

BAALBECK COEUR DE LA BATAILLE ELECTORALE

Il suffit de s'installer sur la place centrale de la ville historique de Baalbeck, devant le sérail, pour sentir le véritable “pouls” de la bataille électorale. Les candidats y passent, immanquablement, et l’on croise un grand nombre de nos confrères et consœurs de la presse écrite et audio-visuelle. Les agents des F.S.I. s’évertuent dans la mesure du possible à dégager la place, à faire avancer la circulation. L’armée libanaise est omniprésente. En plus des positions fixes qu’elle a prises, elle fait circuler des patrouilles, ce qui aura pour effet de renforcer les embouteillages dans les rues de la ville déjà suffisamment encombrées. Calicots, portraits, photos, sol jonché de listes électorales, tout le décor de la “fièvre du dimanche” y est. Le candidat du Baass (pro-syrien) arrive sur la place dans sa “Mercédès” portant une plaque syrienne… Sollicité par les médias, il exprime sa satisfaction quant au bon déroulement du scrutin. Lui qui était tombé, semble-t-il, en disgrâce, pendant quelques yeux, est de nouveau agréé. Sa candidature, dit-on, aurait compensé le retrait de celle de Abdallah el-Amine, député sortant baassiste au Sud. Les propos du candidat Akef Haïdar, arrivant sur les lieux seront par contre durs et très critiques à l'encontre des autorités et du rouleau-compresseur.

Même procédé chez ces jeunes électeurs.

Rached Sabri Hamadé visitant les centres électoraux de sa ville natale Hermel.

MULTIPLICITE DES LISTES ET PANACHAGES

La multiplicité incroyable de listes qui circulent devant les centres de vote, les affirmations émanant des électeurs, tout comme des supporters, confirmant le recours au panachage, vont s’imposer aux yeux de tout observateur, tel un mirage qui fait croire que la liste de la coalition sera largement percée. Mais le langage des urnes sera différent: oui, il y a eu du panachage sur une large échelle, mais l'existence de quatre listes face au rouleau-compresseur, l’éparpillement des voix entre différents candidats face à ceux de la liste du pouvoir lui a rendu service. Quelle ne sera, dès lors, la déception de tous ces électeurs et supporters qui, devant chaque centre et bureau de vote n’ont fait que confirmer le recours au panachage sur une très grande échelle disant: “Le békaaïote n'accepte pas les formules toutes faites, ni les diktats. Ici, chacun vote pour soi et les gens forment leur propre liste”. En circulant dans Baalbeck, on constate à partir de 13 heures une nette diminution de l'affluence devant les centres de vote, du calme dans les rues, si bien que vers quatorze heures, on aurait pu croire que les élections étaient terminées. Il semble qu’un mot d’ordre a circulé pour refroidir l’enthousiasme des électeurs, en attendant de savoir dans quelle direction les vents allaient tourner. Vers 15h30, 16 heures, ce fut à nouveau un rush de votants avec des directives bien précises. Tant et si bien que le taux de participation final va atteindre, contrairement à toutes les prévisions de la journée, le taux de 59,2% pour Baalbeck - Hermel, alors qu’on pensait qu’il serait de loin plus faible.

CHARCUTE-T-ON LE NOM DU PRESIDENT HUSSEINI”?

