LES EVENEMENTS DE LA SEMAINE
Les législatives de 96 ont suscité beaucoup de déception et d’amertume, en raison d’une loi électotale inique ayant privilégié certaines régions et des candidats déterminés aux dépens des autres. Listes d’électeurs truffées d’erreurs, votes occultes, manipulations à peine voilées lors de la constitution des listes sont autant de faits ayant entaché la consultation populaire et contribué à élire une Assemblée monochrome. Peut-on espérer en un scrutin meilleur et plus propre en l’an 2.000?
EN MARGE D’UNE CONSULTATION POPULAIRE OBJET DE CONTESTATIONS...
Aussitôt fermés les bureaux de vote dans la Békaa, dimanche dernier, le ministre de l’Intérieur s’est empressé de tirer les leçons des législatives, non seulement dans ce district, mais partout au Liban. Première assertion du ministre: “Le scrutin a été libre et démocratique (ce qui reste à prouver). A l'appui de cette affirmation, cet argument: “Le chef de l’Etat a insisté sur la nécessité d’assurer le déroulement des élections dans un climat sain, l’Autorité devant rester neutre et à égale distance de tous les candidats… Et c'est ce que nous avons garanti dans une large mesure”. Ici une question s’impose: la neutralité du Pouvoir et des “décideurs” a-t-elle été préservée lors de la constitution des listes”. Autre argument qui prête à rire: “La neutralité de l’Autorité est corroborée par l’élection de plusieurs de ses détracteurs”… Combien sont-ils? On peut les compter sur les doigts d’une main (ou des deux tout au plus) dans toutes les circonscriptions. Aussi, formeront-ils une infime minorité sous l’hémicycle, donc incapable d’arrêter le “rouleau compresseur” qui emportera toute velléité d’opposition sur son passage… Puis, le ministre de l’Intérieur s’est vanté d’avoir reçu un satisfecit de son prédécesseur, artisan des législatives de 92. Celui-ci aurait reconnu “qu’Abou-Elias a eu le mérite de veiller au bon déroulement des élections générales”. Autre point soulevé: Pourquoi certains ont-ils protesté et trouvé étrange le fait pour le gouvernement, dont la plupart des membres étaient candidats à la députation, de superviser l’opération électorale? “En 1966, rappelle le ministre de l'Intérieur, le Cabinet de l’époque avait bien supervisé la consultation populaire, au terme de laquelle le ministre de l’Intérieur, Sleiman Frangié avait été élu, alors que son collègue des Affaires étrangères n’avait pas obtenu le nombre des suffrages requis”. Mais le ministre (actuel) de l’Intétieur perd de vue que le scrutin s’était déroulé en 68 dans des conditions différentes de celles de 96 et sur base d’une loi non boîteuse et inique. Oublie-t-on, d’autre part, qu’une crise de confiance sévit chez nous ayant pour conséquence de séparer le Pouvoir des administrés? Dans ce cas, l'Autorité peut-elle être juge et partie? Au plan de la sécurité et, de l’avis général, les effectifs de l’Armée et des FSI se sont acquittés à la perfection de leur devoir. Ceci étant, le gouvernement ne peut s’attribuer le mérite d'avoir maintenu l’ordre au cours des législatives. Le ministre soutient, par ailleurs, qu’une commission ad hoc avait été chargée d’enquêter sur les plaintes. On aimerait savoir quel sort a été réservé à ces dernières et quelle suite leur a été donnée. Quant aux listes d’électeurs truffées d’erreurs, le ministre les justifie en ces termes pour le moins étranges: “C’est un fait courant chez nous… de même que l’ingérence des fonctionnaires en faveur de candidats déterminés” (sic). Sans commentaire! Enfin, une promesse qui, croyons-nous, a peu de chance d’être tenue: le ministre s’engage à prendre les dispositions voulues à l’effet d’adopter la mécanisation et la carte électorale. “Si ce n’est pas par mes soins, ajoute-t-il, ce sera par l’intermédiaire de mon successeur, le Pouvoir se caractérisant par la continuité”. Attends, bourricot, que l’herbe pousse!
Le redéploiement des forces syriennes stationnées au Liban a été qualifié “d’enigmatique” par les Israéliens, leur ministre de la Défende en tête qui a dit “ne rien comprendre à cette mystérieuse opération”. Cependant, M. Mohamed Salman, ministre syrien de l’Information, (notre photo), a dit qu’il n’y avait rien d’enigmatique dans ce mouvement de troupes “qui reflète la confiance de Damas dans l’Armée libanaise et sa capacité à prendre en charge, avantageusement, le maintien de l’ordre et de la sécurité”.
