LES EVENEMENTS DE LA SEMAINE

Le tollé général provoqué par la décision gouvernementale relative à l’audiovisuel, est loin de s’apaiser. En plus des réactions hostiles des médias locaux, arabes et étrangers, un premier meeting destiné à défendre les libertés publiques et, en tout premier lieu, celle d’expression, a eu lieu mercredi au «Riviera». Une nette tendance en faveur de la grève, des sit-in et des manifestations (si celles-ci sont, toutefois, autorisées) s’est dégagée au cours de cette rencontre, organisée par la CGTL.

NON A LA STANDARDISATION DE L’AUDIOVISUEL

La décision gouvernementale prise sur base d’un avis (consultatif) du Conseil supérieur de l’audiovisuel, limitant à cinq le nombre des stations de télévision et, à trois, celui des stations radiophoniques, autrement dit celles ayant le droit de diffuser des nouvelles et des programmes de caractère politique, cette décision a provoqué un tollé général dans tous les milieux, si l’on excepte ceux qui en profitent et les thuriféraires du Pouvoir. Des voix réprobatrices s’élèvent, non seulement du côté de l’opposition, mais aussi dans les milieux ministériels, médiatiques, religieux et du Barreau. De fait, deux membres du Cabinet Hariri ont l’émis l’un, des réserves; l’autre, des critiques acerbes. Ainsi, le ministre des Affaires étrangères - comme il l’avait fait lors de l’adoption du projet de loi électorale en Conseil des ministres - a exprimé sa surprise. “Je n’imagine pas, dit-il, qu’une telle règlementation de l’audiovisuel soit définitive et je crois que des modifications y seront apportées à plus ou moins brève échéance”. Quant au ministre des Déplacés, pourtant très proche du président du Conseil l a demandé la révision de la loi, voyant dans la décision gouvernementale “un épisode de la répression des libertés publiques.” De plus, il a dénoncé “les transactions politiques et financières ayant accompagné l’octroi des licences”... De son côté, le conseil de l’Ordre des avocats de Beyrouth insiste sur la remise en question de la loi (sur l’audiovisuel) et “la répartition des licences de manière à préserver les libertés de l’information et sa pluralité”. Les Ordres de la Presse et des journalistes ne restent pas inactifs: le premier, par la voix de son président, Mohamed Baalbaki, relève “de nombreuses failles dans la loi qui a besoin d’être revue”. Le second, par la bouche de Melhem Karam, se propose de mener campagne, conjointement, avec la CGTL, “en vue de réviser la décision gouvernementale et de rectifier le tir de manière à sauvegarder les libertés sur une base équitable”. M. Karam qui est vice-président de la Fédération des journalistes arabes (FIJ) dont le siège est au Caire, fait état de la “vive inquiétude” manifestée par cette corporation pour la liberté de la presse dans notre pays.. Aussi, demande-t-elle “l’arrêt de toute mesure de nature à restreindre cette liberté”. De même, la Fédération des Ordres des professions libérales soutient la liberté d’expression et la pluralité politique “qui est à la base de la vie démocratique”. Le musellement de l’audiovisuel ne pouvait laisser Bkerké indifférent. Comme il fallait s’y attendre, S.Em. le cardinal Sfeir n’a pas manqué de l’évoquer dans sa dernière homélie dominicale. “L’information, observe-t-il, est maintenant régie par une loi visant à consacrer la vérité officielle... Or, celle-ci tombe, généralement, dans des oreilles sourdes et laisse les gens sceptiques”. L’éminent prélat souligne, d’autre part, qu’en agissant de la sorte, l’Etat renonce à une arme ayant prouvé son efficacité, la dernière fois, lors de l’agression israélienne: les médias ont alerté l’opinion publique internationale et jeté la lumière sur les massacres commis à Cana. “Face aux nouvelles menaces, demande Sa Béatitude, l’étouffement des voix serait-il le meilleur moyen pour y faire face? Cette question est posée à toute conscience nationale libre”. Et de conclure: “Après les dernières législatives et la façon dont est traité le dossier de l’audiovisuel, tout porte à penser que nous ne gardons plus de la démocratie que le nom”. Sans commentaire!

Le fait pour les partis politiques libanais de n’avoir pu percer - à quelques exceptions près - lors des élections législatives, constitue un phénomène préoccupant. Car il y va de l’avenir de la démocratie et, aussi, de la possibilité d’assurer tant soit peu la liberté politique dans nos murs. M. G. Saadé, leader des Kataëb (notre photo), a été l’une des «victimes» du «rouleau compresseur» qui a fait des ravages parmi les candidats affiliés à des partis.

