LES EVENEMENTS DE LA SEMAINE

Le mandat de la Chambre de 92 a expiré et le Cabinet est en instance de départ. Une “rencontre d’adieu” a réuni mardi au palais de Baabda le chef et les membres du gouvernement. Puis, le président du Conseil (démissionnaire) est parti pour Washington, où il doit être reçu aujourd’hui vendredi par le président Clinton, en vue d’un entretien sur le comité consultatif. Mais le vice-président Al-Gore a déclaré lundi que “l’Amérique n’aide pas les Etats ébranlés par des scandales financiers”...
“RENCONTRE D’ADIEU” A BAABDA ET VISITE DE HARIRI A WASHINGTON...
On aurait dit des élèves réunis pour prendre congé à la fin de l’année scolaire, avec cette différence que le cœur n’y était pas. C’est tout juste si les ministres (sortants) ont applaudi à trois reprises: après que le chef de l’Etat eut décoré les chefs du Législatif et du gouvernement du Mérite libanais et après les speeches prononcés par MM. Berri et Hariri, pour remercier le président Hraoui “de sa coopération et de son soutien”. Celui-ci avait, au préalable, rendu hommage à l’Assemblée “qui fut au cours des quatre dernières années une véritable ruche, se signalant par sa productivité sur le plan législatif”. Sans manquer de vanter l’action du Cabinet “pour avoir apporté les solutions adéquates aux crises auxquelles le pays était confronté” (!) Dans leur réponse, MM. Berri et Hariri ont évoqué, brièvement, les tâches et missions dont le Législatif et l’Exécutif se sont acquittés avec bonheur (!)... Il sied de s’arrêter à cette réflexion émise par M. Hariri: “Je souhaite au Liban et à Votre Excellence, la constitution d’un Cabinet issu de la réalité libanaise... se consacrant à résoudre les problèmes qui se posent avec acuité, surtout sur le plan social... et à poursuivre en même temps l’œuvre de la reconstruction”. M. Berri quant à lui, s’est étonné du “tapage injustifié” entretenu autour des “scandales financiers”, plus particulièrement celui découvert aux Finances. “Ceci se passe dans tous les pays où la Justice joue pleinement son rôle” (sic). Doit-on en déduire que la Justice ne s’acquitte pas ici du sien ou qu’on ne la laisse pas mener les investigations jusqu’à leur terme? M. Sanioura, ministre d’Etat pour les affaires financières devait, quant à lui, émettre cette réflexion: “Il ne faut pas dramatiser... En fait, on ne lance des pierres qu’aux arbres qui portent des fruits...” (sic). Cela dit et en vertu de l’article 69 de la Constitution, le gouvernement est tenu de démissionner dès la fin du mandat de la législature. S’il en est ainsi, est-il logique que M. Hariri se rende à Washington pour y rencontrer le chef de la Maison-Blanche (aujourd’hui vendredi 18 octobre) en sa qualité de “chef du gouvernement démissionnaire”, toujours en compagnie du même M. Sanioura qui est, décidément, de tous les voyages... Sans doute, parce que cette fois, il s’agit de réclamer des subsides au président US à titre de contribution à la reconstruction... N’aurait-il pas été préférable pour M. Hariri de reporter sa visite à la capitale fédérale jusqu’après les élections présidentielles américaines et après qu’il aura formé lui-même sa nouvelle équipe ministérielle? Car à moins d’un cataclysme, tout indique qu’il se succèdera à lui-même... D’ores et déjà et à sa sortie mardi du palais de Baabda, M. Berri a annoncé que le ‘Bloc parlementaire de la libération” (le sien) soutenait M. Hariri “parce qu’il reste le présidentiable le mieux qualifié pour mettre sur pied le nouveau gouvernement”... En retour, le bloc haririen de la nouvelle Assemblée appuiera M. Berri qui semble être l’unique candidat à sa propre succession... “Gratte-moi pour que je te gratte”, dit le dicton populaire: Il faut espérer que M. Hariri aura eu le temps de constituer sa nouvelle équipe gouvernementale quand il recevra à Beyrouth, fin octobre, le président Chirac, non en tant que président du Conseil démissionnaire, mais en maître absolu et inamovible du Sérail de Sanayeh...