PAS D’ENIGME DANS LE REDEPLOIEMENT DES FORCES SYRIENNES
Le redéploiement des forces syriennes stationnées en territoire libanais, est considéré comme une “énigme” par le ministre israélien de la Défense, Mordekhai qui a dit au début de la semaine: “Je ne comprends pas le motif de ce déplacement des troupes syriennes”, avant d’enchaîner: “Mais nous agirons de manière à éviter l’affrontement avec elles”. Quant à Benjamin Netanyahu, il voit dans ce redéploiement, une “tentative de pression psychologique sur Israël... tentative qui n’a aucune chance de réussir”. Certains analystes et pseudo-stratèges en déduisent que “les forces syriennes se regroupent dans des endroits stratégiques aux fins de se mettre à l’abri d’éventuelles attaques de “Tsahal”, cette dernière ayant laissé entendre qu’elle pourrait déclencher une opération-éclair qui n’épargnerait pas l’armée syrienne en position au Liban, si celle-ci ne mettait pas fin aux opérations de la résistance au Liban-Sud”. M. Mohamed Salmane, ministre syrien de l’Information, a dévoilé le mystère qui n’a rien d’énigmatique en déclarant: “Le redéploiement de nos forces en territoire libanais, reflète la confiance de la direction syrienne dans l’Armée libanaise et dans sa capacité de prendre en charge, avantageusement, le maintien de l’ordre et de la sécurité.” On peut donc penser que Damas a décidé de rapatrier ses effectifs, au terme des élections législatives, ces derniers ayant assumé la tâche de force d’appoint qu'ils auraient été amenés à exercer en cas de besoin. Leur intervention n’ayant pas été jugée nécessaire, le commandement a résolu d’alléger progressivement ses unités dans nos murs. Ceci répond, en tout cas, à certaine clause de l’accord de Taëf dont l’application intervient avec plusieurs mois de retard. “Mais il n’est jamais tard pour bien faire”. Tout ce remue-ménage se produit juste au moment où le coordonnateur américain des négociations de paix entreprend une nouvelle tournée au Proche-Orient qu’il semble devoir limiter à trois capitales: Le Caire, Jérusalem et Damas. L'ambassadeur US à Beyrouth qui se montre ces temps-ci assez loquace, a qualifié la situation au Liban-Sud de “tendue”, en précisant que “le mouvement des troupes syriennes au Liban ne devraient pas susciter de la perplexité”. De plus, il a appelé la Syrie et Israël à faire montre de retenue et, surtout, à ne pas tirer des déductions erronées susceptibles de remettre le feu aux poudres. Il le dit avec autant d’assurance, que Tel-Aviv et Damas ont échangé, ces derniers jours, par le biais de Washington, des messages explicatifs sur le redéploiement des soldats syriens. D’ailleurs, le ministre israélien de la Sécurité intérieure, a minimisé les risques d’un conflit armé entre les deux pays. Et le président de la commission de la Défense à la Knesset a également estimé “qu’il n’y avait pas lieu de se laisser impressionner, d’autant que le redéploiement syrien a un “caractère défensif” et aurait pour but de parer à une éventuelle attaque israélienne...” Tout compte fait, il n’y a pas d’énigme. Quant au dialogue entre Syriens et Israéliens, il paraît difficile, sinon impossible, à relancer avant la fin des élections présidentielles américaines prévues pour début novembre.
Justifiant l’avis consultatif qu’il a émis à propos des modalités d’application de la loi régissant ce secteur, le Conseil national de l’audiovisuel a prétendu “avoir agi avec réalisme, en se souciant d'assurer la pratique démocratique et la diversité de l’information”. Le Conseil des ministres a agi sur base de cet avis, réduisant à cinq et trois, respectivement, le nombre des stations de télévision et radiophoniques. D’ores et déjà, des voix s’élèvent dénonçant la décision officielle; “parce qu’elle menace la liberté, raison d’être du Liban”.
