EDITORIAL

Par Melhem KARAM
AU-DELA DU 4 NOVEMBRE?
Minimiser les acquis n’est pas une politique. Surtout lorsqu’ils sont jaunes à la couleur criarde au point d’éblouir les spectateurs. Spécialement quand ceux-ci sont des connaisseurs. Benyamin Netanyahu est sorti gagnant du sommet de Washington. Plutôt du sommet de Clinton, agissant par le biais du sommet, du face-à-face, de la lutte contre l’extrémisme, excepté l’extrémisme israélien, en vue d’une continuité gouvernante à Washington. Netanyahu est sorti gagnant et Clinton aussi. Parce que celui-là a satisfait ses électeurs aux dépens de tous les pactes et celui-ci, le président américain, a satisfait, lui aussi, son électorat avec la logique présidentielle américaine traditionnelle, d’après laquelle aucun président US n’est disposé à se brouiller avec le chef du gouvernement d’Israël la veille de l’échéance électorale. Plus encore: le président de l’Amérique… du moins la plupart des présidents… s’ingénient à mener le jeu qui les rapproche davantage de l’Etat hébreu. Ronald Reagan disait cela. Bill Clinton et d’autres de ses prédécesseurs ont dit cela et davantage. Il en est parmi eux qui ont dit qu’Israël est l’une des étoiles figurant sur le drapeau américain. C’est un droit du président de l’Amérique, car il y voit l’intérêt de son pays… Ah! si nos gouvernants agissaient ainsi… Sinon l’empressement américain à se rapprocher d’Israël serait classé dans la case de la tendance sentimentale. Or, cette tendance ne dirige pas les Etats… surtout les grandes puissances. Spécialement, quand l’Etat, comme l’Amérique aujourd’hui, représente l’unitarisme international et rejette la dualité internationale, même sans guerre froide… Une dualité internationale où l’Europe serait le second pôle, sauf le jour où elle est forcée de l’être. Elle donne dans la mesure où son don maintient la priorité de son unitarisme. A l’instar de ce qui se passe au Proche-Orient. L’Amérique tolère un rôle européen, parce qu’elle a besoin de ce rôle tant qu’elle est plongée dans la mêlée électorale. Le président de l’Amérique a le droit d’entrer dans la compétition des présidents US, afin de savoir lequel d’entre eux est le plus proche d’Israël. Cependant, le président de l’Amérique, l’Amérique des conventions humanitaires et des pactes de la justice, a-t-il le droit de faire cela aux dépens de son devoir de se rapprocher du droit, de la justice et du principe, avant de se rapprocher de qui que ce soit… parce qu’il s’agit d’un rapprochement de l’Amérique? A l’Amérique de décider du degré de rapprochement de son président d’Israël. Et aux autres de dire combien Israël constitue un fardeau pour l’Amérique. Car il est du droit du président de l’Amérique et de son administration, d’accepter le fardeau quel qu’en soit le poids. Cependant, le fardeau israélien est un fardeau pour l’Amérique, parce qu’il se répercute sur le droit, la justice, le principe et le pacte. Quand la cause est placée dans ce contexte, le président américain et son administration ne sont-ils pas tenus de demander dans quelle mesure l’Etat… celui du grand unitarisme… en sacrifiant tout, de l’argent aux armes et au veto traditionnel mobilisé en permanence au service d’Israël, même si ce dernier est taxé d’injustice… dans quelle mesure il lui est permis de perdre de son crédit pour défendre une cause allant à l’encontre du droit et du principe? Une question simple: Au moment du sommet, Benyamin Netanyahu a rencontré Bob Dole… et cherché à conférer avec les présidents des organisations juives d’Amérique. Tout cela pour montrer qu’Israël est proche du président US? Spécialement de l’actuel chef de l’Exécutif américain qui a improvisé le sommet de Charm el-Cheikh en faveur de Shimon Pérès…Puis, le sommet de Washington à son propre profit? Il n’est pas naturel que Bill Clinton ait été influencé par les comportements de Benyamin Netanyahu ou ses insinuations. Cependant, le lavage électoral au cours des trois prochaines semaines exige de lui de considérer comme bien ce qui ne l’est pas… Jusqu’à quand? Jusqu’après le 4 novembre 1996. Après cette date, tout sera sujet à discussion. Exactement comme on disait à propos de l’échéance du 29 mai 1996 en Israël. Si le parti travailliste revenait, la paix aurait un processus; elle aurait progressé et trébuché ou dévié de son calendrier. Et si le Likoud accédait au pouvoir, la paix serait différente; elle aurait un autre visage et une autre histoire. Son commencement serait la paix et sa fin, peut-être, la non-paix. Ainsi, on disait alors, car le Likoud comprend des gens qui ne cessent de considérer Yasser Arafat comme un criminel… en dépit de tout ce qu’il a accompli… Si bien qu’il est devenu un traître pour les Arabes et un assassin pour les juifs… Comme s’il avait tout perdu. Car les pourparlers d’Eretz ne sont pas plus qu’un satisfecit, à l’instar des allégations israéliennes à propos du peu d’acquis au sommet américain. Et à l’exemple des propos américains, lesquels rejoignent les propos israéliens. Même les bienheureux n’ont pas cru à cet échange de propos à découvert. Même ceux qui serrent les dents de dépit, parce qu’ils ne peuvent dire ce qu’ils veulent. Ils n’ont pas réprimé leur ressentiment et ont secoué la tête, parce qu’ils ne sont pas capables de secouer le bâton. Car secouer le bâton équivaudrait à une guerre… et ceux qui se sont engagés sur la voie de la paix ont proclamé leur renonciation éternelle à la guerre.