JEAN-CLAUDE BOULOS
NOUVEAU PDG DE TELE-LIBAN:
“UNE TV NATIONALE DIGNE DU XXIe SIECLE INFORME, ENSEIGNE, EDUQUE ET DIVERTIT”
Jean-Claude Boulos retourne à ses premières amours. Né en 1933, ingénieur civil de formation, diplômé de l’Ecole Supérieure d’Ingénieurs de Beyrouth (ESIB), le nouveau PDG de Télé-Liban est venu à la TV grâce à un concours de circonstances. Ingénieur civil, il est en charge de la construction de l’immeuble qui devait abriter la Compagnie Libanaise de Télévision à Tallet el-Khayat. C’est ainsi qu’il tombe “amoureux” de ce qui deviendra une des passions de sa vie. Il commence sa carrière en 1958, comme directeur des programmes de la Compagnie Libanaise de Télévision, la première station de Télévision au Liban et dans le monde arabe. Il est aussi présentateur et anime les nuits des téléspectateurs libanais. En 1970, il se lance dans la publicité; puis, dans l’édition, avant de fonder en 1973, sa propre agence de publicité et de relations publiques qu’il dirige jusqu’aujourd’hui: Interégies. Parallèlement à ces activités, Jean Claude Boulos a été professeur de publicité à l’IESAV (Institut des Etudes Scéniques et Audiovisuelles de l’Université Saint Joseph). Il a été élu président du Chapitre libanais de l’IAA (International Advertising Association) en 1986, 1991 et 1993. Il en est aujourd’hui le vice-président. Il est l’auteur de deux ouvrages: “Amertumes” (publié en décembre 1990) sortes de réflexions et pensées sur la guerre au Liban et “La Télé, quelle histoire!” qui relate les débuts, le développement, la petite et la grande histoire de la télévision au Liban.
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“LA TELE PEUT ETRE COMPAREE A LA LANGUE D’ESOPE”
Mary Yazbek Azoury: - Que pensez-vous de la Télévision en général?
Jean Claude Boulos: “Je vais vous faire la même réponse qu’Esope, qui avait servi à son maître des langues, comme étant la meilleure des choses, une première fois. Lorsqu’on lui a demandé de servir la pire des choses, il a aussi servi des langues. Je suis tenté de dire que la Télé peut être la meilleure et la pire inventions, selon l’usage que l’on en fait.”
M.A.Y.: - Comment définiriez-vous la nouvelle loi sur l’audiovisuel?
J.-C.B.: “Sans être parfaite, cette loi est nécessaire. Quoique bancale, elle sert de garde-fou. Jusqu’à hier plus de 50 chaînes émettaient au Liban plus de 600 heures de programmes, quotidiennement. Le résultat est loin d’être fameux. Il fallait mettre un terme à la prolifération, au désordre qui régnaient en ce domaine. Or, si nous pouvons être indulgents à l’égard des TV privées, il n’en est pas de même quand il s’agit de la TV nationale. “Notre pays a besoin d’une TV nationale (j’entends par là Télé-Liban, puisque l’Etat possède 100% des actions), qui l’aide à comprendre, à s’informer, à apprendre et aussi à divertir.”
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LES IMPERATIFS D’UNE BONNE TV NATIONALE
Le nouveau PDG de Télé Liban connaît bien le domaine de l’audiovisuel. Il sait qu’il y a beaucoup à faire, “que la critique est aisée, mais l’art difficile”; que l’on peut avoir un programme ambitieux, mais pas de grands moyens. Néanmoins, il faut mettre la barre bien haut, pour atteindre un niveau acceptable.
M.A.Y.: Quels sont les impératifs d’une TV nationale?
