LES EVENEMENTS DE LA SEMAINE
Une course est engagée entre l’escalade et la tendance à l’apaisement, en ce qui concerne l’application de la loi sur l’audiovisuel dont le couperet a atteint les médias supervisés par la hiérarchie catholique. Même le chef du Législatif (notre photo) reconnaît que “la question des libertés est traitée d’une façon erronée”. Aussi, suggère-t-il “qu’elle soit tranchée sur base d’une législation plus équitable”...
AUDIOVISUEL: LE «ROULEAU COMPRESSEUR» FERA-T-IL MARCHE ARRIERE?
Les Libanais s’interrogent, à juste raison, sur les raisons ayant amené le Cabinet Hariri, en instance de départ et expédiant les affaires courantes, - alors qu’il aurait dû laisser cette tâche au futur gouvernement - à hâter l’application de la loi règlementant l’audiovisuel. En agissant vite, le Sérail a provoqué un tollé général contre une telle mesure de nature à museler la liberté d’expression. Même le chef du Législatif n’a pas caché son désappointement quant à «la façon erronée dont est traitée la question des libertés», appelant à ce qu’elle soit tranchée «dans le cadre d’une loi plus équitable». Le fait pour la nouvelle législation d’avoir affecté les médias supervisés par la hiérarchie catholique a constitué la goutte qui a fait déborder le vase… En effet, les sit-in se multiplient un peu partout, à commencer par Bkerké et semblent faire boule de neige. La vague de protestation ne s’est pas limitée au Liban. En effet, bien des organisations concernées par les droits de l’homme et militant en faveur des libertés publiques, ont réagi avec vigueur. La première d’entre elles «Reporters sans frontières» dont le siège est à Paris, a adressé au chef du gouvernement une lettre significative où il est dit: «Notre organisation comprend la volonté du gouvernement de réglementer le secteur audiovisuel, mais s’élève contre ce qui apparaît comme une volonté du Pouvoir libanais de restreindre la liberté des médias audiovisuels, en légalisant, uniquement, les médias pro-syriens ou appartenant à des dirigeants proches de Damas… Tout en interdisant les organes de l’opposition connus pour leur hostilité au Pouvoir». Et d’ajouter: «Notre organisation s’étonne, également, de ce que parmi les médias audiovisuels autorisés, certains restent à créer, alors que des médias existants n’ont pas été autorisés à émettre». Enfin, «Reporters sans frontières» demande que la possibilité de diffuser des informations et des programmes politiques soit étendue à tous les médias. La lettre de cette organisation internationale a été adressée à M. Hariri avant que le couperet de l’interdiction frappe les médias catholiques, à savoir «Télé-Lumière», la «Voix de la Charité» et «Alleluia», sinon sa protestation aurait été plus virulente. Cela dit, le président du Conseil qui se trouvait au début de la semaine en Arabie séoudite, a chargé l’un de ses conseillers de soumettre au cardinal Sfeir qui l’aurait rejetée, une proposition, dont on ignore la teneur, visant à satisfaire le patriarche maronite. En tout cas, il s’agirait d’une manœuvre de diversion, permettant à M. Hariri de gagner du temps, en attendant la mise sur pied de sa nouvelle équipe ministérielle… Entre-temps, les sit-in de protestation se succèdent. Ils se poursuivront jusqu’à ce que le Sérail modifie sa politique audiovisuelle, bien que jusqu’ici rien ne laisse prévoir qu’il a renoncé à son intransigeance… Le «rouleau compresseur» peut-il encore faire marche arrière? On ne tardera pas à le savoir.
La rentrée d’octobre se distingue, cette année, par un afflux inhabituel d’enfants en âge scolaire dans les écoles publiques, lesquelles ne sont pas en mesure d’admettre des dizaines de milliers d’élèves qui fréquentaient, précédemment, les écoles privées. Malheureusement, le Conseil des ministres a décidé, un peu tard, d’ouvrir cent nouvelles écoles officielles. Reste à savoir si les crédits nécessaires à leur ouverture sont disponibles...
