LES NOUVELLES FIGURES DU PARLEMENT

DEPUTE (ELU) DE BEYROUTH

TAMMAM SALAM:

"JUSQU’A NOUVEL AVIS, JE FERAI CAVALIER SEUL SOUS L’HEMICYCLE"

Je me dépenserai au parlement en vue de consolider la démocratie et la liberté au Liban”, assure M. Tammam Salam, député (élu) de Beyrouth, en précisant qu’il n’adhèrera, pour le moment, à aucun bloc parlementaire. Du “projet Hariri”, il dit “qu’il comporte plus de positivismes que de négativismes”. Quant à la décision de la capitale, “elle est entre les mains de ses habitants, lesquels ont conscience de son intérêt et de ce qu’ils doivent faire pour le préserver”. Enfin, il affirme vouloir dépasser “toutes les considérations et les susceptibilités pour servir Beyrouth qui a trop enduré durant la guerre”.

PRESERVER LA DEMOCRATIE ET LA LIBERTE

A la question: “Après votre élection en tant que député, quel va être votre programme et votre plan de travail au sein de l’Assemblée? M. Salam répond: “Comme vous le savez, je m’active depuis des années dans le domaine public qui est vaste et permet à chaque citoyen d’accomplir son devoir envers la société où il vit et son environnement. “L’action peut se traduire par une assistance directe au citoyen dans sa vie quotidienne ou par des prises de position politiques pour faire face aux échéances tant intérieures qu’extérieures, selon les circonstances. “Après mon élection en tant que membre de la Chambre des députés, une nouvelle activité s’inscrit sur mon plan de travail; il s’agit du rôle que chaque parlementaire est tenu de jouer au niveau du contrôle de l’Exécutif et de sa contribution au niveau de la législation. “Je coopérerai avec mes collègues pour mener à bien cette tâche, en vue de réactiver le processus du développement et de la reconstruction du pays, d’une part; de stabiliser la sécurité et de consolider la paix civile, d’autre part. “Naturellement, il est des questions non moins vitales qu’il importe de faire figurer en tête de l’ordre des priorités, celles en rapport avec la démocratie et la liberté qu’il faut à tout prix consolider au Liban, parce que nous vivons dans un régime démocratique et dans une patrie souveraine, indépendante et fermement attachée à la liberté”.

CONTROLE STRICT DE L’EXECUTIF

- Comptez-vous contrôler le gouvernement et lui réclamer des comptes sur sa gestion de la chose publique?

“Naturellement. En plus de la tâche qui lui incombe de légiférer, tout député est tenu de contrôler l’action du Cabinet. Partant de ce principe, je soutiendrai tout ce que je jugerai positif et m’opposerai à tout acte ou toute initiative qui me paraîtront mauvais ou inadéquats.”

- Vous placez-vous parmi les députés opposants ou loyalistes?

«Nous nous trouvons dans une étape importante, celle de la reconstruction et de la consolidation de la sécurité et de la paix civile. La situation ne s’est pas encore normalisée tout à fait. Des circonstances spéciales exigent de nous de rester vigilants. C’est pourquoi, en ce qui me concerne, j’écouterai la voix de ma conscience, laquelle me dictera la position à adopter».

- Vous avez posé votre candidature aux élections légis-latives à titre individuel. Comptez-vous rester en dehors des blocs parlementaires?

«Jusqu’à nouvel avis, j’œuvrerai à titre individuel, tout en me concertant avec d’autres collègues ayant accédé seuls au parlement et ayant la même vision quant aux projets et aux problèmes à débattre sous l’hé-micycle. Nous pourrions constituer un bloc à plus ou moins brève échéance, quand l’image se décantera au sein de la Chambre quant à la tendance de ses membres».

EXCELLENTE RELATION AVEC HARIRI SUR LE PLAN PERSONNEL

- Comment qualifiez-vous votre relation avec le président Rafic Hariri?

«Sur le plan personnel, elle est excellente et le restera après la période électorale qui a pu nous séparer pendant quelque temps; il n’y a pas de raison pour qu’elle change».

- M. Hariri a son projet de reconstruction; y souscrivez-vous ou auriez-vous des observations à émettre à son sujet?

«Des observations peuvent être formulées, mais dans l’ensemble ce projet comporte des éléments plus positifs que négatifs. Dans ce cas, nous continuerons à soutenir le processus du développement et de la reconstruction, le président Hariri assumant aujourd’hui une lourde responsabilité dans ce domaine. Aussi, suis-je disposé à coopérer avec lui en vue d’en accélérer l’exécution. «Si je détectais quelque abus ou des anomalies, je n’hésiterais pas à les dénoncer».

POUR LA REUNIFICATION DE BEYROUTH

- Approuvez-vous le maintien du président Hariri au Sérail?

«A vrai dire, je suis de ceux qui œuvrent aux fins d’assurer les meilleures chances à mon pays dans cette étape, celle de la reconstruction. A mon avis, le président Hariri compte parmi les éléments essentiels en cela. Cela ne signifie pas qu’il n’y a pas de substitut à sa personne. Mais du moment qu’il dispose de la capacité de s’acquitter de la tâche, pourquoi perdre le temps à rechercher un autre chef de gouvernement? Je mets ma main dans la sienne pour œuvrer ensemble à réédifier le pays».

- Auriez-vous été sollicité pour faire partie du nouveau Cabinet?

“Il n’y a eu aucun contact avec moi à ce sujet”.

- De quelle manière comptez-vous procéder pour réunifier la capitale qui a été quelque peu perturbée durant les législatives?