“Je ne coulerai pas avec le navire” (gouvernemental), a déclaré Walid Joumblatt qui a insisté sur la nécessité d’intervertir l’ordre des priorités sur le plan de la reconstruction. Son collègue de la Défense, Dalloul, a dit qu’il ne ferait pas partie du futur Cabinet, “lequel n’a pas de solution au dossier social”. De plus, il a mis en garde contre “une explosion populaire” si le Pouvoir ne satisfait pas les revendications de la classe laborieuse.
LA RECONSTRUCTION NE DOIT PAS CONDUIRE AU PAUPERISME...
“Ils s’occupent de la pierre et négligent ou ignorent l’homme”, tel est le grief le plus couramment formulé contre les responsables. Allusion au plan gigantesque de la reconstruction. Toute la capitale et sa proche banlieue ont été transformées en un immense chantier et vont se métamorphoser en cloaques avec les premières pluies. Nous pensons à ces excavations longues de plusieurs centaines de mètres, creusées dans le périmètre proche du centre-ville et les faubourgs de Beyrouth. Les travaux y sont arrêtés ou se poursuivent au ralenti, en raison de différends opposant l’Etat aux entrepreneurs, certains de ces derniers étant membres de la Chambre des députés... Pour en revenir au plan de la reconstruction, il est de notoriété publique qu’il est appliqué de manière à gonfler exagérément la dette publique: on s’attendait à une assistance substantielle ou à des prêts à des taux acceptables de la part des pays frères et amis. Mais peu de subsides sont parvenus au Trésor et on a dû recourir aux prêts extérieurs pour financer les projets. A cause de cela, le ministre d’Etat pour les affaires financières s’ingénie à majorer les impôts ou taxes et à en instituer de nouveaux pour combler le déficit du budget. A titre d’exemple, les taxes de la mécanique, des propriétés bâties, les tarifs de l’eau, de l’électricité et des communications téléphoniques vont doubler à partir du 1er novembre. Et ce, bien au-delà de la proportion conformément à laquelle les salaires des citoyens à revenu limité ont été majorés. Aussi, des ministres du Cabinet sortant - M. Walid Joumblatt en tête - réclament-ils une révision d’urgence de l’ordre de priorité par rapport aux projets à exécuter. Le ministre de la Défense, M. Dalloul, reconnaît que le Sérail ne dispose pas de solutions pour la question sociale... alors que 1996 avait été proclamée année durant laquelle le dossier social devait être réglé... On doit donc appréhender une explosion sociale à plus ou moins brève échéance (sic). Chose curieuse: tant qu’ils assument des charges officielles, les ministres assurent que “tout va pour le mieux chez nous”. Ils changent de ton et le fusil d’épaule quand ils rendent le tablier et ne sont pas sûrs de figurer parmi les nouveaux ministrables... Cela donne raison à un éminent prélat qui juge que “nos hommes politiques actuels, contrairement à ceux des années 50-60, ont perdu leur rôle et beaucoup de leur crédibilité”. Sur le plan économique, ce même prélat fournit des chiffres inquiétants: “En 1974, les personnes pauvres étaient rares et la classe moyenne constituait 85 pour cent de notre population... Aujourd’hui, 80 à 85% des Libanais vivent sous le seuil de la pauvreté et l’inflation a fait perdre beaucoup de sa valeur à notre monnaie nationale”. Autre constatation: en dépit des efforts de redressement économique déployés par le gouvernement depuis quatre ans, le pouvoir d’achat des classes moyennes et des salariés continue à chuter, en raison d’une inflation annuelle supérieure à 10 pour cent et d’une faible croissance des salaires. Voilà autant de sujets de réflexion qui devraient figurer en tête du programme du futur Cabinet, lequel doit cesser de prodiguer des promesses rarement tenues, pareilles aux promesses d’un certain printemps de triste mémoire...
Saisi d’une plainte du Liban, suite aux violations réitérées d’Israël contre les populations civiles, le comité de surveillance du cessez-le-feu a siégé à trois reprises, cette semaine, aux fins de délibérer sur base d’un rapport établi par une commission ad hoc ayant enquêté sur le terrain “pour déterminer les responsabilités”. Notre photo (prise par Ahmed Ghorabi) montre ce qui reste de la maison d’un villageois à Safad el-Battikh, après les raids israéliens.
