INTERVIEW
S’ELEVANT UNE FOIS DE PLUS CONTRE LE BOYCOTTAGE

“Aucun différend ne m’a jamais opposé à Bkerké”, déclare M. Rouchaid el-Khazen à notre collaboratrice, Zalfa Bassila.
ROUCHAID EL-KHAZEN APPELLE LES LEADERS CHRETIENS DE L’EXTERIEUR A REINTEGRER LA MERE-PATRIE... POUR L’AIDER A RECOUVRER SA SOUVERAINETE
Je ne suis ni opposant, ni loyaliste, bien que je penche davantage vers l’opposition. Mais pour que je fasse de l’opposition, je dois être motivé et lorsque je vante le Pouvoir, ce n’est nullement pour le plaisir”, c’est en ces termes que M. Rouchaid el-Khazen, député du Kesrouan commence l’entretien, sans manquer de rendre hommage au président Rafic Hariri “l’unique homme valable pour l’étape présente que traverse le Liban”. Le parlementaire kesrouanais invite les leaders chrétiens de l’extérieur “à réintégrer la patrie, pour l’aider à recouvrer son indépendance et sa souveraineté”.
HARIRI L’HOMME DE LA SITUATION
A la question: “Le président Salim Hoss a dit que la présidence du Conseil sera confiée à M. Hariri au cours des quatre prochaines années. Etes-vous de son avis?”, M. el-Khazen répond:
“Nous appuyons le président Hariri tant que le processus de la reconstruction se poursuit. C’est l’homme de la situation et quand nous douterons de ses comportements, nous n’hésiterons pas à lui retirer notre confiance”.
- Si vous aviez à évaluer les dernières législatives au Kesrouan et dans les autres circonscriptions, que diriez-vous?
“Tournons la page. En ce qui concerne le Kesrouan, le scrutin ne s’est pas déroulé d’une manière saine et régulière. “Mais passons. Le Liban traverse une étape délicate et difficile. Nous sommes tenus de réunifier les rangs pour la traverser avec le minimum de dégâts, favoriser le retour des personnes déplacées à leurs villages et rétablir la paix. Ceci permettra, aussi, de poursuivre, en le réactivant le processus de la reconstruction et du développement d’une manière équilibrée”.
LE BOYCOTTAGE N’A RIEN DONNE
- La participation des électeurs chrétiens est restée plutôt faible. Comment procéder pour ramener la fraction chrétienne de notre peuple au giron de l’Etat?
“Les chrétiens constituent l’élément de base du pays. Mais le boycottage ne règle pas leur problème et certains de leurs leaders ont commis une erreur d’appréciation. Il nous faut agir ensemble à l’effet de redresser les torts et, aussi, d’unifier notre vision quant aux meilleurs moyens de replacer le Liban sur la bonne voie. “En quoi nous a profité le boycottage? Nous demandons à tous les leaders chrétiens de rentrer sans plus de retard. Le président Amine Gemayel, le général Michel Aoun et le “amid” Raymond Eddé sont appelés à réintégrer le pays pour aider la patrie à recouvrer son indépendance et sa souveraineté. Nous devons œuvrer pour nous débarrasser de l’occupant israélien et, aussi, pour nous passer des services de l’armée syrienne sœur”.
LE GENERAL AOUN EST HORS DE SOUPÇON
- Le 25 août a pris fin l’exil du général Aoun que le président Hariri a invité à réintégrer le pays et à jouer son rôle politique. Le Général a répondu en demandant la levée des restrictions posées sur son compte en banque et la reconnaissance des droits qui lui reviennent en tant qu’ancien Premier ministre et ex-commandant en chef de l’Armée. Quel est votre avis à ce sujet?
“J’appuie l’invitation du président Hariri et je pense qu’un arrangement doit intervenir sur le cas du général Aoun. On implique le Général dans une affaire d’argent revenant au Trésor. Tel que je le connais, l’homme est probe au point de ne pouvoir être soupçonné d’une telle infraction. “Il faut mettre fin à cet état de choses et lui permettre de revenir pour s’adonner à la politique, ce qui favorisera le raffermissement de l’entente nationale, l’ouverture d’une page nouvelle et, partant, l’édification d’un Liban tel que le souhaitent les citoyens, basé sur la concorde et l’union. “Gouverner le Liban est difficile, car il groupe dix-sept communautés ayant chacune ses spécificités et ses leaderships. Nous nous devons, aussi, d’agir aux fins de limiter à deux ou trois le nombre des partis, à condition que ceux-ci soient multinationaux et non confessionnels. Notre carte d’identité ne doit plus mentionner le rite de son porteur et c’est alors que le Liban pourra assurer sa pérennité. “Telle est ma conviction personnelle. Puis, il importe d’élaborer une nouvelle loi électorale accordant son droit à tout citoyen dans le cadre de programmes mis au point par les partis. Le Libanais aura ainsi à élire ses députés sur base de ces programmes et non sur base de considérations d’ordre partisan, sectaire ou personnel”.