A l’intérieur des temples romains de Jupiter et Bacchus et des imposantes ruines historiques de Baalbeck, les touristes seront bien rares en ce dimanche électoral. On se rend à l’hôtel “Palmyra” qui constituera pour les journalistes un hâvre de tranquillité, avec l’espoir d’y rencontrer le président Husseini. L’hôtel est transformé en une véritable ruche de travail pour l’ancien chef du Législatif: bureau électoral, centre de distribution des rations alimentaires bien présentées… En arrivant à l’hôtel, on sent très vite une tension dans l’air: les informations reçues par la machine électorale rapportent que le “Hezbollah” est en train de rayer de la liste le nom de Hussein Husseini. On nous interroge: est-ce vrai? avez-vous remarqué ceci? Mais, en tant que journaliste, tout ce qu’on a relevé c’est un courant massif de panachage. Les contacts téléphoniques s’intensifient, pour en savoir davantage, se rassurer. Un proche de Husseini nous confie: “On s'est engagé à respecter toute la liste et on maintiendra, jusqu'au bout, notre attitude quoi qu’il advienne. La tension baissera vers 15h30 et l’un des supporters nous dira: “Ce n’était que de fausses rumeurs”. Les urnes, toutefois, diront leur dernier mot. Un peu avant 16 heures, le président Husseini arrive à son domicile à Baalbeck, près de l’hôtel Palmyra et nous accorde cette brève interview. “Cette nouvelle expérience du vote sur la base du mohafazat, dit-il, mérite qu’on lui accorde tout l'intérêt et l'attention nécessaires. D’où, par ailleurs, la formation d’une liste d'entente et d’unité. Sur sa participation à cette coalition, alors qu’il aurait pu former sa propre liste, il affirme: “J’ai œuvré, dès le départ, pour la formation d’une liste de coalition et même lorsqu’il y avait peu d’espoir encore d’y aboutir, j'ai insisté pour sa constitution? Qu’en est-il du panachage et des rumeurs disant que le “Hezbollah” est en train de rayer son nom, M. Husseini répond: “Les rumeurs sont multiples et même si cela est vrai, je maintiens mon engagement total vis-à-vis de la liste, car il est de l’intérêt de tous ses membres d'assurer sa réussite, l’important n'étant pas le scrutin d'aujourd’hui, mais le travail qui doit se faire par la suite. Cette liste n’est pas un but en soi, mais un moyen pour faire réussir une idée, un objectif? - Ce n'est donc pas d’assurer la réussite du rouleau - compresseur? - Laissons ce rouleau-compresseur à ses propriétaires”, conclut-il.

LE CHOIX DU CANDIDAT MARONITE

Deir el-Ahmar va constituer un cas quelque peu à part au caza de Baalbeck - Hermel. Un seul siège pour les maronites y est à pourvoir et 16 candidats se le disputent. Le député sortant, Rabiha Keyrouz; pris sur la liste officielle est le candidat du “Hezbollah”. Ce qui est pour le moins étrange! Pourquoi est-ce le “parti de Dieu” qui doit décider du candidat maronite de Deir el-Ahmar? Le “Hezbollah” avait réussi à s’imposer en 92 et n’a pas hésité à récidiver. Face au maronite appuyé par une fraction politique déterminée et intégrée au “bulldozer”, Deir el-Ahmar ne parviendra pas à s’entendre sur un seul candidat de confrontation. Ses fils qui avaient boycotté le scrutin en 92, se rendront cette fois aux urnes dans une bonne proportion. La pléthore de candidats, l’influence traditionnelle des familles éliminera de facto la chance de chacun, notamment celle de l’ex-député Tarek Habchi qui, ne s’étant pas présenté en 1992, aurait pu être, cette fois près de réussir. Mais des voix éparpillées ne peuvent jamais confronter un bulldozer...

BEKAA-OUEST ET RACHAYA:

DES SURPRISES CONTRE TOUTE ATTENTE

Akef Haïdar ne mache pas ses mots.

Elle panache les listes.

Mahmoud Abou Hamdane était quasiment élu d’avance.

Assem Kanso pensif. Pourquoi?

