BLOC-NOTES
LA CAVERNE D’ALI BABA
Notre inamovible ministre des Affaires hydrauliques et électriques n’y va pas avec le dos de la cuillère. Ce n’est évidemment pas là une découverte. Depuis le début de sa carrière, alors qu’il n’était encore qu’”Elie” Hobeika, puis “HK” pour en arriver à “Elias”, il n’est jamais venu à l’esprit de personne de l’accuser d’être un modèle de douceur. D’ailleurs, on ne demande pas à un ministre d’être doux. On lui demande d’être compétent. A en croire ceux qui le connaissent, compétent, il l’est. Preuve en est le courant que nous recevons 24 heures sur 24 ou presque. Il est vrai que cela va coûter aux contribuables leur dernière chemise (si tant est qu’il leur reste encore une chemise) en emprunts aussi tordus que ruineux. Mais il faut savoir ce que l’on veut. On ne peut pas avoir à la fois le beurre et l’argent du beurre. Quoique, du beurre, beaucoup sont en train de faire le leur dans cette caverne d’Ali Baba qu’est l’Electricité de Beyrouth, dont Elias Hobeika (puisqu’Elias il y a) est le ministre de tutelle. Jadis, au temps de Georges Frem (Dieu le bénisse) on essayait, dans la mesure du possible, de ménager à la fois les fonds publics et les maigres moyens des usagers. Aujourd’hui, le style a changé et nos factures aussi. Des coupures sauvages, nous avons passé aux factures sauvages, sans la moindre explication. Car, sachez-le, les questionneurs et les curieux ne sont plus tolérés ni dans le royaume de M. Hobeika, ni dans le Nirvana de la république haririenne de Taëf. Dans le concert de matraquage permanent auquel se livre le gouvernement pour faire casquer ce cochon de payant, les factures de M. Hobeika représentent le coup de grâce. En 1975, un cadre supérieur recevait un salaire de 1000 L.L. sur lesquelles il payait 25 L.L. d’électricité, c’est-à-dire 2,5%. Vingt et un ans plus tard, le salaire de ce cadre supérieur est devenu approximativement deux millions de livres, alors que sa facture d’électricité varie entre 900.000 et 1,200.000 L.L. c’est-à-dire entre 50 et 60%. Que voulez-vous, on n’arrête pas le progrès. On n’arrête pas non plus des gouvernants décidés à tondre une population qui se comporte en moutons à peine bêlants. Inconscience ou goût du risque, je me suis quand même hasardée à réclamer des explications quant à ma propre facture devenue franchement intolérable et moi, par la même occasion, parfaitement insolvable. Des réponses accordées du bout des lèvres, j’ai cru comprendre que des centaines de factures n’avaient pas été acquittées (faute de percepteurs) pendant les années de guerre, lesquelles factures avaient été réparties, par petits (?!) paquets sur les factures actuelles. Parfait. Le seul ennui, c’est que les factures qui se chiffraient dans les années 70 et 80 entre 25 et 1000L.L. sont aujourd’hui comptabilisées aux barèmes actuels, c’est-à-dire entre 900.000 et 1.200.000 L.L. Ce n’est pas bête ça! Brillant même si ce n’avait été de la pure falsification et de l’escroquerie. Mais admettons. Admettons que l’escroquerie soit entrée définitivement dans nos mœurs officielles (comme en témoignent les récentes législatives) et qu’il faille faire avec. Très bien, nous ferons avec. Nous ferons encore mieux avec, si tous les usagers étaient traités de la même façon. Nous irons jusqu’à y puiser quelque consolation. Hélas, il nous faut revenir à une autre facette du style de ce gouvernement, la règle «des deux poids, deux mesures». Cela signifie qu’on surcharge ceux qui paient des factures, en souffrance, de ceux qui ne paient pas, qu’on n’ose pas faire payer ou qu’on ne veut pas faire payer. Moralité: la loi étant au Liban une notion relative, à l’usage des décavés et des imbéciles, s’y soumettre c’est comme entrer en religion, après le vœu d’obéissance, le vœu de pauvreté.
ALINE LAHOUD.