LES NOUVELLES FIGURES DU PARLEMENT

SALAH HARAKE:

“Mon objectif essentiel: contribuer à édifier un Etat digne de ce nom”

Né en 1943 à Bourj Barajneh, il fait ses études primaires chez les Frères des Ecoles chré-tiennes à Furn el-Chebback; secondaires à l’I.C. et universi-taires, dans le domaine de l’éducation à l’A.U.B. Ayant fait des études de droit à l’U.S.J., il entame sa vie professionnelle en travaillant à l’UNESCO, pour fonder ensuite une école le “Manor-House-Descartes”, sur le boulevard Camille Chamoun. Puis, il change de profession, voyage en Arabie séoudite pour collaborer à des sociétés s’occupant de matériaux de construction. De retour au Liban, il poursuit ces mêmes activités. “Aujourd’hui, dit-il, je laisse tout tomber pour m’adonner à la politique.” Marié, il a trois enfants: deux garçons et une fille. L’aîné des garçons étudie le computer engeniring aux U.S.A.; la fille, les communications au L.L.A. et, le benjamin, en est au cycle complémentaire à La Sagesse (Ain-Saadé).

LE BOYCOTTAGE NE MENE A RIEN

En 1992, il s’était présenté aux législatives, sans succès. Sa réussite actuelle serait-elle due à sa présence sur la liste du pouvoir?

“C’est un mot très vaste, répond-il, car le pouvoir essaye de regrouper tout le monde. Pour notre part, nous avons un objectif essentiel: contribuer à édifier un Etat digne de ce nom. Pour le faire, il ne sert à rien d’être catégorique et exclusif dans nos prises de position, mais de partir de la réalité sur le terrain, en essayant de l’améliorer au maximum. Jusqu’à quel point pourrons-nous réussir? Tout dépendra de nos capacités et de notre détermination à agir pour aider notre pays. Mais on ne peut se permettre d’adopter une attitude de refus et de dire: cette situation nous déplaît. Pourquoi ne pas essayer de la changer? Le boycott à notre avis ne mène à rien”.

- Vous pensez donc que le changement est possible de l’intérieur du système?

“Oui et je ne crois pas que les boycotteurs aient fait le juste choix. Je leur dis cela en toute amitié et sincérité, d’autant plus que des liens fraternels me lient à l’un des leurs symboles”.

- Vous parlez du général Aoun?

“J’ai dit un des symboles, sans préciser lequel d’entre eux”.

- Vous êtes, après tout, de la même région que lui, seriez-vous prêt à l’accueillir s’il décidait de rentrer?

“Nous aimerions qu’il revienne et lui disons: “Ahlan wa Sahlan”, non seulement dans sa localité natale (Haret-Hreik), mais dans tout le Liban.”

IL Y A BEAUCOUP A FAIRE

- Qu’est-ce qui vous a mené aux législatives?

“Détectant un vide dans le domaine politique, j’ai pensé que je pouvais jouer un rôle en tant que représentant de ma région de façon spécifique et du Liban, en général. On avait demandé à un alpiniste: “Pourquoi vous fatiguez-vous à grimper au sommet de la montagne?” Il a répondu: “Parce que la montagne est devant moi”. “Je trouve qu’il y a beaucoup à faire et bien des choses n’ont pas été réalisées de 43 à nos jours. Il y a un travail en profondeur à entreprendre.”

- Donnez-nous un exemple, au moins!

“Depuis 1943, on ne cesse de dire que la “ceinture de misère” autour de Beyrouth, va provoquer une suite de crises politiques, sociales et culturelles. Tous les gouvernements qui se sont succédé depuis l’indépendance, n’ont fait que renforcer cette ceinture qui fut l’une des causes des événements de ces vingt dernières années.”

- Allez-vous travailler sur ce problème au parlement?

“Bien sûr! Le maintien du citoyen sur sa terre et dans son village est, tout d’abord, essentiel. Il faut, ensuite, éclairer les gens, les éduquer, en partant toujours du noyau familial qui est la base de toute société. Malheureusement, on n’accorde pas à la famille l’importance qu’elle mérite. Le ministère des Affaires sociales devrait être l’un des plus importants, au Liban, mais on ne lui reconnait toujours pas cette importance.”

- Auriez-vous, par hasard, l’ambition de devenir ministre des A.S.?

“Que j’ambitionne ce portefeuille ou un autre, là n’est pas la question. Même si, comme tout le monde, j’ai mes ambitions. Je vous expose simplement quelques-unes de mes idées.”

POUR LE PLANNING FAMILIAL

- Vous devez donc être favorable au projet d’Elissar qui vise à décongestionner la “ceinture de misère” de la banlieue-sud et de pousser les gens à retourner à leurs villages d’origine?

“Le projet d’Elissar a pour but de planifier, de moderniser la région et, partant de là, je l’appuie. Il est important d’encourager et d’aider ceux qui sont désœuvrés à rentrer au village, en leur créant des opportunités de travail dans le domaine agricole, artisanal, des industries légères... “Il faut réduire la pression sur Beyrouth, lutter contre la misère et l’ignorance, en coordonnant nos efforts entre les secteurs administratifs, tels les ministères des A.S., de la Santé, de l’E.N. et les associations privées à caractère social. Il faut, de toute urgence, s’attaquer à la question du planning familial et du contrôle des naissances, afin d’offrir à chaque citoyen la meilleure qualité de vie possible.