JE N’ETAIS PAS EN CONFLIT AVEC BKERKE
- Vous êtes-vous réconcilié avec le cardinal Sfeir?
“Je n’étais pas en conflit avec Son Eminence. Certains petits esprits ayant perdu leur base populaire, ont exploité une déclaration dans laquelle j’exprimais mon opinion à propos d’un communiqué de l’Assemblée des prélats. Une divergence d’opinions ou un blâme auraient pu se produire avec Bkerké, mais toujours le père fait montre de compréhension à l’égard du fils et, en définitive, mes rapports avec Sa Béatitude demeurent excellents”.
- Les nouveaux naturalisés ont joué un rôle négatif aux élections, en ce sens qu’ils ont déposé leurs bulletins dans l’urne sans savoir pour qui ils votaient. Qu’en pensez-vous?
“Il ne fait pas de doute que la naturalisation de milliers de personnes a comporté des aléas que nous n’avons pas manqué de dénoncer. Suite à notre protestation, les responsables ont rouvert le dossier des naturalisés, dans le but de rétablir l’équilibre entre chrétiens et musulmans”.
QUICONQUE PROCEDE A L’ACHAT DES VOIX N’A PAS DE CONSCIENCE
- D’aucuns ont déposé des plaintes contre l’usage abusif qui a été fait de l’argent au cours des législatives. N’êtes-vous pas d’avis de limiter les dépenses et inclure dans la future loi électorale une clause restreignant les dépenses des candidats?
“Ce fait honteux porte atteinte à la démocratie et je souhaite que la nouvelle loi électorale fixe le plafond des dépenses des candidats à la députation, afin d’empêcher l’achat des voix. Quiconque recourt à un tel procédé vil, n’a pas de conscience. “La loi à élaborer devra comprendre des dispositions interdisant à ceux qui disposent d’un important capital de ne pas en abuser, les critères pour tout membre de l’Assemblée devant être la moralité, la compétence et la probité, non l’argent”.
- Vous aviez laissé entendre au lendemain du scrutin que vous envisagiez de présenter un recours en invalidation; y avez-vous renoncé?
“Pas du tout, mais d’après la loi, le candidat qui est élu n’a pas le droit de demander l’invalidation des élections; seul le candidat malchanceux peut y avoir recours. “Je crois que l’un de mes colistiers se propose de présenter une demande en invalidation que je soutiendrai, personnellement. D’ailleurs, j’ai rendu visite au chef du gouvernement pour lui faire part de nos griefs rapportés par la Presse”.
ENSEIGNEMENT, SOINS MEDICAUX, SALAIRES ET REFORME
- Comment jugez-vous la situation économique?
“Le pays pâtit d’une crise dans divers domaines et secteurs, le plus important étant celui de l’enseignement. L’Etat se doit de relever le niveau de l’école publique, pour permettre aux pères de famille d’assurer l’instruction de leur progéniture. J’espère que le futur Cabinet inscrira en tête de son programme le problème de l’instruction des enfants en âge scolaire, car c’est le principal capital du Liban. “Il faut, également, assurer les soins médicaux et l’hospitalisation des citoyens dont la plupart ne disposent pas d’une assurance-maladie. “De même, il importe d’améliorer les conditions de vie et de travail d’une large fraction des citoyens, car il n’est pas logique de maintenir à 250.000 L.L. le salaire minimum vital, alors que la facture de l’électricité à elle seule se monte à 300.000 livres. “Un autre problème vital auquel l’Etat doit s’attaquer: l’assainissement de l’Administration publique où aucune formalité ne peut être accomplie sans pot-de-vin. Ceci nécessite sans doute la réduction du nombre des fonctionnaires et le relèvement de leurs traitements”.
- La nouvelle législature peut-elle remédier à cet état de choses?
“Les milieux officiels font état de leur intention d’y remédier. Pour cela, il faut, tout d’abord, améliorer la situation de l’Inspection centrale et du Conseil de la fonction publique, seuls organismes étatiques capables d’assainir l’administration et d’y remettre de l’ordre”.
(Propos recueillis par Zalfa Bassila)