UN PHENOMENE PREOCCUPANT: LA DECONFITURE DES PARTIS AUX LEGISLATIVES!

Au terme des élections législatives et abstraction faite de la loi “inique et scélérate” ou des conditions conformément auxquelles elles se sont déroulées, il nous faut revenir à un phénomène, pour le moins préoccupant, ayant émergé au cours de la consultation populaire. De quoi s’agit-il? Tout simplement de la cuisante déconfiture des partis dont les candidats, à de rares exceptions près, n’ont pu percer. Leur éclipse suscite un vent de pessimisme quant à l’avenir de la démocratie chez nous, car en leur absence, cette dernière risque de régresser et de n’être plus qu’un mot vide de sens. Parmi les partis le plus gravement affecté par ce phénomène, celui des Kataëb mérite une place à part. Non parce que son leader a été trahi par ses colistiers au Liban-Nord - ce qui est la pire des forfaitures - mais pour la raison que la fraction chrétienne de notre peuple sort plus affaiblie sur le plan de la représentation nationale. Certes, les chrétiens sont représentés, place de l’Etoile et au palais du gouvernement. Mais la qualité de la représentation est d’un niveau différent, voire inférieur, lorsqu’il s’agit des communautés chrétiennes et mahométanes. Surtout quand les membres de l’Assemblée n’ont aucune attache politique (ou idéologique), ce qui peut les rendre aussi changeants qu’une girouette tournant au gré du vent et des intérêts personnels. Pour en revenir aux Kataëb, il y a lieu de constater que le bureau politique (ou le conseil central) a commis la gaffe d’engager la bataille électorale en rangs dispersés, alors qu’il aurait dû les réunifier au préalable. En effet, pendant que la direction du parti décidait de poser la candidature de certains de ses membres, dont plusieurs se sont désistés avant la date du scrutin, son aile “dissidente” appelait au boycottage. On peut imaginer, aisément, la perplexité dans laquelle cette déplorable situation plongeait la base. Le leader des Kataëb, a pris la décision de démissionner de la présidence et de ne ménager aucun effort en vue de la réunification des rangs, “sous l’impulsion d’une nouvelle direction capable de déjouer tous les complots”... Cela prouve qu’il a tiré la leçon de sa mésaventure. Il s’était embarqué, innocemment, dans la bataille du Nord, sans s’assurrer de la sincérité de ses colistiers et de leur fidélité à leurs engagements. Pourtant, il aurait dû se méfier de certains de ses compagnons de route pour maintes raisons, dont la toute première est qu’ils ne le portent pas dans leur cœur... L’un d’eux a dit le lendemain du scrutin: “La présence du chef des Kataëb nous a gênés, étant donné les ressentiments que beaucoup de Nordistes manifestent à l’égard de son parti. Pour cela, il aurait dû poser sa candidature ailleurs” (sic). S’il est tellement gênant, pourquoi l’avoir admis sur la liste? Ou sont-ce les “décideurs” qui l’ont imposé pour le lâcher par la suite? Nul n’apprend qu’à ses dépens. Les membres de Kataëb, toutes tendances confondues, semblent vouloir faire un examen de conscience et, partant, resserrer les rangs pour reprendre leur action, combien nécessaire par les temps qui courent, selon les principes définis par leur fondateur, en vue d’atteindre les objectifs qu’il s’était assignés il y a plus d’un demi-siècle.

Le fait pour Benjamin Netanyahu d’avoir entrepris une tournée européenne qui l’a conduit au cours des derniers jours à Bonn, Londres et Paris, a contribué à atténuer la tension à la frontière. Mais toute nouvelle escalade n’est pas exclue et il faut attendre de connaître les résultats des entretiens de «Bibi» avec ses homologues français, britannique et allemand pour être fixé sur ses nouveaux plans…

BAISSE DE LA TENSION AU SUD MAIS LE RISQUE D’ESCALADE PERSISTE...