- Qu’en est-il du retour à leurs foyers des déplacés de Mraijé, Haret-Hreik et des chrétiens de la banlieue-sud?

“Les fils de ma région et de toutes les régions du pays doivent pouvoir réintégrer leurs foyers. Je n’établis aucune différence sur le plan confessionnel ou régional. Certes, je ferais tout ce qui est dans mes possibilités pour le retour des fils de ma région; c’est un droit sacré”.

J’AI FAIT DEUX PROMESSES

- Lors de votre campagne électorale leur avez-vous fait de telles promesses?

“Avant les élections, j’ai fait deux promesses; je les confirme maintenant que je suis élu et elles sont très simples: en premier, la sincérité; en deuxième lieu, la participation. Je demande à mes électeurs de me réclamer des comptes là-dessus. De me retirer leur confiance dans quatre ans, si je n’aurais pas été sincère, au moins à 90%.”

- Qu’entendez-vous par participation?

“J’ai reçu une procuration pour quatre ans, afin de représenter les citoyens, même ceux qui n’ont pas voté pour moi ou ont boycotté le scrutin. Je leur demande à tous en toute sincérité et amitié, que nous participions ensemble par le dialogue et la confrontation des idées aux prises de décisions. De par ma nature, je suis démocrate et j’accepte les décisions prises par la collectivité même si elles sont à l’encontre de mes idées. L’important est d’édifier un pays moderne.”

JE SUIS FIER D’ETRE PROCHE DU PRESIDENT BERRI

- Vous avez vite fait de rejoindre le bloc parlementaire que préside M. Berri. Est-ce à dire que vous êtes membre ou proche du mouvement “Amal”?

“Je n’ai aucune appartenance partisane. Evidemment, je suis proche du président Berri et fier de cette relation. Il me voue une affection particulière et je l’en remercie. A travers mes convictions et mes possibilités, je me conforme aux principes de l’imam Moussa Sadr et du président de la Chambre. “Notre bloc a deux objectifs, tel que son nom l’indique: la libération et le développement. Je serai honoré d’y jouer un rôle pour libérer le Liban de l’occupation israélienne et créer une société libanaise moderne et saine”.

- Le mouvement “Amal”, vous a appuyé à fond dans les élections?

“Oui, le ministre Elie Hobeika aussi, ainsi que tous les membres de notre liste. Malgré ma machine électorale très faible face à celle de mon adversaire, j’ai recueilli les voix des citoyens qui connaissent mes idées nationales et mon intégrité”.

LE LIBAN, PAYS DES LIBERTES

- Parmi vos activités professionnelles, figure la participation à des sociétés d’exploitation des carrières. Chacun sait à quel point celles-ci défigurent l’environnement. Qu’êtes-vous en mesure de faire pour protéger le pays de ce désastre?

“Les gens qui s’occupent d’environne-ment sont mes amis et pour votre information ils souhaiteraient que je sois ministre de l’Environnement. “Certes, le sujet est très important et toute activité industrielle ne devrait pas se faire aux dépens de l’environnement ou le détruire. Il faut donc faire la part des choses, entre ce qui est possible, ce qui ne l’est pas et tenir compte des besoins. “En cette phase de la reconstruction, les pierres sont très demandées; faut-il les importer de Chypre ou de Turquie? Il s’agit donc d’organiser ce secteur selon les normes requises, pour ne pas défigurer la nature; cette tâche incombe au ministère de l’Environnement”.

- Venons-en au sujet qui occupe actuellement la scène politique et nationale: l’audiovisuel. Qu’en dites-vous?

“Dans tout pays, une loi réglemente ce secteur. Au Liban, nous avons passé par une période de grande confusion où chacun pouvait faire ce qu’il voulait. Ceci ne peut durer. Une loi devant le régir vient d’être appliquée; est-elle juste à 100, 80 ou 60%, c’est là où entrent en jeu les facteurs techniques. Je n’ai pas d’informations précises là-dessus. Mais, par principe, je suis favorable à ce qu’on accorde des autorisations au plus grand nombre de sociétés privées ayant des possibilités financières et techniques, dans le cadre de la loi. Car le Liban demeure, avant tout, le pays des libertés; il doit le rester”. Quant au problème du Sud, mon interlocuteur considère que la situation du Liban est étroitement liée à celle de la région”. “Lorsque nous avons signé l’accord du Caire, que nous avons aboli ensuite, nous avons inséré le Liban dans le contexte régional”. “Aujourd’hui, nous disons ‘le Liban et la Syrie, d’abord”, car on ne peut pas séparer les deux dossiers. Nous voulons une solution globale, finale, juste et honorable, alors qu’en face les Israéliens ne comprennent pas ce message et parlent de solutions partielles. “Plus encore, ils cherchent à contour-ner les accords signés avec les Pales-tiniens. N’ayant pas réussi à le faire sur la table, ils tentent de le faire à travers le “tunnel”. “Ce qui nous importe en tant que Libanais, c’est d’être unis, de militer pour la libération totale du Liban et pour son avenir; tenir compte de nos liens organiques avec les pays arabes, nos intérêts étant avec eux. “En définitive, nous voulons notre souveraineté absolue sur notre sol, sans aucune concurrence et édifier un Etat qui soit un modèle pour les autres pays de la région”.

NELLY HELOU