EDITORIAL

Par Melhem KARAM

MISE A SA PLACE, LA PIERRE VAUT UN QUINTAL

En Mauritanie, le parti au pouvoir a réussi. Qui aurait pu croire le contraire? N’avons-nous pas vu ce qui s’est passé au Liban? Quel gouvernant est-il sorti des élections chez nous - et quelles élections! - sans une part? Nous nous consolons de ce qui a eu lieu en Mauritanie… ou la Mauritanie se console de ce qui nous est arrivé! Combien le choix est exigu et restreinte sa surface! Aujourd’hui, ont lieu les élections de la Chambre. De la présidence et de la vice-présidence de l’Assemblée. Du bureau du parlement et des commissions. La présidence de la Chambre est tranchée; il n’y a pas d’autre postulant que Nabih. Ni de recours autre que Msaïleh. La vice-présidence échoit à la Békaa ouest et Elie Ferzli doit l’emporter. Quant au bureau de l’Assemblée, il ne pose aucun problème. Il en est de même pour les commissions parlementaires. Ceux qui ont accédé au parlement n’ont aucune expérience? Qui donc a commencé sa vie active en étant expérimenté? Tous ont occupé les sièges sous l’hémicycle et ont appris, avant de devenir des experts en matière législative dans les domaines de l’éducation et la finance. Emile Lahoud a été le premier à donner une valeur au ministère des Finances au Liban. Il a été ministre des Finances et, auparavant, ministre de seconde classe ou un peu moins. Le gouvernement dont il fit partie pour la première fois avant été formé la nuit et les décrets y relatifs ont tardé à être promulgués. Emile Lahoud est rentré chez lui au petit matin et sa femme l’a accueilli non sans formuler un blâme: «N’a-t-on pas trouvé un autre que toi pour le ministère des Finances. Et pourquoi ne t’a-t-on confié que ce département?». Il a ri avant de lui répondre: «Donne-moi une semaine et je te montrerai ce qu’est le ministère des Finances». Après deux semaines, Emile Lahoud a eu raison. Tous ont réalisé que le ministère des Finances est le portefeuille le plus important de l’Etat, parce que c’est le ministère des ministères, aucun département ministériel ne pouvant lui échapper. Le ministère des Finances est devenu avec Emile Lahoud plus important que ceux de l’Intérieur, des Affaires étrangères et des Travaux publics, ce dernier étant alors le ministère des services. Joseph Chamoun qui en était le directeur général, a aidé son frère Camille Chamoun dans ses élections. Et Ahmed el-Assaad fut ministre des Travaux publics avant de devenir président de la Chambre… A l’époque, l’aéroport international de Beyrouth était en cours de construction et les Sudistes qui cherchaient du travail, venaient à Beyrouth et demandaient: «Où est l’aérodrome de Ahmed bey?». Ce jour-là, l’esprit de parti entre le Destour et le Bloc national était aussi tranchant que l’épée. Le président Camille Chamoun nomma Abdallah Yafi président du Conseil, lequel confia à Pierre Eddé le portefeuille des Finances. Emile Lahoud demanda à Yahi d’éloigner Pierre Eddé. A la question de Yafi: «Où trouver un autre ministre des Finances?», Lahoud répondit «Eloignez Eddé et prenez en main les Finances, alors que je me charge des travaux de ce département de l’extérieur». Emile Lahoud s’en va et on fait appel à Philippe Takla qui a été l’un des meilleurs ministres des Finances, de l’avis même de Emile Lahoud qui devait faire l’éloge de Takla au cours du débat sur le projet de budget. Puis, Joseph Chader assuma la présidence de la Commission parlementaire des Finances; ensuite, René Mouawad, tous deux s’étant acquittés de leur charge à la perfection, sans être experts en matière financière. Pourquoi n’en serait-il pas de même aujourd’hui? Etant donné que ceux dont nous avons cité les noms restent, uniquement, dans la mémoire… comme les devises rares… peu parmi les notables de ce temps pouvant leur ressembler. Et demain… le gouvernement reviendra avec certain remaniement. Sauf si un cataclysme venait à se produire… Etant entendu que Beyrouth s’est exposée à sept séismes, les derniers événements ayant été le huitième, ceux-ci ayant détruit la capitale comme un tremblement de terre et davantage. Parce que le séisme est l’une des énergies aveugles de la Nature. Quant à celui qu’ont constitué les douloureux événements, il était voyant mais non lucide… Fatigue du cœur que tout cela, mais sans résultat, à l’instar des pourparlers d’Eretz et des négociations de Wye Plantation, après qu’Israël comme l’Amérique d’aujourd’hui, soit tombé dans le coma électoral. Cependant, ce qui est arrivé à l’intérieur d’Israël incite à réfléchir à quelque chose de sérieux qui pourrait se produire. Car, en définitive, la leçon à tirer est de ce qui se passe à l’intérieur israélien. L’intifada n’a-t-elle pas été le mouvement palestinien dont ils ont tenu compte en Israël? Abou-Ammar savait cela. Ni le détournement d’avions. Ni la prise d’otages. Ni les assassinats. Car tous s’inscrivaient dans le lexique international sous le titre «terrorisme». Quant au soulèvement des pierres à l’intérieur de l’Etat hébreu, ce fut un indice d’insatisfaction qui a eu un grand effet en fin de compte. La pierre mise sa place vaut un quintal. Rien ne la gêne. Comme le kilo auquel il faut un kilo et une once. Mais que peut faire celui à qui il manque le kilo et l’once? Les forces d’opposition existent; elles sont fortes mais sans organisation. L’intérieur reste tranquille sans l’émergence d’un soulèvement cohérent qui l’attaque… avec des paroles agissantes et logiques, dessinant à ceux qui en ont conscience, la voie du salut.