LES EVENEMENTS DE LA SEMAINE

Après sa visite, la semaine dernière à Bkerké, M. Walid Joumblatt, ministre des Déplacés, a changé de ton et tient maintenant des propos identiques, à quelques variantes près, à ceux du cardinal Nasrallah Sfeir. Tous deux constatent que ‘l’écart se creuse entre les citoyens”, en raison de la “politique à sens unique suivie par le Pouvoir, lequel ne prête pas l’oreille aux justes revendications des administrés”.

JOUMBLATT PARTAGE L’AVIS DE BKERKE: «L’ECART SE CREUSE ENTRE LES CITOYENS»

Serait-ce la conséquence de la visite de M. Walid Joumblatt à Bkerké? Après sa rencontre, la semaine dernière, avec S. Em. le cardinal Nasrallah Sfeir, les deux hommes semblent se trouver sur la même longueur d’ondes: ils émettent à propos des problèmes de l’heure, des réflexions identiques, à quelques variantes près. Ainsi, dans sa dernière homélie dominicale, le chef spirituel des maronites, dressant un tableau sombre de la situation, a mis l’accent sur la nécessité «de consulter les différents pôles de la société civile et de donner une suite favorable aux justes revendications des citoyens». L’ex-président Hélou qui avait conféré avec Sa Béatitude dimanche, à l’issue de la messe du dimanche, s’est prononcé en faveur d’une information libre et affirmé que «l’Etat est tenu de respecter les Libanais et les opinions qu’ils expriment à propos des questions nationales ou en rapport avec leur vie quotidienne». D’autres griefs ont été formulés par le cardinal Sfeir portant sur les élections législatives, la règlementation de l’information audiovisuelle qui a eu pour effet d’étouffer les voix et de bâillonner la liberté; le regroupement des branches de l’Université libanaise, ce qui a lésé certaines régions, la crise économico-sociale aiguë à laquelle les responsables n’apportent pas des solutions adéquates; l’accumulation des dettes publiques que les générations montantes seront incapables de supporter. «Tout cela, a dit le cardinal-patriarche, élargit la brèche entre l’Autorité et les administrés». M. Joumblatt a fait état de «l’écart social qui se creuse chaque jour davantage entre les citoyens», avant d’enchaîner: «Alors que des Libanais s’enrichissent, d’autres ne mangent pas à leur faim, réclament vainement une baisse des frais scolaires et universitaires et une majoration du salaire minimum pour assurer une vie décente à leur maisonnée… sans être écoutés» Aussi, le ministre des Déplacés, pourtant proche du Sérail, propose-t-il, «un rééxamen des priorités au niveau de la politique, de l’économie et des médias» (sic). A notre connaissance, M. Joumblatt n’est pas de la catégorie des «ministres opposants» ou «frondeurs», du moins tant que son ami et allié, M. Rafic Hariri assumera les charges de la troisième présidence. Ou bien s’est-il formalisé du fait qu’il n’ait pas eu sa part du «gâteau» (audiovisuel), trois des quatre licences de télévision ayant été accordées à des responsables, en l’occurrence, les chefs du Législatif, de l’Exécutif et le ministre de l’Intérieur? Cet état de choses ne manquera pas d’amplifier la vague de mécontentement au niveau de la rue. D’ores et déjà, la grogne s’accentue progressivement. Puisse-t-elle être freinée par des initiatives officielles, de nature à répondre aux souhaits des citoyens et à satisfaire leurs doléances.

Le dossier de l’audiovisuel figurait en tête de liste parmi les soixante-trois points inscrits à l’ordre du jour du dernier Conseil des ministres. Dès le retour du chef du Législatif d’Arabe séoudite, celui-ci s’est concerté avec les chefs de l’Etat et du gouvernement, “pour tenter de trouver une solution de compromis au problème des stations radiophoniques et de télévision”.

AUDIOVISUEL: L’INTRANSIGEANCE DU POUVOIR ENTRETIEN LA TENSION...