RENTREE DES CLASSES: PRESSION INHABITUELLE SUR L’ECOLE PUBLIQUE
Un écho, à la fois réjouissant et déplorable, nous parvient des écoles à l’occasion de la rentrée d’octobre. En effet, le ministère de l’Education nationale fait état d’une “pression inhabituelle sur l’école publique”. Celle-ci ne peut accueillir les écoliers “qui y arrivent par dizaines de milliers”. Selon les milieux proches dudit ministère, ce flux d’élèves enregistré dans les écoles publiques s’explique comme suit: les parents ne sont pas en mesure de payer les scolarités dans les établissements privés - ces derniers ayant relevé leurs “tarifs”, beaucoup d’entre eux s’étant “commercialisés” et métamorphosés en... boutiques”. Ce qui est regrettable. Seconde raison: le niveau des écoles publiques ne cesse de s’améliorer depuis la fin de la guerre, à tel point que la plupart d’entre elles soutiennent la concurrence avec les écoles privées. Une école officielle du littoral du Metn-sud indique que la proportion des réussites de ses élèves aux examens officiels s’est élevée l’année dernière à 80 pour cent dans la série des sciences expérimentales; à 90% dans la série littéraire et à 100 pour cent dans la série des maths-élémentaires. Ceci est réjouissant! Une directrice d’école publique déplore que son établissement ne puisse recevoir tous les enfants en âge scolaire faute de place. “Nous avons transformé la cuisine exiguë en salle de classe, dit-elle, pour pouvoir admettre un plus grand nombre d’écoliers”. A ce propos, un problème se pose, exposé par le directeur général du ministère de l’Education: chaque famille tient à inscrire ses enfants dans un établissement scolaire proche de la maison.“Ceci n’est pas possible. Nous ne pouvons ouvrir une école dans chaque quartier. C’est pourquoi, j’invite les parents d’élèves de la banlieue-sud à inscrire leur progéniture dans les écoles publiques de Furn el-Chebbak et de Ain Remmaneh non éloignées de leurs domiciles”. Cela dit, il faut regretter que le Conseil des ministres n’ait décidé que tout récemment, à quelques semaines de la rentrée scolaire, d’ouvrir cent nouvelles écoles, en posant comme condition que “les fonds nécessaires à cet effet soient disponibles”... Il va sans dire qu’ils ne le seront pas... Ainsi, les gouvernants se comportent à la manière de la “cigale et de la fourmi”, conformant leur conduite à celle de la première... qui, “ayant chanté tout l’été, s’est trouvée au dépourvu quand la bise fut venue”... Une telle décision aurait dû être prise plusieurs mois à l’avance pour pouvoir être appliquée à temps... Naturellement, les élections législatives avaient la priorité et c’est après la fin de la consultation populaire que les responsables se sont remis... mais un peu tard, à l’œuvre! Il faut attendre maintenant la constitution du nouveau Cabinet et, surtout, accorder au futur ministre de l’Education un délai suffisant pour lui permettre de se pencher sur le dossier scolaire et trouver, tardivement, des solutions aux multiples problèmes qui se posent au plan pédagogique.
Les pourparlers palestino-israéliens à Eretz semblent avoir provoqué un début d’éclaircie, accentuée par la rencontre entre Yasser Arafat et Ezer Weizman, chef de l’Etat hébreu, en sa résidence de Césarée. Celui-ci pousse à la relance du processus de paix, depuis l’avènement de la droite nationaliste israélienne au pouvoir. Et Netanyahu se dit prêt à négocier le statut final des territoires...
