LA FRANCE PROFONDE A ETE FIDELE AU RENDEZ-VOUS DU 15ème CENTENAIRE DU BAPTEME DE CLOVIS!

Maintenant que ce rendez-vous à la fois contesté et ardemment souhaité, qui avait commencé sur fond de polémique et s’est terminé dimanche, à Reims, dans l’apothéose de la ferveur et de l’accueil triomphal réservé au Saint-Père, on peut revenir succinctement sur les étapes ayant jalonné ces quatre jours de visite.

Jean Paul II sur sa «papamobile» après avoir pris congé de ses hôtes éminents et un long entretien avec eux…

1. LE PERIPLE:

Dans la lignée et à l’instar des présidents français qui ont accueilli le Pape, nommément Valéry Giscard d’Estaing et François Mitterrand, Jacques Chirac a réservé, accompagné de son épouse, un accueil des plus courtois, à Jean-Paul II, au pied de la passerelle de l’avion pontifical sur la base aérienne de Tours. C’était la 1ère étape d’un périple qui s’annonçait ou du moins qui semblait précédé par une certaine impression de flottement et de tiédeur - pour ne pas en dire plus! Mais avec Tours; puis, les étapes de Ste Anne D’Auray, et enfin de Reims, le miracle s’est produit tout à coup! Face à une France, qui ne se défend pas d’être laïque et une opinion publique pas du tout convaincue, quoiqu’on en dise et malgré certains dérapages, Jean-Paul II avait débarqué jeudi en disant: “J’aime la France...” et les Français lui ont prouvé qu’ils le lui rendaient bien. Et cela en dépit des polémiques de mauvais goût, de mesquineries d’épiciers et d’une démagogie déplacée pour la circonstance. Les Français le lui ont prouvé avec un éclat particulier, à la barbe de ceux qui veulent bien l’entendre - ou ne pas l’entendre - surtout durant sa dernière étape à Reims où au nombre de 250.000 ils l’ont acclamé en lui disant: “Présents!” La veille, au terme de la messe de Ste Anne D’Auray, devant 120.000 fidèles qu’il bénissait, Jean-Paul II tout ragaillardi, leur a lancé sous les ovations: “J’ai trouvé ici beaucoup d’espérance!...” Le jour précédent, à Tours, face à 150.000 fidèles enthousiastes, le Saint-Père après avoir rappelé le geste touchant du légionnaire romain devenu depuis Saint-Martin et soucieux de reconnaître les différences légitimes de l’opinion des Français, le Saint-Père avait rendu hommage à leur tradition de “fraternité”. Mais le lendemain il avait retrouvé un ton délibérément pastoral et conforme aux objectifs authentiques de sa visite: “La famille ici, comme ailleurs, traverse de multiples difficultés qui la fragilisent...” Et durant une rencontre avec de jeunes couples accompagnés de leurs enfants, il a évoqué le chômage et les problèmes compliqués de la santé, du logement et du travail des femmes. Il a carrément ouvert une large brèche dans le mur d’intransigeance élevé jusqu’à hier par l’Eglise, aux divorcés et aux remariés, en soulignant “que ceux-ci quoiqu’ils ne peuvent pas communier, doivent participer à toutes ses manifestations”. Quant au thème de l’avortement, Jean-Paul II n’a rien cédé sur le fond: “Tout être humain déjà conçu a droit à l’existence, la vie donnée n’appartient plus à ceux qui l’ont fait naître”. En revanche, il a souligné la remise en cause des valeurs spirituelles essentielles, comme l’indissolubilité du mariage. Mais en ce qui concerne la fidélité conjugale, il a bien voulu comprendre - sans les cautionner - les épreuves que peut traverser le couple en rappelant que ses composantes doivent passer aussi par l’expérience du pardon.

A Sainte Anne D’Auroy.

TOUS DERRIERE TOI!