Bien que la conjoncture régionale demeure préoccupante et en attendant les résultats du sommet quadripartie de Washington, certains dossiers internes continuent à dominer l’actualité locale. En tête de ces dossiers, celui de l’audiovisuel occupe, et pour cause, la tête de liste. Car c’est un secteur vital qu’on cherche à museler, sous prétexte de vouloir mieux le régir. Au terme d’une semaine relaxante passée à bord de son yacht parmi les îles grecques et une brève escale à Damas - où il a discuté avec les responsables syriens de la crise régionale - le chef du gouvernement reprend ses activités officielles. Mais au préalable, il a conféré avec le chef de l’Etat à propos, justement, de l’audiovisuel. Vraisemblablement, pour dissiper certaines rumeurs popagées au cours de son absence, selon lesquelles des divergences l’opposeraient au président Hraoui sur certains volets de ce dossier pour le moins brûlant et complexe. A sa sortie du palais de Baabda, M. Hariri a affirmé qu’aucune divergence ne l’opposait au président de la République “avec lequel je suis d’accord sur tous les dossiers”. Et d’affirmer: “Le gouvernement appliquera la loi sur l’audiovisuel... Quant aux nouvelles licences, il est difficile de les accorder en dehors de la législation en vigueur et sans obtenir l’aval du Conseil national à qui est confié le soin de règlementer ce moyen médiatique”. C’est clair, net et précis. On peut déduire des propos du président du Conseil, que ce dernier n’est pas disposé à faire marche arrière et qu’en conséquence, le “rouleau compresseur”, toujours lui, continuera à aller de l’avant, sans se laisser arrêter par les obstacles entravant son chemin. Entre-temps, la vague de protestation persiste et prend de l’ampleur. De fait, la CGTL réunie lundi a décidé d’observer un sit-in (hier jeudi) devant le palais du gouvernement à Sanayeh et, aussi, de lancer un ordre de grève générale pour jeudi prochain “en signe de protestation contre la loi inéquitable sur l’audiovisuel”. Il y a lieu de signaler que le chef du Législatif - en plus de certains ministres - ont émis des réserves sur ‘l’équité des mesures gouvernementales”. Celles-ci, de l’avis même du président Nabih Berri, “peuvent être plus équitables”... De son côté, le conseil de l’Ordre des journalistes s’est prononcé en faveur d’une loi équilibrée, de nature à sauvegarder la liberté d’expression et dont l’application ne jetterait pas dans la rue des dizaines de personnes travaillant dans les stations radiophoniques et de télévision. Cela dit, on attend d’être fixé sur la décision finale que prendra le Pouvoir fin novembre - à l’expiration du délai imparti aux stations n’ayant pas rempli les conditions requises - par rapport à celles parmi ces dernières n’ayant pas été autorisées à poursuivre leurs activités et qui se seront mises en règle avec la loi...

Le sommet de Washington ayant réuni le président Clinton, le roi Hussein, Yasser Arafat et Benjamin Natanyahu, a été entamé dans un ‘climat cordial”. Cependant, rien n’a transpiré du long tête-à tête des dirigeants palestinien et israélien, à la Maison-Blanche. Tout le monde souhaitait le succès de la rencontre sans trop y croire, étant donné l’intransigence du chef du Likoud en ce qui concerne, notamment, le ‘tunnel de la sédition”.

