EDITORIAL

Par Melhem KARAM

LES ELECTIONS… ET L’HOMOGENEITE PERDUE

Que Dieu nous sauve des périodes électorales. Car les élections acceptent tout… même ce qui n’est pas acceptable. Quiconque lit les listes constituées au cours des cinq phases des législatives chez nous, la toute dernière ayant eu lieu dans la Békaa, voit comment tombent les principes et comment est effacée des lexiques politiques, l’expression «continuité politique». Tous les accords, même les plus grands, étaient malheureusement circonstantiels, n’ayant rien de «l’homogénéité», hormis la concurrence des noms qui y figuraient, avec la répartition confessionnelle en honneur dans le pays. Cette homogénéité perdue a dominé les élections et marquera la Chambre. La législature de 96 ne sera pas appelée à accomplir des exploits, à l’instar de celle de 92. Car le temps des exploits parlementaires au Liban n’excède pas l’âge des champignons… sur lesquels le soleil se lève, sans avoir le temps de se coucher. … Tout cela jusqu’à arriver à un temps où nous envierons ceux qui ne votent pas, ne se portent pas candidats, n’attendent pas le mot de passe et ne consultent personne Ah! si l’inspiration et la concertation pouvaient sauver la face! Dans ce cas, ceux qui sont mus par de bonnes intentions… au moins ceux-ci… auraient la possibilité d’excuser. Partout, les bien intentionnés étaient peu nombreux. Ils étaient légion et ont regretté, dans leur majorité, leur bonne intention. Ils en ont éteint la lumière… et l’ont placée, elle la bonne intention, sous un boisseau. Non, nous ne ressentirons pas la joie de ceux qui ne posent pas leur candidature et ne se rendent pas aux urnes, les essais malheureux ne conduisant pas les hommes de courage et de foi aux tentatives désespérées. Nous reviendrons à la charge, dans l’idée que les lueurs d’espoir s’élargiront, la lueur devenant espoir et, l’espoir, vérité. Ainsi sont ceux qui ont foi dans la démocratie, la liberté et le système en vertu duquel la concertation est un mot émanant de la bouche des gens et incarnant leur opinion. Combien de gens nous envient, même pour la situation où nous nous trouvons, parce qu’ils ne s’y trouvent pas eux-mêmes! Nous continuerons à avoir foi dans la démocratie, car la foi dans les principes entraîne la pensée libre vers la scène la meilleure, en définitive. Ce sont des espoirs. C’est vrai, il s’agit d’espoirs. Mais sans les espoirs, les Kurdes poursuivront-ils leur lutte pour disposer d’une patrie et d’un Etat? Et les Palestiniens persévèrereront-ils dans de dures confrontations, afin d’avoir un Etat et une patrie? Le nationalisme kurde, comme tous les nationalismes au Moyen-Orient, a commencé à devenir une entité à la fin du XIXème siècle. Si cette entité n’a pas abouti à la «libération», comme tant d’autres, c’est parce que la libération suscite bien des susceptibilités: en tout premier lieu, les susceptibilités attachées aux intérêts des Etats où vivent les Kurdes, à l’unité de ces Etats, à leur homogénéité et à leur cohésion. Et, en second lieu, l’intérêt des grandes puissances soucieuses de ne pas laisser les autres Etats, moins puissants, leur faire assumer leurs crises et leurs problèmes. Aussi, les grandes puissances laissent-elles à ces Etats toute latitude de se comporter comme ils l’entendent, même si ces derniers ne respectent pas tous les principes humains et les lois. Que Dieu nous sauve des élections. Sans les élections, le président américain aurait-il été négatif avec Saddam et positif avec Benjamin Netanyahu? Non. Il en a été ainsi, parce que le négativisme avec Saddam Hussein et le positivisme avec Benjamin Netanyahu verseront, positivement, dans la case présidentielle le 4 novembre prochain. Ceci ne peut faire l’objet d’un grief à l’encontre du président US. Bien que tout ce qui est retenu contre tout président et tout gouvernant… de Beyrouth à Washington… soit le fait pour le gouvernant de profiter de sa présence au pouvoir pour y assurer son retour. Sans les élections américaines qui ont incité Bill Clinton à tenir des propos sereins avec Netanyahu, celui-ci serait-il sorti de la Maison-Blanche pour dire qu’il détermine seul le timing du retrait de l’armée iraélienne de Hébron, car le retrait spontané affecte, négtivement, l’opération de paix? Ou bien ce retrait spontané promis depuis mars dernier, torpillerait-il cette opération? Sans les élections américaines et, précisément, dans la période où elles se dérouleront, David Lévy aurait-il déclaré en quittant le Quai d’Orsay que la délégation israélienne dont il faisait partie à Madrid, devait négocier avec les Palestiniens de Cisjordanie et de Gaza, non avec les Palestiniens de l’OLP à Tunis? Que Dieu nous sauve des élections… Qu’il nous délivre de leurs séquelles et des demandes d’invalidation en toute sécurité et… en paix!