Au terme de deux semaines de tension, celle-ci est à la baisse, mais toute nouvelle escalade n’est pas exclue. Au cours des derniers jours, la situation s’est quelque peu tassée sur le terrain, si l’on excepte quelques escarmouches entre les résistants et “Tsahal” dans la zone frontalière. Il faut attendre le retour de Benjamin Netanyahu de sa tournée européenne, pour être fixé sur ses intentions et l’orientation qu’il compte donner à son action au plan régional. L’Egypte l’accuse “de mener le P.O. à la guerre”. Le chef du gouvernement a répondu indirectement à cette grave accusation en entreprenant un périple qui l’a conduit en France, en Grande-Bretagne et en Allemagne; officiellement, “pour mettre l’accent sur le rôle économique de l’Europe et sur sa possibilité d’aider à la relance du processus de paix”. L’adjoint au ministre égyptien des A.E. qui a dénoncé les “mises en garde guerrières d’Israël”, a laissé entendre que celles-ci “provoqueront des réactions similaires du côté arabe”. Il faisait allusion, sans doute, à la sévère mise en garde, accompagnée d’une demande de reprise des négociations, adressée dimanche par Yitzhak Mordekhai, ministre israélien de la Défense à la Syrie, après ses mouvements de troupes au Liban. Ainsi, tout allait mal sur les fronts israélo-égyptien, israélo-libanais et israélo-palestinien, des manifestations monstres ayant opposé la population palestinienne à la police de l’Etat hébreu à Jérusalem, suite au percement d’un “tunnel touristique” près de la mosquée Al-Aqsa et allant de ce lieu de culte au “Mur des Lamentations”. Pour en revenir à l’escalade survenue durant la dernière quinzaine, il va sans dire qu’elle a été provoquée par le redéploiement des troupes syriennes stationnées en territoire libanais. Les Israéliens feignant de craindre une offensive-éclair de ces troupes à l’occasion de Yom Kipour comme en 1973, ont concentré leurs forces dans les points stratégiques le long de la frontière, pour faire face à toute éventualité. De leur côté, les Syriens ont justifié leurs mouvements militaires par leur souci de parer à toute éventuelle attaque de la part de “Tsahal”, dont le commandement menaçait “d’asséner un coup dur à la résistance et, en même temps, aux troupes syriennes.” Le président Hosni Moubarak a mis en garde l’Etat hébreu contre une nouvelle agression dont le Sud serait la cible, “car une telle opération aura des graves répercussions sur le processus de paix”. L’absence de “Bibi” en Europe a contribué à attiédir l’atmosphère, d’autant que le groupe de surveillance du cessez-le-feu reprenait ses réunions à Nakoura (mardi et mercredi), pour statuer sur les plaintes présentées par le Liban. Avec le retour du Premier ministre israélien de sa tournée européenne, on saura si ses interlocuteurs à Bonn, Londres et Paris auront réussi à émousser son bellicisme et, partant, à assouplir sa position aux fins de rendre possible la relance des négociations de paix.

ECHOS ET REFLEXIONS

AUTODAFE... “SACRILEGE”!

Détruire par le feu les couleurs nationales d’un Etat, surtout celles des USA, conduit son ou ses auteurs en taule. Ce n’est pas un canular. Pour avoir brûlé le drapeau étoilé, onze partisans du Congrès populaire libanais (de Kamal Chatila), groupe sunnite hostile à la présence syrienne, ont été jetés en prison. Pourquoi les sympathisants du C.P.L. ont-ils accompli ce geste? Tout simplement, “pour protester contre l’ingérence des USA dans nos élections législatives”. De fait, Washington avait manifesté sa “satisfaction” au terme du scrutin, qualifié de “mascarade” par M. Chatila qui vit en exil forcé en France depuis douze ans. L’arrestation des partisans du CPL a provoqué des protestations de la part d’un certain nombre de personnalités politiques et religieuses, entre autres: le président Hussein Husseini, le vice-président du Conseil supérieur chiite, le mufti jaafarite et un député de Saida, ainsi que plusieurs candidats malchanceux aux législatives, ces derniers ayant voulu dénoncer les conditions conformément auxquelles s’est déroulée la consultation populaire. Brûler le drapeau d’un Etat étranger, est-ce vraiment un crime de... lèse-majesté? Pourtant, il ne se passe pas de jour sans que le petit écran montre des foules en colère détruisant par le feu le drapeau d’un pays dont ils n’apprécient pas la politique. Puis, mettre en autodafé les couleurs nationales, est-il moins répréhensible et ne tombe-t-il pas sous le coup de la loi? Car il y a quelques années, un responsable ayant rang de ministre - mais c’était durant la guerre - avait lacéré le drapeau libanais, sans encourir le moindre blâme. Sans doute, ce ministre a-t-il bénéficié de la loi sur l’amnistie... Enfin, une question: si un drapeau autre que celui des USA avait été brûlé, les auteurs de cet acte “sacrilège” auraient-ils été poursuivis?

Edouard BASSIL.