ESPOIR ET SCEPTICISME AU “SOMMET DE LA PAIX” A WASHINGTON

“Le malheur unit”, dit le proverbe. De fait, les dramatiques affrontements de la semaine écoulée ayant mis aux prises “Tsahal”, d’une part, les Palestiniens et leur police, d’autre part, ont eu pour conséquence de rapprocher les différentes fractions, même dissidentes, de l’OLP pour la première fois depuis l’accord d’Oslo. Les populations de Gaza et de Cisjordanie, autant que celles des camps palestiniens dans les pays d’accueil, le Liban en tête, sont descendues dans la rue pour manifester leur indignation suite aux méthodes brutales et inhumaines auxquelles ont eu recours les Israéliens pour disperser les foules en colère. Des manifestations monstres ont eu lieu, non seulement dans les villes de Cisjordanie, mais également chez nous, la plus imposante s’étant déroulée au camp de Ain el-Héloué, près de Saida. Au moment où nous rédigeons ces lignes, tout le monde retient son souffle, en attendant de savoir sur quoi débouchera le sommet de Washington, sur quel arrangement salutaire, de nature à calmer les esprits - et cela est-il encore possible après tant de victimes de part et d’autre? La fumée blanche apparaîtra-t-elle, enfin, au-dessus de la Maison-Blanche où le président Clinton a réuni les principaux protagonistes (Arafat et Netanyahu), en plus du roi Hussein, le président Hosni Moubarak s’étant excusé, officiellement, pour une double raison: le sommet se tient sans préparatifs sérieux; puis, le Premier ministre israélien a refusé de fermer le tunnel percé à Jérusalem à proximité de la mosquée Al-Aqsa. Le Raïs n’a pas caché son inquiétude: tout en prédisant l’échec du sommet quadripartite, partant du fait que ‘le président Clinton est prisonnier de la juiverie américaine à l’approche des présidentielles”, il a invité les hôtes du chef de l’Exécutif US “à consentir des sacrifices, sinon nous courons vers la catastrophe... la braise étant toujours sous la cendre”. Bien des Palestiniens de l’intérieur pensent, d’ailleurs, que “le refus du chef de l’Etat égyptien de prendre part au sommet de Washington est un acte héroïque”, manière d’exprimer leur scepticisme quant à ses résultats. Le président israélien, Ezer Weizmann a, lui aussi, mis en garde “contre un nouvelle guerre dans la région si le sommet de la capitale fédérale venait à échouer”... Cela dit, il y a lieu de souligner que les raisons de l’échec de la conférence de Washington, sont égales à celles de sa réussite. Au compte des premières s’inscrivent le refus de Netanyahu de fermer le “tunnel de la sédition”, de procéder à un redéploiement des forces israéliennes à Hébron; d’exclure Jérusalem de toute négociation, la ville sainte étant, à son avis ‘la capitale éternelle (unifiée) d’Israël. Cela dit, les résultats du premier jour du sommet de Washington ont été qualifiés “d’utiles et de constructifs”, bien que rien n’ait transpiré du long tête-à-tête Arafat-Netanyahu à la Maison-Blanche. Sauf que “les deux hommes ne se sont pas regardés en chiens de faïence”. Cependant, selon certaines rumeurs, le Premier ministre israélien restait intransigeant par rapport au “tunnel de Jérusalem” qui avait remis le feu aux poudres... Ce qui faisait alterner le climat d’espoir et de scepticime. Aux dernières nouvelles, 50.000 personnes ont participé mardi à la manifestation de la ‘“Paix maintenant” à Tel-Aviv, “en signe de protestation contre la politique du Likoud” et le parti travailliste déposait une motion de censure à la Knesset, invitant cette dernière à retirer sa confiance au gouvernement.

ECHOS ET REFLEXIONS

QUE SE PASSE-T-IL A L’ULCM?

Après une longue éclipse, l’Union libanaise culturelle mondiale (ULCM) se rappelle à notre souvenir, une fois de plus, mais d’une manière intempestive laissant émerger de profondes divergences en son sein. Ainsi, arrivé récemment des Etats-Unis, M. Naji Naïm, s’est présenté comme le nouveau président de l’Union. Puis, il a rendu visite, à ce titre, au cardinal Sfeir et, à sa sortie de Bkerké, il a dénoncé «certaines parties - qu’il n’a pas citées, nommément - qui tentent d’imposer leur hégémonie sur l’ULCM». Moins de 48 heures plus tard, M. Georges Antoun, président en exercice, prenait la décision «de radier M. Naïm», que le secrétaire général, M. Joseph Francis, accusait «d’usurper la qualité de président de l’ULCM». M. Francis assurait, aussi, que le congrès de Sao Paulo (13-14 septembre) avait prorogé le mandat des président et secrétaire actuels d’un semestre, jusqu’à la tenue du prochain congrès à Sydney. Qui croire? Au moment de rédiger ces lignes, M. Naïm ne s’est pas encore manifesté. On voudrait bien l’entendre s’expliquer et dissiper cet étrange imbroglio! Est-il, oui ou non, le nouveau président de l’ULCM? Dans l’affirmative, quelle instance est habilitée à le confirmer: le ministère des Emigrés ou celui des Affaires étrangères? Cette ténébreuse affaire prouve, s’il en est encore besoin, que tout ne va pas bien à l’ULCM, dont les membres en vue paraissent toujours mus par des questions de préséance, chacun cherchant à y exercer son emprise… … Pendant ce temps, l’Union péricilite, alors que les émigrés censés être au centre de ses préoccupations, sont plus que jamais perdus et tiraillés par des éléments aux visées contradictoires! Cela dit, doit-on attacher du crédit à des rumeurs selon lesquelles la FEARAB serait à l’origine de ce brouillamini?

Edouard BASSIL.