EDITORIAL

Par Melhem KARAM

MOINS QU’UNE GUERRE… ET PLUS QU’UN SOULEVEMENT… OU VA-T-ON?

Selon les propos d’un Européen plaisant, si les extrémistes voulaient fonder une association dans le monde et lui élire un président, ils ne choisiraient que Benjamin Netanyahu. Cependant, l’équation de l’extrémisme et de la modération ne s’applique pas, semble-t-il, au Premier ministre du Likoud. L’exception… toujours elle, est le lot d’Israël. L’exception et le veto. L’Amérique blâme ceux qui ont percé le tunnel à Jérusalem sous la mosquée Al-Aqsa! Aussi, demande-t-elle sa fermeture et l’arrêt des travaux qui y sont entrepris. Mais elle ne va pas jusqu’à dire ce qu’elle ferait s’il n’était pas mis fin à ces travaux et si le tunnel n’était pas fermé. Exactement à l’instar de la loi incomplète qui prohibe l’action sans imposer une sanction à son auteur. Un crime sans châtiment. Pourtant, dans la loi, il n’y a pas de crime… ni de sanction sans texte. C’est pourquoi, Israël commet le crime sans encourir aucune peine. Chez nous, si! Et chez les autres. A Cuba, en Libye, au Soudan, en Irak et en Iran. Dans tous ces pays et dans d’autres, l’extrémisme encourt un châtiment allant jusqu’au point de sanctionner les Etats. Il n’en est pas de même en Israël. Non, il s’agit ici d’une mobilisation et d’une exacerbation de l’état d’âme public exigeant des gens de garder le silence sans se plaindre et sans en être persuadés. Bien plus, il s’agit d’une mobilisation attendant l’occasion pour se manifester. Il y a eu l’histoire du tunnel… et ce fut l’explosion. Plus qu’un soulèvement et moins qu’une guerre. C’est ce qui s’est produit dans les zones où est appliqué le régime d’autonomie, à partir de Jérusalem. Car la Ville sainte est à tous et abrite la troisième sainte mosquée. Israël du Likoud peut-il dénaturer l’Histoire en écrivant une Histoire nouvelle avec le fusil et le canon? Plus qu’un soulèvement et moins qu’une guerre. Puis, quoi… où va-t-on? Et qu’est-ce qu’Israël n’a pas encore fait pour judaïser la terre sans y parvenir jusqu’à ce jour? Il a emmené les colons en jouant sur les antagonismes des deux «grands» au temps de la guerre froide. Il a même rapatrié les fellachas pour les installer en Israël présenté comme la Terre promise? Non, ils ont été emmenés en vue d’accroître le nombre des juifs et pour combler l’espace que constitue la grande terre. Parce que ceux-ci ne sont pas, au fond, les fils de la terre; ils l’ont spoliée avec le fusil, à l’ombre de la résolution internationale qui était imprécise au début. Le fusil a enraciné les spoliateurs dans la terre avec une opération du fait accompli reconnu par la résolution internationale. Depuis 1948, Israël se comporte en confondant le fait accompli et le fait légal. Les colons vivent sur le racisme, lequel les aveugles au point de ne pas voir la frustration. Sinon ils seraient partis depuis longtemps… Car la promesse a heurté ceux à qui elle a été faite et ils ont su qu’ils ont été leurrés. Mais ils persévèrent dans le jeu, parce que le retour à la case départ est plus difficile pour eux que la situation où ils se trouvent. Ils vivent sur la terre d’Eretz Israël… l’autre promesse dont est imbu l’esprit des rêveurs. Puis, cette question: Si les jeux étaient inversés et si le Mur des lamentations s’exposait à ce à quoi s’expose la mosquée Al-Aqsa ou l’église de la Résurrection, ne se serait-on pas soulevé contre ceux qui ont osé s’en prendre aux lieux sacrés? On a traité de barbares ceux qui ont déclenché la guerre d’octobre 1973, en envahissant la terre spoliée à l’occasion du «Yom Kipour», parce qu’ils ont empêché les croyants d’accomplir leur devoir religieux en un jour consacré à la prière. Pourquoi user des deux poids et deux mesures, en faisant pencher la balance de l’arbitraire et de l’injustice aux dépens de celle de la justice et de la logique? Puis, quoi… où va-t-on? Vers une guerre au Proche-Orient? Une nouvelle guerre s’ajoutant aux guerres précédentes? Pour verser encore du sang? Alors qu’Israël ne se conforme aux résolutions internationales qu’à la manière des combattants afghans. Des Taliban à Kalbeddine Hikmatyar? Sont-ce des traités de paix? Et ces traités visent-ils à défier le monde entier où qu’ils soient? L’instinct édifie-t-il l’économie? Et le capital a-t-il renoncé à sa couardise au point d’accepter d’être investi dans une terre perturbée, telle la terre des séismes où on ne sait quand les tremblements de terre se manifestent… les bâtisseurs restant dans la perplexité? Le gouvernement du Likoud ne s’est-il pas interrogé sur la différence entre la situation économique d’Israël, au temps où on tenait sur la paix des propos prometteurs et celui où se font entendre les bruits des chars, des bottes des généraux et des soldats? Puis, quoi… et où va-t-on? Benjamin Netanyahu a entendu en Europe et auparavant en Amérique, des paroles de paix, celle-ci étant présentée comme une nécessité et un devoir. Il a laissé les grandes paroles derrière son dos, pour rester fidèle à des propos qu’il a prononcés durant sa campagne électorale, devant les extrémistes, lesquels ont assuré sa victoire contre son adversaire, avec un pour cent des voix. La riposte palestinienne a été à la dimension de la mobilisation et de l’exacerbation des sentiments d’hostilité. Aucune fois Israël n’a tenu sa promesse. Il établissait des calendriers au temps de Yitzhak Rabin… et ramenait l’Histoire en arrière au moment de l’échéance… celle où il devait se conformer aux calendriers établis. En dépit de cela, des choses se sont accomplies, bien qu’elles fussent en-deçà de ce qu’on souhaitait. Aujourd’hui, il n’y a rien: ni calendriers, ni paroles… mais des conditions rédhibitoires… jusqu’à ce que les paroles de la paix se métamorphosent en feu craché par les fusils. La riposte arabe a été ferme, mais sans atteindre celle des propos israéliens. Autrement dit, elle n’a pas rejeté la paix et la conviction quant à la nécessité de l’instaurer… la paix étant une stratégie arabe. Moins qu’une guerre et plus qu’un soulèvement. Tout cela suffit-il à faire comprendre aux extrémistes et aux intransigeants qu’ils ne sont pas seuls capables de confirmer leur présence avec la confrontation et le défi? Ni seuls capables de s’imposer sur le terrain?