INTERVIEW

LES NOUVELLES FIGURES DE LA CHAMBRE DES DEPUTES

MISBAH AHDAB:

«Ceux qui n’ont pas foi dans leur patrie feraient bien de la quitter».

POUR AIDER AU RELEVEMENT DU LIBAN, ASSUMONS TOUS NOS RESPONSABILITES ET CESSONS DE FAIRE DE L’OBSTRUCTIONNISME

Ancien consul honoraire de France à Tripoli, M. Misbah Aouni Ahdab entre en force au parlement, 73.422 Tripolitains et nordistes lui ayant accordé leurs suffrages, voyant en lui un nouveau visage et un homme acquis au changement consacré au service public. Né le 1er avril 1962, il a quitté le pays en 1975, au début de la guerre, pour achever ses études en dehors du pays. Il est revenu en 1987 à la suite du décès de son père. Il poursuivait, alors, ses études en Allemagne où il s’est spécialisé en gestion des affaires, après avoir séjourné à Paris, fait des études en économie en Grande-Bretagne, aux Etats Unis et en Italie.

AU SERVICE DE LA SOCIETE

- Que signifie pour vous la députation?

“Je disposais, en fait, d’une plaque minéralogique distinctive dont je n’ai pu me débarrasser jusqu’ici, car j’ai présenté ma démission en tant que consul honoraire de France. Je disposais, également, d’un passeport spécial. Je ne cours donc pas derrière ces privilèges dont je jouissais. J’ai présenté ma démission trois semaines avant les législatives, la députation étant pour moi une porte à travers laquelle on contribue à l’action intensive en faveur de la société libanaise. C’est un moyen, non une fin”.

- Quel est votre programme parlementaire; est-ce le même que vous avez exposé durant votre campagne électorale ou comptez-vous y apporter des modifications?

“J’ai toujours dit que le programme est important, mais son application est plus importante encore. C’est pourquoi, j’ai choisi la voie difficile. Autrement dit, je n’ai pas essayé d’accéder à la scène politique par l’intermédiaire d’un grand leader. J’ai voulu arriver par le canal des gens, pour rester libre dans mes mouvements et mes décisions. “Je suis un homme modéré, en ce sens que je suis venu non pour faire de l’obstructionnisme; mais pour aider à la reconstruction. Je ferai de l’opposition et du loyalisme quand je le jugerai nécessaire, toujours au nom de ceux qui m’ont élu. Puissé-je contrôler l’Exécutif d’une manière efficace. Je serai avec ce que je jugerai convenable en tant que citoyen et que député et combattrai ce qui me paraîtra inconvenant. “Nous devons remettre ce pays d’aplomb, non de mettre des bâtons dans les roues. Aussi, sommes-nous tenus de prendre en considération les priorités qui nous intéressent en tant que citoyens. Vous constatez que je parle en permanence en tant que citoyen, car le député parle en leur nom”.

POUR UNE ACTION COLLECTIVE

- De quel bloc parlementaire comptez-vous faire partie? Et pourriez-vous former un bloc à part avec vos colistiers nordistes?

“Il est prématuré d’en parler, d’autant que je pars du principe que je ne dois rien entreprendre à titre individuel. S’il plaît à Dieu, je coordonnerai mon action avec plusieurs personnes, probablement avec la plupart des hommes politiques que je connais au Nord et dans d’autres districts. Cependant, je ne peux me prononcer à propos du bloc auquel je pourrais adhérer, avant de faire la connaissance de mes collègues”.

- Votre colistier, Boutros Harb, restera-t-il votre allié ou bien n’étiez-vous que des compagnons de route aux élections?

“Je respecte beaucoup cheikh Boutros et l’apprécie. Je peux profiter de l’expérience qu’il a acquise sur le plan politique”. - Pourriez-vous former bloc ensemble? “Je l’ignore et, de toute façon, c’est prématuré. Puis, je pourrais m’allier à des collègues de Tripoli, de Koura, du Akkar et d’autres circonscriptions”.

QUID DES ALLIANCES PARLEMENTAIRES?

- L’alliance parlementaire engloberait-elle des députés ayant fait partie de listes rivales?

“C’est possible, d’autant que les listes n’ont pas été constituées sur des principes politiques définis, sinon le panachage n’aurait pas été pratiqué. Aussi, faut-il souhaiter le début d’une vie politique démocratique véritable au Liban. Cela sera possible quand des dénominateurs communs seront dégagés rassemblant beaucoup de gens et lorsqu’un ordre des priorités sera établi, les courants politiques pouvant avoir un rôle efficace à l’Assemblée”.

- Avec quels nouveaux députés de Tripoli pourriez-vous coopérer et vous allier?

“Je suis ouvert sur tous. Nous avons abouti à un poste de responsabilité et l’intérêt public seul doit nous guider. Point n’est besoin de citer des noms, car tous sont soucieux de servir Tripoli, bien qu’ils aient des idées différentes. Partant de là, nous nous employons à dissiper les divergences et à rapprocher les points de vue dans l’intérêt de notre ville”.