“Je dépasserai toutes les susceptibilités et souhaite voir se réunir tous les députés de Beyrouth pour débattre des problèmes intéressant la ville, abstraction faite de leurs tendances politiques. “La capitale a besoin de beaucoup d’efforts et il faut, d’urgence, nous préparer à une grande échéance, celle relative au renouvellement du Conseil municipal. Il est temps de trancher cette question et de doter la capitale d’un conseil municipal digne de ce nom qui coopèrerait sans réticence avec l’administration municipale”.

QUI DETIENT LA “DECISION DE BEYROUTH”?

- La décision de Beyrouth est-elle restreinte à la liste ayant été constituée sous ce slogan?

“Pourquoi poser cette question? Tout compte fait, la décision de Beyrouth est entre les mains de tous ses fils et habitants qui, Dieu merci, ont conscience de l’intérêt de leur cité et n’ont jamais failli à leur devoir. S’il leur est donné d’élire un nouveau conseil municipal, on favorisera le regroupement de toutes les fractions de la population qui se mobiliseront ensemble pour servir la capitale. “On ne peut ni ne doit limiter ce sujet à un bloc ou un front déterminés. A mon avis, ce qui représente Beyrouth, c’est moins le nombre, députés ou autres, que tous les éléments prêts à agir, effectivement, au service de la ville pour bénéficier de la confiance de ses habitants d’une manière permanente et non seulement en période électorale”.

ELIMINER LES BARRIERES

- Espérez-vous réussir à réunifier la capitale après les législatives, objectif que vous n’avez pu atteindre avant le scrutin en prônant une liste de coalition?

“Je n’ai épargné aucun effort dans ce but et pour rapprocher les points de vue de tous ceux qui se soucient de servir l’intérêt de Beyrouth. J’ai déjà dit que je passerai outre à toutes les considérations et les susceptibilités, parce que le Beyrouthin a besoin qu’on s’occupe de lui, qu’on règle les problèmes qui se posent dans sa vie quotidienne. “Ceci doit éliminer toutes les barrières, entre le président Hoss et moi-même, et entre d’autres personnalités, pour que nous puissions exécuter les projets susceptibles de relever le niveau de la ville dans tous les domaines”.

- Comment évaluez-vous l’opération électorale dans son ensemble?

“J’ai déjà déclaré que les élections législatives n’ont pas été faciles, répondant à tous les critères requis. De toute façon, ceci est maintenant du passé et nous devons en tirer les leçons à l’effet d’élaborer une nouvelle loi répondant aux impératifs de l’heure, instituant la carte électorale. Ceci permettra au citoyen d’accomplir son devoir sans s’exposer aux pressions de toutes sortes”.

- Approuvez-vous la réélection du président Nabih Berri à la deuxième présidence?

“Attendons pour voir. Le président Berri est candidat, mais d’autres membres de l’Assemblée pourraient briguer la charge qu’il assume. Je préfère donc ne pas me prononcer pour le moment à ce sujet”.

NON AU POUVOIR DISCRETIONNAIRE...

- Comment jugez-vous la limitation des licences accordées aux stations radiophoniques et de la télévision?

“Je suis en faveur de la réorganisation de l’information, le chaos dans ce secteur n’étant dans l’intérêt ni du Liban, ni des Libanais. Je dis cela tout en disposant d’une station radiophonique (“La Voix de la patrie”), porte-parole des Makassed. “Cependant, j’avais mis en garde le gouvernement contre le danger qui consiste à user d’une loi discrétionnaire et à partager les parts au plan des médias privés. Je ne cesse de mettre en garde contre cet état de choses. “Quoi qu’il en soit, dans la phase actuelle, je suis d’avis qu’il faut organiser l’information, celle-ci devrait être représentée par Radio-Liban et Télé-Liban (stations officielles), parce qu’il s’agit d’une arme dangereuse. “L’information devrait être éloignée de la politique et des nouvelles politiques de nature à attiser les passions et à exacerber les sentiments populaires. Sinon nous nous retrouverions dans une situation pareille à celle dont le pays pâtit en ce moment, résultant de la répartition des parts d’une manière discrétionnaire”.

CONTRE LE SYSTEME DE LA “TROIKA”

- Ne pensez-vous pas que le système de la “troïka” domine, à présent, les institutions au Liban?

“J’y suis opposé et j’agirai aux fins d’y mettre un terme. Ce n’est pas facile, mais il n’est pas permis d’assister en spectateur à une tentative d’hégémonie de la part de parties influentes cherchant à accaparer la décision dans le pays et à en exclure les autres. “Au Liban, il importe avant tout de maintenir l’équilibre au niveau de la décision, car la “mosaïque” l’exige, d’autant qu’il n’existe pas chez nous un système permettant l’alternance au pouvoir, tel le bipartisme. Nous encourageons l’ouverture et la participation de toutes les fractions, sans restreindre la prise de décision à une partie déterminée”.

- D’aucuns s’attendent que la nouvelle législature soit “servile”, se conformant au diktat des “décideurs”?

“Attendons avant de juger. Il ne faut pas perdre de vue que la nouvelle Assemblée est formée, en majeure partie, de membres sortants; c’est pourquoi, on ne doit pas s’attendre à beaucoup de changement sur le plan parlementaire. “De toute manière, je coopèrerai avec d’autres collègues afin de provoquer un changement dans la mesure du possible. Je reste optimiste quant au rôle que le nouveau parlement est appelé à jouer”.

(Propos recueillis par Hala Husseini)