J-C.B.: “Je crois que la meilleure réponse a été donnée par le président Charles Hélou, dans la préface du livre “La Télé, Quelle Histoire”. “Je reprendrais ses propres termes. ...Cette télévision nationale doit être présente dans tous les moments de la vie du citoyen, pour lui apporter l’éducation qui lui manque, la culture qui lui fait défaut, l’information qui l’informe pour en faire véritablement l’homme libre de son choix, de son destin, de ses convictions politiques. Cette télévision doit aller chercher au fond de notre histoire les exemples de ces hommes forts comme les rochers du Kesrouan, têtus comme les Cèdres, libres comme la mer de Tyr, conquérants comme les marins de Byblos, nobles comme les épis de la Békaa, charitables comme le vent du Nord qui chante dans les prairies, bons comme le pain du “Saj” pétri dans le sourire et les montrer à nos générations nouvelles, désespérées de l’avenir et qui vont vers des horizons lointains tournant le dos à la muraille montagneuse, pour aller comme tant d’ancêtres vers les vagues infinies de la mer qui, depuis des siècles, leur a appris le mot sans cesse répété, que Paul Eluard a écrit sur toutes ses pages, sur tous ses murs: Liberté! “Cette Télévision nationale doit plus que tout former des hommes qui demain, dirigeront ce pays... (...) et sauront bâtir une Nation vraiment démocratique, vraiment unie, vraiment indépendante. “Alors on ne parlera plus de néant, en parlant de télévision. Alors je dirai: la télévision, oui je connais, c’est elle qui a fait mon pays”.
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M.A.Y.: A quoi imputez-vous la médiocrité actuelle de la télé au Liban?
J-C.B.: Les responsables des différentes chaînes vivent dans la hantise des apports publicitaires. Pour que la TV s’améliore, du moins je parle de Télé Liban, elle doit s’au-tofinancer. C’est à ce prix seulement qu’elle sortira de l’enlisement.
M.A.Y.: Comment voyez-vous l’avenir de la TV au Liban?
J-C.B.: “Si nous voulons que notre TV ait un futur et un avenir radieux, il faut qu’elle cesse de lorgner les rentrées faciles et confortables; elle doit ambitionner de réaliser des programmes intelligents tout en étant populaires, donc pas vulgaires. “Il fut un temps où la TV nationale offrait des programmes de choix, je ne citerais que quelques uns des meilleurs films: “Crimes et Châtiments”, L’orgueil et le Préjugé”, “Jayne Eyre” “David Copperfield”, “My Fair Lady”, “The king and I”. Sans oublier les nombreux documentaires, reportages, interviews, concerts et opéras” .
LES ANTENNES PARABOLIQUES, LES CHAINES CABLEES
M.A.Y.: - Quel est l’avenir de la TV nationale face à la concurrence de plus en plus grandissante des chaînes câblées, des satellites, des antennes paraboliques?
J.C.B.: «Il n’est pas donné à tout le monde d’être abonné à une chaîne câblée ou de posséder une antenne parabolique. Au Liban, dans l’état actuel des choses, une minorité jouit de ces facilités.
M.A.Y.: - Et la question des programmes interrompus toutes les cinq minutes par une annonce publicitaire, ne croyez-vous pas que cela contribue à la désaffection du public et provoque un zapping alarmant?
J.C.B.: «D’abord, n’exagérons rien ce n’est pas toutes les cinq minutes mais je conviens qu’il faut réglementer le temps de passage des publicités. Je citerai, en exemple, la France où la publicité s’élève à environ 20% du temps d’une émission. Elle est groupée à douze minutes par heure sur la chaîne d’Etat française. Ce que les télés locales sont en train de faire. «Au Liban, tout au début de la TV nationale, on a essayé d’imposer le quota 15% au maximum pour la publicité sur les heures d’émission. Malheureusement, les impératifs financiers puis la guerre ont tout chambardé. Jean-Claude Boulos termine l’entretien en rendant hommage à son prédecesseur M. Fouad Naïm. Il ne peut pour l’instant dévoiler ou présenter un programme précis. Mais il assure que le possible et l’impossible seront faits pour améliorer le paysage audiovisuel de Télé Liban, à condition, bien sûr, qu’il ait les mains libres, et les budgets nécessaires. Pour l’instant, il envisage l’avenir avec sérénité, optimisme et réalisme donnant l’impression de savoir où il va et comment y aller. On ne peut que penser en l’écoutant à la phrase «L’homme qu’il faut à la place qu’il faut». Bonne chance au nouveau PDG de Télé Liban.
Mary Yazbek Azoury.