- Le président Omar Karamé insiste à présenter sa démission; approuvez-vous son attitude?

“Je ne lui conseille pas de démissionner, mais c’est une décision qui le concerne. Pourquoi démissionnerait-il, alors que 69.000 citoyens lui ont fait confiance? Il faut respecter leur choix et c’est pourquoi, j’estime que le président Karamé doit persévérer”.

JE N’AI PAS DETECTE DES INTERVENTIONS AU COURS DU SCRUTIN

- Le président Karamé insinue que l’Autorité a ourdi un complot contre lui au cours des élections. Auriez-vous détecté des pressions ou des interventions lors du scrutin?

“En ce qui me concerne, je ne serais pas arrivé s’il y avait eu des ingérences dans l’opération électorale. Je le dis en toute franchise, d’autant que je ne me réclame d’aucun courant politique. “Nous devons considérer que notre pays est démocratique et les gens décident eux-mêmes de leur choix. C’est pourquoi, nous sommes appelés à respecter leur choix”.

- Vous aurez à participer à l’élection du président de la Chambre: quel est, à votre avis, la personne la plus apte à assumer cette charge?

“Je ne peux encore me prononcer, car j’ignore quels seront les candidats”.

- Si le président Nabih Berri posait sa candidature, l’appuieriez-vous?

“Il me faut connaître l’autre candidat pour établir une comparaison entre eux. Je n’ai pas fait la connaissance du président Berri, mais en tant que chef du Législatif, je pense qu’il s’est acquitté comme il se doit des obligations de sa charge. Mais il y a toujours le bon et le meilleur».

- Et quelle est la personne que vous jugez la plus indiquée pour occuper la présidence du Conseil?

«Je ne connais pas le président Hariri, n’ai pas fait partie de son courant poliltique et, partant, je n’ai pas posé ma candidature sur cette base. Mais quand on me posait la question au cours de la campagne électorale, je répondais invariablement que je voterai pour la confiance, car nous avons besoin d’un gouvernement fort et, aussi, d’un parlement apte à le contrôler. Je ne suis donc pas contre le président Hariri; au contraire, j’estime que nous avons besoin dans l’étape présente d’une personne comme lui. Partant de ce principe, je considère que nous n’avons pas intérêt à faire de l’obstructionnisme mais de contrôler au nom des citoyens l’action gouvernementale».

JE SOUTIENS HARIRI

- Si le président Karamé se présentait contre M. Hariri, lequel des deux soutiendriez-vous et vous trouveriez-vous dans l’embarras?

«Pas du tout. J’ai dit que j’opterai, certainement, pour le président Hariri. Quant au président Karamé, il ne peut occuper ce poste dans cette étape. Peut-être le pourrait-il dans une étape ultérieure; je l’ignore».

- Comment expliquez-vous le fait pour M. Ahmed Hbous d’avoir obtenu le plus grand nombre de suffrages, d’autant qu’il n’est venu au Liban et n’a posé sa candidature que dix jours avant le scrutin?

«C’est un phénomène étrange, vraiment. De fait, je ne connais pas M. Hbous et ne l’ai jamais rencontré, bien que je vive à Tripoli depuis dix ans sans interruption».

- Comment concevez-vous la nature des relations libano-syriennes?

«Ayant vécu à l’étranger, je pars toujours d’un principe réaliste. Un fait géographique lie le liban à la Syrie, 75 pour cent de nos frontières communes étant avec cet Etat frère et 25 pour cent avec Israël. «Il existe, aussi, un fait historique, humain, économique et des intérêts communs. Puis, nous faisons face à l’Etat hébreu et si nous ne nous ouvrions pas sur le monde arabe qui nous entoure et si nous n’en faisions pas partie, nous agirions contre notre intérêt. «Nous devons penser avant tout à l’intérêt du Liban. Je pourrais dire en tant que citoyen: «Ils m’ont fatigué au barrage». Et le Syrien pourrait dire: «Tout coup d’Etat en Syrie a été préparé au Liban». «Tout cela est du passé; nous devons songer au présent et à l’avenir. Actuellement, nous avons intérêt à nous trouver avec la Syrie dans la même tranchée, pour ne pas connaître le même sort que les Palestiniens, l’option «Liban, d’abord» étant très dangereuse et nous devons en prendre conscience». Enfin, M. Ahdab s’adresse aux jeunes en ces termes: «Nous devons tous aider au relèvement du Liban et assumer nos responsabilités, d’autant que nous sommes à l’orée d’une nouvelle étape. Nous nous trouvons face à l’alternative suivante: Ou nous nous réclamons de ce pays et avons foi en notre patrie ou pas. Je suis de ceux qui y croient, c’est pourquoi j’invite tous mes concitoyens et, en tout premier lieu, les jeunes, à resserrer les rangs et à conjuguer les efforts pour engager le Liban sur la voie de la stabilité, de la prospérité et de la paix. Ceux qui n’y croient pas, n’ont qu’à le quitter».

(Propos recueillis pa HODA CHEDID)