AUDIOVISUEL ET PRATIQUE DEMOCRATIQUE
Aussitôt terminée la consultation populaire, le gouvernement Hariri s’est remis au travail pour rouvrir, en priorité, un dossier parmi les plus brûlants. Se conformant à l’avis “consultatif” du Conseil supérieur de l’audiovisuel, le Conseil des ministres, siégeant au Sérail, a limité le nombre des stations de télévision à cinq et à trois celui des stations radiophoniques de la première catégorie; autrement dit, celles ayant le droit d’émettre des informations et des programmes de caractère politique. La décision gouvernementale ayant été appliquée le 18 septembre, les auditeurs de la principale radio privée - la “Voix du Liban” - l’une des plus crédibles, ont pu écouter non sans surprise mercredi matin cet avis de sa direction: “En application de la décision officielle, nous nous arrêtons, provisoirement, de présenter les bulletins d’information. Nous reviendrons à nos auditeurs dès que nous nous serons mis en règle avec la loi. Les réactions ne se sont pas fait attendre et le premier à réagir a été le Parti socialiste progressiste (de M. Walid Joumblatt, ministre des Déplacés), lequel plaide en faveur de “la préservation de l’esprit de liberté et non de l’esprit restrictif au plan de la liberté médiatique”. Le président Salim Hoss qu’on ne peut taxer de démagogie, a élevé la voix pour réclamer l’octroi de licences “au plus grand nombre de stations... car il s’agit, moins de conditions techniques, que d’une question en rapport avec les libertés publiques”. Le député de Beyrouth exprime ses craintes quant “à l’étouffement de la voix de l’opposition”... Le président de l'Ordre des journalistes, Melhem Karam, s’est adressé au chef du gouvernement pour lui demander “de prêter l’oreille aux opinions de ceux qui appellent le Pouvoir à reconsidérer sa politique en matière d’information”. Et d’ajouter: “Nous maintenons le contact avec les “amoureux de la liberté” qui est la raison d’être du Liban, pour examiner les moyens de la défendre”. La CGTL aurait préféré que “le gouvernement se penchât sur les crises socio-économiques, au lieu de procéder à la répartition des parts entre certains de ses membres et de menacer les libertés médiatiques. Fait à signler: le Conseil supérieur de l’audiovisuel justifie son “avis consultatif” en prétendant s’être prononcé “sur base du réalisme, en se souciant d'assurer la pratique démocratique et la diversité de l’information” (sic). Cela dit, on est en droit de s’interroger sur les raisons ayant incité le Cabinet à précipiter les choses? N’aurait-il pas été mieux inspiré s’il avait laissé au futur gouvernement et à la nouvelle législature le soin de traiter une question aussi vitale et délicate? Vraisemblablement, le gouvernement s’est empressé d’agir dans ce domaine, à l’effet de se prémunir contre d’éventuelles surprises pouvant parvenir de l’Assemblée récemment élue, où quelques “trouble-fête”, auraient tendance à déranger ses plans... Et dire que le général Tlass, ministre syrien de la Défense déclarait, il y a quelques jours: “Le Liban restera une oasis de liberté et de démocratie”.
ECHOS ET REFLEXIONS
TERMINOLOGIE ELECTORALE
Les législatives de 96 ont donné naissance à une nouvelle terminologie, les citoyens ayant utilisé des termes faisant allusion aux “décideurs” sans les citer nommément Ainsi, “l’autobus” désignait la “liste officielle” bénéficiant de l’appui du Pouvoir, bien que ce dernier ait assuré se maintenir à égale distance de tous les candidats… La “liste du Pouvoir” était appelée, aussi, celle de “l’a-bricotier”, en référence à l'arbre qui se dresse à Anjar, près du Q.G. des S.R. des forces syriennes stationnées au Liban. C’est là où se rendaient la plupart des personnes aspirant à la députation; où se tenaient les conciliabules pré-électoraux et avaient lieu les tractations en vue du choix des candidats, selon des critères dont seul le Q.G. avait le secret. Plusieurs de ces candidats étaient remplacés par d’autres in extremis, au grand étonnement des principaux intéressés qui ne comprenaient pas le changement d’attitude inexplicable à leur égard, par ceux parmi les “décideurs” dont ils suivaient la consigne à la lettre… Le “rouleau compresseur” était un autre terme qui suscitait des réactions traduisant l’indignation et l'hostilité des électeurs. Cette “machine”, à en croire le chef du Législatif, s’était transposée la semaine dernière du Sud à la Békaa où celui-ci - comble d'ingérence - s’est permis de mener campagne en faveur de la “Liste de l’entente”… avant de suivre le déroulement du scrutin de Damas. A quoi des Békaaiotes ont répliqué par des calicots tendus en travers des routes et sur les places publiques de leurs villages, portant cette inscription significative: “La volonté du peuple est plus forte que tous les rouleaux compresseurs”. Le président de la Chambre a dû, par la suite, s’employer à dissiper le malentendu et rectifier son tir. “Il s'agit, a-t-il précisé, non d’un rouleau compresseur politique, communautaire ou partisan, mais national devant servir à concrétiser, en la raffermissant, la concorde; à promouvoir une ère de développement et de prospérité”. Mais cette mise au point n'a pu empêcher le panachage de se pratiquer sur une large échelle à Zahlé, à Baalbeck-Hermel et dans la Békaa-ouest.
Edouard BASSIL.