Dans la Békaa-ouest et à Rachaya, 93.991 électeurs avaient été appelés aux urnes, pour élire six candidats sur les 19 en lice. Les sièges sont répartis comme suit: deux sunnites (7 candidats), un maronite (3 candidats), un grec-orthodoxe (3 candidats), un chiite (2 candidats) un druze (4 candidats). A priori, on pensait que le scrutin dans cette circonscription serait calme, sans fièvre électorale et que les députés sortants, pris tous sur la liste du “rouleau compresseur”, parmi lesquels trois ministres, un vice-président de la Chambre et un ex-ministre seraient élus d’office. Mais déjà au cours de la journée, on commençait à noter que les “sponsors” du “Hezbollah” de Hermel, à Baalbeck et jusqu’à Zahlé et Machghara étaient en train de barrer le nom du ministre Robert Ghanem, le remplaçant par celui de Me Henri Chédid. Sur certaines listes, le nom de Farouk Dahrouge sunnite communiste, supplantait celui du député-candidat loyaliste Sami el-Khatib. Dahrouge était, d’ailleurs, sur “la liste du peuple” formée par le candidat maronite de Deir el-Ahmar Tarek Habchi et groupant l’ex-député Albert Mansour (grec-catholique). Puis, dès dimanche soir et tout au long de la journée du lundi 16, avec la progression du dépouillement des urnes, les résultats officieux démontraient que Ghanem et Chédid se talonnaient, Dahrouge faisant une rude concurrence à Sami el-Khatib. Le retard jusqu’au mardi 17 pour la publication des résultats officiels a mis chez tout observateur éclairé la puce à l’oreille. Mardi 17 à 10h30, les résultats officiels étaient enfin proclamés et Chédid était élu opérant la 2ème percée dans la “liste de l'entente”.

A l’entrée des bureaux de vote, d’une école officielle à Baalbeck.

Marwan Farès: mieux vaut dire “liste impériale” que rouleau-compresseur.

PANACHAGE ET INCERTITUDE

De Saghbine à Machghara, dès l’instant où les candidats loyalistes et opposants apprennent que le panachage bat son plein, un climat trouble et d’incertitude va planer sur la région. L’affluence des électeurs aux urnes est tiède, les taux de participation sont faibles, surtout que parmi les fils de la Békaa-ouest beaucoup sont émigrés ou résident en dehors de la région. Ces derniers ne jugeront pas nécessaire de se déplacer pour voter. A Machghara, les chrétiens déplacés qui constituaient l’élément dominant de la ville célèbre par ses tanneries, (il n’y en a plus qu’une seule), exposeront leurs doléances: ils souhaiteraient tant réintégrer leur domicile, occupés jusqu’à l’heure par les fils de Maydoun et espèrent que les députés élus se pencheront sur leur situation. Pour l’heure, dans la Békaa-ouest, les voix chrétiennes ne dominent pas et c’est, finalement, les électeurs des autres communautés qui feront pencher la balance. A Rachaya, côté druze, la bataille se joue entre deux familles traditionnelles: les “Daoud” et les "Aryane”, mais demeurera assez terne marquée, comme partout ailleurs, par le panachage. Le député sortant y sera réélu. Jeb Janine, connaîtra, certes, sa fièvre électorale avec deux de ses fils sur la liste de la coalition: Elie Ferzli et Sami el-Khatib. Mais elle n’échappera pas non plus au jeu du panachage. La Békaa-ouest est une région fertile, au climat sec et vigoureux. Ses fils émigrés rentrés au bercail y ont construit de belles villas au milieu d’un environnement vert. Au bord du beau lac de Karaoun, s’achève cette dernière phase des législatives de 1996. Le rideau tombe avec l’heure crépusculaire et ce n’est pas sans inquiétude que l’on s’interroge sur ce que les années à venir nous réserveront...

Un peu d’ombre est salutaire.

Sami el-Khatib et Abdel Rahim Mrad.

INCROYABLE, MAIS VRAI!