A Reims la foule assista à la messe avec une ferveur admirable. Elle a été estimée à 250.000 personnes venues des douze diocèses de l’Ouest, ainsi que d’autres régions à bord de 2.400 cars affrétés à cet effet pour assister à la messe concélébrée en mémoire du 15ème centenaire du baptême de Clovis, roi de France, - devenu catholique grâce aux bons offices de la reine Clotilde. L’ambiance était bon enfant, fervente, chaleureuse, surtout lorsque les officiants ont rappelé la formule utilisée il y a 1.500 ans par l’évêque de la cathédrale de Reims, St Rémi imposant l’eau lustrale au jeune roi barbare: “Courbe la tête, fier Sicambre...” Et surtout lorsque la foule a clamé en chœur et d’une seule voix: “Tous derrière toi, Saint-Père!” Des personnalités politiques de premier plan étaient présentes ou en première ligne, aux côtés de dignitaires religieux de provenances diverses. Une fausse note, parmi d’autres qui ont résonné ailleurs, celle de Mgr Gaillot, qui dans une réflexion mitigée au sujet de la cérémonie et susceptible de jeter de l’huile sur le feu laïcité-chrétienté - reçut comme en écho, une réponse, celle de Jean-Paul II dans son homélie, dans la cathédrale. Après s’être inquiété de la montée de l’indifférence dans le monde et avoir déploré que la mémoire chrétienne allait s’affaiblissant surtout chez les jeunes générations, il était revenu avec beaucoup de pertinence sur l’objet initial de sa visite en France, le baptême de Clovis “qui, somme toute, ressemble en tous points à n’importe quel autre baptême!” Dont acte. En fin d’après-midi, le Pape devait s’entretenir avec le ministre des Affaires étrangères, M. Alain Juppé venu spécialement à Reims pour le saluer. A l’écoute de cette personnalité majeure de notre temps prise dans la tourmente du siècle, on ne peut qu’approuver les paroles modestes et admiratives d’une femme les larmes aux yeux son chapelet à la main dans le petit matin sur la base aérienne de Reims: “Je ne sais pas... C’est comme une apparition cet homme en blanc!... Toutes les balivernes qu’on nous sert sont balayées... Le Saint-Père a retrouvé la France, la fille aînée de l’Eglise...”

A Laurent-sur-Sèvre.

2. TOUTE REFLEXION FAITE

Lundi, le Souverain Pontife sera retourné à Rome. Cette même Rome se doutait-elle, le jour où Pierre y mit les pieds, que ce pauvre pêcheur galiléen qui venait d’entrer dans ses murs prendrait possession d’elle et de son empire pour des siècles? Suscitant vénération, colère ou haine, Jean-Paul II poursuit paisiblement son chemin de croix. Personnalité majeure de notre siècle - rarement un pape aura soulevé tant d’enthousiasme et d’espoir; rarement un pape aura accompli une œuvre aussi vaste dans une période du monde aussi ébranlée par l’incrédulité et le matérialisme comme le nôtre. Il aura été aussi, s’étonne-t-on de le constater - l’objet de controverses aussi vives qu’injustes! Tout se passe comme si le Christianisme qui imprègne sa culture, devrait être expurgé du patrimoine de la France. La montée de ce laïcisme outrancier ne s’alignerait-il pas sur les anathèmes de certains intégrismes? Laïcisme d’autant moins applicable qu’il se manifeste à l’heure où le Catholicisme est pourtant discret et peu offensif. C’est peut-être pour cette raison qu’il est désigné comme une menace! Comble de l’ironie, c’est pourtant un laïc chevronné, qui a peut-être exprimé le mieux ce que l’on ressent, ce que l’on a ressenti en France après la visite du Pape aujourd’hui, - ce Pape que certaine presse a qualifié d’hôte encombrant - “Je veux saluer en votre personne l’institution qui a si profondément, si intimement marqué l’histoire de mon pays et reste une source vive, où tant des nôtres continuent de puiser leurs raisons d’espérer”. Ce laïc, qui a accueilli en 1983 Jean-Paul II à Lourdes, c’était François Mitterrand! Par voie de conséquence, ne serait-on pas tenté de rabattre le caquet de certains protestataires: “Allons! Un peu de mesure! Ne soyons pas plus royalistes que le roi!”.

A Tours, déjà la foule…

C.E.H.