BRIGITTE SE DENUDE UNE FOIS DE PLUS

Que les mânes du cardinal de Retz, de Monsieur de Saint-Simon, de Jacques Casanova de Seingalt et du Vicomte de Chateaubriand ne tremblent pas pour leurs mémoires - aujourd’hui c’est le tour de Brigitte Bardot de publier les siens. Cela s’intitule “Initiales B.B.” C’est original. On raconte en marge, que c’est à Serge Gainsbourg qu’elle doit ce titre, en hommage à une belle chanson d’amour qu’il composa à son intention. Elle commençait comme ça: “Une nuit que j’étais à me morfondre dans quelque pub anglais au cœur de Londres elle avança et ce mot prononça: “Almeria...” “Almeria” fut le lieu du tournage du film “Shalako” où B.B. côtoya - sinon plus... - Sean Connery. Et Serge d’avouer que le film mit fin à leur liaison! Il fut un temps où Brigitte B. était un mythe. “Life” écrivit alors “depuis la statue de la Liberté, aucun Français n’a projeté une telle lumière sur les Etat-Unis”. C’était, il y a quarante ans. Depuis, il y a eu la vie; puis 46 films tournés par Brigitte dont “Et Dieu créa la Femme...”. Dans ses confidences qu’elle a résolu de jeter en pâture au public, B.B. ne dissimule rien: ni maris, ni amants, ni coups fourrés, ni trahisons... Elle déballe tout en gros et en détails, en vraie fille libertaire et libertine qu’elle reconnaît être et avoir été, à qui rien ne résista et qui ne résiste à aucune incongruité dans ses commentaires. L’ouvrage est émaillé de pensées profondes, comme “mon cul, symbole sexuel mondial” - du reste l’ouvrage s’ingénie à en faire le tour - ce qui n’est pas désagréable! - et ce qui prendra 560 pages. Il y aura des amateurs pour ce marathon bien particulier!

RICHE “TABLEAU DE CHASSE”

Soucieuse de respecter la vérité, B.B. nous fournit la date de son baptême: l’année où Roger Vercel publia “Le Capitaine Conan” un excellent prix Goncourt. Mais voilà, à quinze ans, elle apporte à Vadim des croissants - qu’il prend avec... le reste. Et c’est alors son époque “starlette”, dont elle n’épargne aux lecteurs aucun “à-côté”... Ces années où faire l’amour était devenu une opération rentable - a-t-elle pour autant cessé de l’être? - et où on découvre au tableau de chasse: J.L. Trintignant, G. Bécaud, Raf Vallone, Sami Frey, J. Charrier et on en oublie; jusqu’à Sacha Distel dont elle dit, indulgente: “Quand il ne chantait pas, il avait de bons côtés”. Puis, vient la période de la philanthropie et du sentiment et où B.B. semble se décrire comme une émanation du monde animal - avec l’avantage de la parole. Dans cette veine, on appréciera le récit de la naissance de son fils Nicolas, événement qui se révèle dérangeant; “j’étais désespérée, avoue-t-elle, de devoir me séparer de mon petit cocker adorable...” Décidément, cet accouchement pour B.B. était une épreuve. Comme on le voit, si l’auteur de ces mémoires n’a pas composé le chef-d’œuvre du siècle, quand elle s’abstient de philosopher, c’est le cœur qui déborde en jugements de cet acabit: “Jeanne Moreau je ne la trouve pas belle, mais pire, dangereuse!”; Deneuve à 17 ans: “Un côté figé exaspérant...”; et d’autres réflexions désireuses de laisser un écho comme celle-ci: “C’était un play-boy suisse, avec la lenteur que cela suppose à tous les points de vue”. Le général De Gaulle qui avait du flair et à qui, on attribue d’avoir prédit pour Jacqueline Kennedy - quand elle était la Première Dame des E.U. - qu’elle finirait sur un “pétrolier”, le Général aurait dit: “Elle est très bien cette jeune fille...” sans plus. Quant à Vadim qui avait la reconnaissance des “premiers croissants” il a fait de B.B. le rêve inaccessible de tous les hommes mariés!

TEMOIN DU SIECLE

De chapitre en chapitre, elle nous informe par le menu, réflexions à l’appui, qu’elle a connu le monde, ses malheurs, ses hauts et ses bas, qu’elle a eu une fois une colibacillose; qu’elle a rencontré la reine d’Angleterre “qui était beaucoup plus petite que moi” et V.G.D. qui lui, était beaucoup plus grand; que les affaires de cœur ne sont en général que des affaires de c... et ainsi de suite avec la même encre, sans le moindre embarras croyant s’acquitter de la tâche d’un témoin du siècle. Somme toute, cette fille libre des années 60, dont le corps a fait battre tant de... cœurs, aura fini par blâmer sans s’en rendre compte, les effets même de l’émancipation qu’elle avait déclenchée. De surcroît, mais en transparence, en sourdine, la plus belle femme du monde révèle-t-elle - en n’inventant pas la poudre - ne peut donner que ce qu’elle a mais, il lui arrive de parler de ceux qu’elle a aimés et qui l’ont aimée, en des termes traversés d’une réelle émotion. Citons par exemple: “Je remercie ceux qui m’ont aimée sincèrement et profondément. Etant peu nombreux, ils se reconnaîtront. Je remercie ceux qui m’ont appris à vivre à coups de pied dans le cul qui, en me trahissant m’ont entraînée au bord du désespoir - dont je me suis miraculeusement tirée.” Certaines pages traduisent des gestes tendres et spontanés; d’autres une dent dure et de vieilles rancunes; d’autres encore les incendies de la passion... Mais pour deux hommes: Jean-Louis T. et Sami F. - leur souvenir palpite encore sous son sein gauche! Et le mot “bonheur” B.B. ose à peine le prononcer. Cette longue mise à nu en porte-t-elle le deuil? Etre un mythe n’est pas une vie, on s’en est toujours douté. Et dans “Initiales B.B.” il faut admettre que c’est dit, démontré, vécu... peut-être avec un soupçon de complaisance. Que cherchera-t-on et que trouvera-t-on dans ces mémoires? La vérité? L’impudicité? Le nombrilisme? Les extases d’une jolie peau couverte de folie et de sueur? Non... Ou bien à peine. Etre un mythe c’est constituer un filon. Un filon que d’autres exploiteront, maris, amants, amis... Et le sort d’un filon est de s’épuiser. Fort heureusement, sur cette terre il y a aussi les animaux, leur fidélité et leur attachement. Ils peuvent servir de substitut à celui des hommes. Souvent avantageusement, B.B. en constitue la preuve éclatante.