Dimanche 15 septembre, au milieu de la matinée, observateurs et représentants des médias affirmaient que le mohafazat de la Békaa connaîtra le plus faible taux de participation, évalué autour de 14 heures à 15% comme chiffre d’ensemble. A 16 heures, il passe à 21%; à 16h30, à 29% et, à 17 heures, le ministère de l’Intérieur avance le taux de 37,2%. Puis, comme sous l’effet d’une baguette magique, on apprend que la durée du vote est prolongée (elle le sera par endroit de deux heures), vu l'affluence des électeurs dès 15h30 - 16 heures. Pour la première fois, un tel phénomène se produit. A 17h30, le ministère de l'Intérieur annonce un taux qui grimpe pour atteindre les 48,05% et, à 19 heures, le taux officiel et final est de 52%, répartis comme suit: Zahlé: 45,12%; Baalbeck et Hermel: 59,17%; Békaa-ouest et Rachaya: 44,51%. Le nombre des votants qui était à 17 heures de 178.000, passera à 19 heures à 210840. Comment cela a-t-il pu se produire? C'est incroyable, mais vrai au Liban, pays des miracles!

Les ruines majestueuses de Baalbeck d’où fut proclamée la liste de la coalition.

LES RESULTATS OFFICIELS DES ELECTIONS DANS LA BEKAA

ONT ETE ELUS :

CAZA DE ZAHLE :

Mohsen Dalloul (chiite) 95258

Elie Joseph Skaff (grec-cath.) 81697

Nicolas Fattouche (grec-cath.) 73378

Khalil Hraoui (maronite) 63962

Chawki Fakhouri (grec-orth.) 60556

Georges Kassarji (arm. orth.) 57981

Mohamed Ali el-Meiss (sunnite) 51547

CAZAS DE BAALBECK - HERMEL :

Ibrahim Amine el-Sayed (chiite) 93043

Hussein Hajj Hassan (chiite) 864961

Ammar Moussaoui (chiite) 85042

Hussein Husseini (chiite) 68932

Assem Kanso (chiite) 67209

Ghazi Zéayter (chiite) 61479

Ibrahim Bayane (sunnite) 74983

Ismaïl Succariyé (sunnite) 41940

Rabiha Keyrouz (maronite) 66424

Marwan Farès (grec-cath.) 51501

CAZA DE LA BEKAA-OUEST - RACHAYA :

Mahmoud Abou-Hamdane (chiite) 105192

Elie Ferzli (grec-orth.) 95699

Fayçal Daoud (Druze) 71354

Henri Chédid (maronite) 68510

Abdel-Rahim Mrad (sunnite) 75225

Sami Khatib (sunnite) 52361

LES PREMIERS PERDANTS :

CAZA DE ZAHLE :

Georges Sawan (maronite) 31439

Ali Maïta (sunnite) 21989

Ibrahim Chahine (chiite) 18668

Tony Abou-Khater (grec-cath.) 39313

Nassif Al-Tiné (grec-orth.) 21493

Antoine Nachanakian (Arm-orth.) 22054

CAZAS DE BAALBECK - HERMEL :

IRefaat el-Masri (chiite) 58288

Tarek Habchi (maronite) 33172

Albert Mansour (grec-cath.) 25648

CAZA DE LA BEKAA-OUEST - RACHAYA :

Farouk Dahrouge (sunnite) 43904

Norma Adib Ferzli (grec-orth.) 13836

Ghassan Chébli Aryane (druze) 28753

Robert Ghanem (maronite) 67240

Ahmad Kamar (chiite) 600.

NOUVEAUX VISAGES:

Neuf nouveaux députés ont fait leur entrée, place de l’Etoile.

CAZA DE ZAHLE :

Chaouki Fakhoury (grec-orthodoxe)

Mohamed Ali el-Meiss (sunnite)

CAZAS DE BAALBECK - HERMEL :

Assem Kanso (chiite)

Hussein Hajj Hassan (chiite)

Ammar Moussaoui (chiite)

Ghazi Zéayter (chiite)

Ismaïl Succariyé (sunnite)

Marwan Farès (grec-catholique)

CAZA DE LA BEKAA-OUEST - RACHAYA :

Henri Chédid (maronite)