L’ACTUALITE MEDICALE

UN PEPTIDE CONTRE L’APPETIT

Des scientifiques britanniques de la Royal Postgraduate Medical School de Londres et du département d’anatomie de l’Université de Cambridge, ont découvert, sous la houlette du professeur Stephen Bloom, comment le cerveau contrôle notre désir de nourriture. Ils pensent que leurs travaux pourraient permettre de trouver un moyen, sans risque, de réguler notre appétit et notre poids. Le professeur Bloom et ses collègues ont prouvé qu’un peptide, le GLP1, inhibe fortement l’appétit des rats privés de nourriture et que cet effet disparaît dès qu’on leur administre un antagoniste au récepteur cérébral du GLP1. Selon le professeur, des recherches plus poussées pourraient aboutir à la mise au point d’une version synthétique du GLP1, qui servirait de «traitement sûr et efficace contre l’obésité». Le GLP1 a été découvert par le professeur Bloom il y a huit ans et il est apparu depuis qu’on le trouve exactement sous la même forme dans chaque espèce de mammifère étudiée. Cela semble indiquer qu’à l’instar d’autres peptides et protéines présentant cette même caractéristique, le GLP1 a une fonction vitale et irremplaçable. Celle-ci n’a cependant été découverte que récemment, à l’issue de travaux qui ont été décrits dans le magazine «Nature» du 4 janvier 1996. Le GLP1 a été injecté, sous anesthésie, dans les ventricules cérébraux de rats qui avaient été privés de nourriture pendant assez longtemps pour être affamés dans des conditions normales. Lorsque de la nourriture leur a été proposée, ils en ont absorbé 95% de moins que les rats non traités mais également privés de nourriture. Des tests ultérieurs ont montré que les rats ayant reçu une injection de GLP1 retrouvaient leur appétit lorsqu’un antagoniste spécifique aux récepteurs du GLP1, l’extendine, était injecté dans leurs ventricules cérébraux. Cela signifie que quand le corps a absorbé assez de nourriture, il produit normalement le GLP1, qui agit comme un signal chimique et «annonce» au cerveau que l’appétit a été satisfait. Injecté, le GLP1 a le même effet. C’est donc un messager très efficace puisqu’il fonctionne parfaitement même quand les rats sont affamés.

INNOVATIONS EN MEDECINE

Une nouvelle technique est sur le point d’être testée, celle des injections hypodermiques par seringue mais sans aiguille - celle-ci étant remplacée par certaines poudres médicinales qui éviteraient, à part la peur traditionnelle de la piqûre, les risques de transmission de virus divers.

Un appareil-coupant à base de laser, serait actuellement en mesure, dans le traitement du cancer de la bouche, de débarrasser la cavité buccale des tissus affectés par la maladie. Le cancer de la bouche vient au 6ème rang des cancers affectant la population du Royaume-Uni.

LA PREUVE QUI MANQUAIT

Une preuve supplémentaire de ce rôle vital est apportée par l’effet de l’extendine: les molécules de ce peptide rivalisent avec celles du GLP1 pour atteindre les récepteurs cérébraux et bloquent leur effet de manière sélective. Le fait que l’extendine permette aux rats traités de retrouver leur appétit prouve irréfutablement que le GLP1 régule la satiété au niveau du cerveau. Cependant, l’extendine ne stimule l’appétit des rats que s’ils ont l’estomac plein. S’il est administré à des animaux ayant été privés de nourriture, il n’agit pas ou presque pas. Cet effet apparemment paradoxal montre en fait que le GLP1 ne fonctionne pas chez un animal qui a faim: il n’agit que lorsque celui-ci est rassasié. C’est à ce moment-là, et à ce moment-là seulement, que le fait de bloquer l’effet du GLP1 permet à un animal et donc à un être humain, de retrouver l’appétit. Cela semble indiquer que beaucoup de gens sont trop gros, non parce que ce sont simplement de gros mangeurs mais peut-être parce que chez eux, la production de GLP1 est déficiente. Souvent, ces individus ne sont pas rassasiés, même après avoir bien mangé et il leur arrive de devoir consommer des quantités considérables de nourriture pour satisfaire leur appétit. Une production insuffisante de GLP1 expliquerait ces symptômes. D’après le professeur Bloom, la prise de GLP1 synthétique, sous forme de cachet, pourrait compenser cette déficience et permettre aux personnes concernées de limiter facilement leur ingestion de nourriture.

L’EXCES DE POIDS

La recherche sur le contrôle de l’appétit traverse une phase passionnante pour les scientifiques. Il y a un an environ, des chercheurs ont découvert un gène qui entraîne chez les souris et, par conséquent, chez les personnes porteuses du même gène, une prise de poids excessive. Selon le professeur Bloom, il se peut que la protéine qu’il synthétise contrôle la production de GLP1 dans le cerveau. Une équipe de chercheurs de l’Université de Liverpool a, également, identifié une molécule, le neuropeptide y ou NPY, qui joue un rôle important dans le contrôle de l’appétit: c’est elle, en effet, qui provoque la sensation de faim dans le cerveau. Selon les scientifiques de Liverpool, un spray nasal contenant un médicament qui bloque les effets du NPY pourrait peut-être, permettre de contrôler le désir de nourriture. Des recherches très poussées sont actuellement menées à bien pour établir les liens qui existent entre le GLP1, le NPY et le gène de l’obésité. Elles aboutiront probablement bientôt à la mise au point de moyens sûrs et efficaces de freiner l’appétit chez ceux qui, pour des raisons indépendantes de leur volonté, trouvent que les méthodes normales sont très difficiles, voire impossibles à appliquer. Les médecins soulignent, cependant, que beaucoup de gens mangent trop, davantage pour des raisons psychologiques que physiologiques et que dans leur cas, il est important de trouver et de traiter la cause réelle du problème.

JOHN NEWELL,
ancien rédacteur scientifique de la BBC World Service