LA TRIBUNE
UNE CROIX SUR OSLO?
M. Netanyahu veut-il la paix ou veut-il maintenir Israël comme une forteresse aux portes du Proche-Orient? C’est toujours une question sans réponse. Il dit, bien sûr, qu’il veut la paix, mais s’il n’en prend pas les moyens? M. Pérès, lui, avait compris que pour pacifier et normaliser ses relations avec le monde arabe, il fallait commencer par supprimer la cause des guerres: le conflit israélo-palestinien. C’est ainsi que dans leur majorité, les Etats arabes avaient accepté, l’un après l’autre, l’idée d’une normalisation avec Israël après les accords d’Oslo. Dès lors que les Palestiniens s’accordaient avec les Israéliens sur une forme de partage des territoires, il n’y avait plus, pour les Arabes, une “cause palestinienne” mobilisatrice. Or, voilà que M. Netanyahu redonne aux Palestiniens et aux Arabes une “Cause” à soutenir, un combat à mener. Les morts alignés la semaine dernière dans les villes palestiniennes témoignent déjà que M. Netanyahu a réussi au-delà de toutes ses espérances à ramener la situation au point où elle en était, non pas avant Oslo, mais à ce qu’elle était il y a plus de cinquante ans.
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Ce n’est pas une erreur de calcul de sa part. C’est bien ce qu’il a cherché. Pour le comprendre, il suffit de se référer à la campagne menée par le Likoud jusqu’à l’assassinat de M. Rabin; puis, à son programme électoral; enfin, au livre de M. Netanyahu publié aux Etats-Unis à la veille de son accession au pouvoir sous le titre “Fighting terrorism” et qui a paru en France au moment de la formation de son gouvernement. Dans une dépêche datée de Paris le 18 juin, l’A.F.P. en donne un résumé tout à fait éclairant. En voici quelques extraits: “Benjamin Netanyahu se montre un adversaire acharné des accords d’Oslo dans lesquels il voit les prémices de “zones de libre-terrorisme” et explique pourquoi il est opposé à un Etat palestinien, dans son livre qui paraît en France le jour même de la présentation de son gouvernement. “La lutte contre le terrorisme islamique à laquelle il dit avoir consacré “la plus grande partie de sa vie d’adulte” transparaît comme l’unique thème sinon l’obsession de l’auteur de “Paix et sécurité, pour en finir avec le terrorisme” aux éditions L’Archipel. “A Oslo, Israël a donné la preuve à l’OLP et à ses émules que le terrorisme rapporte vraiment”, écrit Benjamin Netanyahu qui dénonce les erreurs du gouvernement travailliste. “Conséquence de ces erreurs: “Gaza est devenue une zone où l’on peut se livrer au terrorisme sans crainte de représailles”, affirme-t-il. “Selon M. Netanyahu, qui n’accorde aucun crédit à Yasser Arafat, le mouvement islamiste Hamas et l’OLP “partagent le même objectif stratégique: éliminer Israël”. “Pour cela, “Israël doit reprendre le contrôle de sa propre sécurité et adopter une politique favorisant l’autonomie locale des Arabes palestiniens”, tout en s’opposant à “l’expansion continue d’un territoire palestinien autonome et armé”. “Enfin, dans son dernier chapitre (“dix mesures contre le terrorisme”) il affirme que “l’une des mesures les plus importantes dans ce domaine” sera de “ne pas libérer les terroristes emprisonnés”, ce qui devrait ôter tout espoir aux milliers de Palestiniens encore détenus et que M. Pérès s’était engagé à libérer”. Autrement dit, on est invité à faire la paix avec une forteresse hérissée d’armes et de sentinelles. De même que personne n’avait fait attention au “Mein Kampf” de Hitler dans les années 30, aujourd’hui, on continue d’ignorer la nature profonde de M. Netanyahu et de son programme pourtant exposé noir sur blanc. On a pensé que les pressions américaines et européennes, ainsi que le poids des réalités dans l’exercice du pouvoir amèneraient l’homme à réviser sa politique. C’est une illusion. Tant que l’Amérique fait de la puissance militaire d’Israël une priorité de sa politique en Orient et qu’elle partage les vues du Likoud sur le “terrorisme”, elle ne pourra pas influer sérieusement sur son chef. Quant à l’Europe, c’est M. Netanyahu lui-même qui nous révèle ce qu’il en pense. Dès son arrivée à Paris, le 24 septembre dernier, il affirmait “ne pas savoir si l’Union européenne avait bien compris toutes les implications de la création d’un Etat palestinien souverain”. On peut penser que pour mieux le faire comprendre, il s’est empressé de dédicacer son livre sur le terrorisme à ses interlocuteurs: Chirac, Major et Kohl. Il ajoutait d’ailleurs, avec une parfaite désinvolture, qu’il “met en doute l’efficacité de la diplomatie européenne, affirmant ne pas être sûr que l’Union européenne se soit dotée à ce jour d’une politique étrangère réfléchie et cohérente”. A cet égard, on pensera qu’il n’a peut-être pas tort quoique la réaction européenne après les affrontements de Jérusalem autour du fameux tunnel, montre bien qu’à force d’entêtement dans la violence, c’est Israël qui forcera les pays de l’Europe à accorder leurs violons. Mais est-ce que cela pèsera beaucoup? Les pays de l’Europe ont leurs propres soucis internes et l’Amérique a les siens. Et la tactique du Likoud, qui consiste à gagner du temps tout en modifiant sur le terrain les données du problème, pourrait finalement faire échec à tous les efforts de paix.
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En définitive, il n’y a qu’un seul moyen de modifier la vision de M. Netanyahu et de ramener son gouvernement dans la voie de la paix: c’est une pression intérieure. Le peuple israélien est, dans sa majorité, pour la paix avec les Palestiniens comme avec tous les pays arabes. Il lui appartient de le manifester avec force pour influer sur le cours de l’Histoire. Si cela se produit, il y a un risque: on peut assister, en effet, à une crise intérieure israélienne qui irait jusqu’à la violence, comme on peut craindre que M. Netanyahu ne se lance dans une aventure extérieure pour refaire l’unité de son peuple. Dans les deux cas, la situation est lourde de périls. Dans les deux cas, on mesure combien l’homme qui, aujourd’hui, détient le pouvoir en Israël, est un homme dangereux. M. Pérès, qui en est conscient, tente maintenant de parer au danger en essayant de modifier la majorité au Knesset. Mais il appartient aussi à l’Amérique, de son côté, de savoir si, pour la sauvegarde de ses intérêts stratégiques, elle doit s’appuyer sur le seul bastion israélien ou si sa priorité ne devrait pas être un monde arabe apaisé. Le savoir et avoir le courage de le dire.
RENE AGGIOURI.