L’ESPOIR RENAIT A CESAREE APRES LA RENCONTRE ARAFAT- WEIZMAN
“A quelque chose malheur est bon”, a-t-on tendance à dire, suite à l’éclaircie survenue au plan des relations palestino-israéliennes, ces derniers jours, accentuée par la rencontre entre le chef de l’Autorité palestinienne, Yasser Arafat et Ezer Weizman, chef de l’Etat hébreu, fait sans précédent dans les annales proche-orientales auquel Benyamin Netanyahu a donné son accord. Puis, ce dernier a clairement laissé entendre qu’il était disposé à entamer les négociations sur le statut final des territoires occupés dès que la question du redéploiement de “Tsahal” à Hébron sera réglée. A propos, justement, de ce problème inextricable et au terme d’une deuxième journée de pourparlers au passage d’Eretz, les Israéliens ont présenté à leurs interlocuteurs palestiniens des propositions précises. Jusqu’ici, cette question constituait la pierre d’achoppement du dialogue entre les deux parties. Pour en revenir à la visite d’Abou-Ammar au président Weizman qui l’a reçu en sa résidence personnelle à Césarée, elle répondait à une invitation adressée à Arafat de longue date. “Nous avons résolu d’ouvrir une nouvelle page dans nos relations, devait déclarer par la suite le chef de l’Autorité palestinienne. Nous avons répudié la violence, car il nous faut vivre en voisins, en préservant les droits et les intérêts les uns des autres”. Quant à Weizman, il s’est contenté de dire: “J’essaie d’aider à prévenir les affrontements et le président Arafat a promis de donner des instructions strictes en vue d’empêcher les troubles”. Cependant, en dépit d’un net changement du climat, une fraction palestinienne ne cache pas son scepticisme et réitère ses appels en vue de l’arrêt des pourparlers avec un gouvernement ayant perdu sa crédibilité, après avoir violé tous les accords. A ce sujet, il importe de faire mention d’une prise de position commune du Pape copte Chenouda II et du cheikh d’Al-Azhar: les deux dignitaires religieux engagent les Arabes à recourir à tous les moyens, y compris la lutte armée, pour récupérer les territoires. A Moscou où il se trouvait mardi, le chef de la diplomatie française, Hervé de Charette, se déclarait d’accord avec son homologue russe, Primakov sur “la nécessité d’appliquer tous les accords conclus entre Palestiniens et Israéliens, sur base du principe de la terre contre la paix...” Et, aussi, “de reprendre les négociations sur tous les volets sans plus de retard”, sans doute parce que le temps ne joue pas en faveur de la paix. Fait à signaler: depuis l’avènement du Likoud au pouvoir, le président Weizman considéré comme une “colombe notoire” dans les rangs travaillistes, pousse à la reprise du processus de paix. Il doit se rendre, incessamment, en Egypte pour des entretiens avec le président Moubarak, en vue de relancer ce processus, après avoir normalisé les relations égypto-israéliennes qui se sont dégradées au cours des derniers mois.
ECHOS ET REFLEXIONS
DISPARITE SOCIALE
Non seulement Bkerké dénonce la disparité sociale, mais plus d’une voix officielle ou proche du Pouvoir, fait chorus avec S. Em. le cardinal Sfeir, pour mettre en garde contre “l’écart qui ne cesse de se creuser entre les citoyens” (Joumblatt dixit). Le ministre des Déplacés est revenu à la charge ces derniers jours: au cours d’une remise de prix scolaires, il a exprimé sa crainte “d’un appauvrissement des Libanais, en raison de l’accroissement des taxes et impôts.” “Le fossé entre les riches et les pauvres s’approfondit, dit-il... Il n’y a donc plus de sens d’être loyaliste, alors que s’effondrent tous les espoirs que nous avons fondés sur un Liban d’égalité et de justice.” Mais M. Joumblatt n’a pas explicité le fond de sa pensée, car on n’est pas fixé sur le point de savoir s’il compte rallier les détracteurs du Pouvoir ou pratiquer l’opposition à sa manière... par intermittence ou selon l’humeur du moment! Un autre homme politique censé soutenir l’Autorité abonde dans le sens du leader druze. Ainsi, M. Mohamed Abdel-Hamid Beydoun, député de Tyr et colistier du président Nabih Berri - allié inconditionnel de M. Hariri - a vivement critiqué le système fiscal, “parce qu’il grève les contribuables à revenu limité, plutôt que les citoyens de la classe aisée” (M. Joumblatt fait grief, quant à lui, aux responsables “d’exempter des impôts ceux qui s’enrichissent dans les bons du Trésor”)... “L’Etat, soutient M. Beydoun, a le devoir de rapprocher toutes les catégories du peuple et, surtout, de modifier la loi fiscale pour la rendre plus équilibrée. Sinon, adieu à l’Etat s’il ne traite pas tous les administrés sur le même pied d’égalité”. Tout compte fait, nos gouvernants paraissent acquis à l’idée d’Alexis Carel qu’il développe dans “L’homme, cet inconnu”: “Les êtres humains sont égaux devant la loi, mais les individus ne le sont pas... L’égalité de leurs droits est une illusion”.
Edouard BASSIL.