SUD: LES VIOLATIONS PAR ISRAEL DU CESSEZ-LE-FEU RESTERONT-ELLES IMPUNIES?
“Chassez le naturel, il revient au galop”. Ou comme dit le dicton populaire: “Qui contracte une habitude dès son jeune âge, ne peut s’en débarrasser en vieillissant”. Israël qui s’est créé et se maintient par l’agression, persévère dans sa conduite belliciste et cherche à instaurer la paix selon ses propres conditions généralement rédhibitoires. Les “faucons” de l’Etat hébreu manœuvrent et tergiversent dans l’espoir d’avoir leurs interlocuteurs arabes à l’usure. De plus, ils excellent dans le système de la douche écossaise, passant maître dans l’art de faire alterner les positions dures et conciliantes. Cette façon de se comporter, Yitzhak Rabin et, après lui, Shimon Pérès s’ils n’y avaient pas renoncé totalement, avaient fini par l’assouplir tant soit peu, mus qu’ils étaient par leur réalisme et leur conviction que sans la paix et le bon voisinage, Israël n’avait aucune chance de vivre tranquille et d’assurer sa pérennité. Benjamin Netanyahu pourrait avoir, initialement, de bonnes intentions à cet égard. Mais pour accéder au pouvoir, il a dû pactiser avec les partis extrémistes religieux qui l’ont rendu prisonnier de leurs objectifs et de leurs visées consignés, selon eux, dans la Torah (ou loi mosaïque). Nous écrivons cela, suite aux fréquentes violations du cessez-le-feu par les Israéliens, la dernière en date ayant semé la ruine à Safad el-Battikh où treize villageois ont été blessés, certains grièvement. Considérant qu’il s’agit d’une violation flagrante de “l’arrangement d’avril”, le gouvernement libanais a présenté une plainte au comité de surveillance du cessez-le-feu, en demandant une condamnation de l’Etat hébreu. Le comité s’est réuni, une fois de plus, lundi matin à Nakoura et au terme de plusieurs délibérations, a chargé un groupe d’observateurs de mener une enquête sur le terrain et de présenter un rapport sur base duquel il déterminera les responsabilités... Après avoir reconnu “l’erreur” commise par certains éléments de Tsahal, le porte-parole de l’armée israélienne a prétendu que celle-ci avait bombardé Safad el-Battikh, en représailles aux attaques perpétrées par le “Hezbollah” contre ses positions, à partir de ce village... Tout compte fait, le comité de surveillance dont certains membres résident en territoire israélien, ne peut pratiquement pas condamner Israël et se contentera toujours d’adresser aux Nations Unies ses rapports où il s’arrangera en vue de ménager la chèvre et le chou... ...Et les violations du cessez-le-feu par notre voisin du Sud resteront impunies.
ECHOS ET REFLEXIONS
«J’Y SUIS, J’Y RESTE…»
Certains responsables de ce temps de misère semblent avoir perdu tout sens de la décence et de la mesure, tellement ils sont infatués de leur personne. Leur arrogance n’a pas de limite et dépasse tout ce qu’on peut imaginer… Se croyant plus intelligents que leurs concitoyens, ils feignent d’oublier qu’ils ne seraient pas à leurs postes, si les «décideurs» ne l’auraient pas voulu! Ainsi, à l’occasion du changement gouvernemental, certains ministres - surtout les parvenus et intrus en politique - émettent des réflexions oiseuses, dénotant un irrespect total de l’Assemblée et de ceux qu’ils sont censés représenter. Interrogé sur le point de savoir s’il allait faire partie de la nouvelle équipe gouvernementale et, dans l’affirmative, s’il comptait conserver le même portefeuille, un ministre n’a rien trouvé de mieux à dire que ceci: «J’y suis, j’y reste»… Autre sortie non moins outrecuidante: le ministre de l’Intérieur ayant précisé que le prochain (et dernier) Conseil des ministres, serait une «réunion d’adieu», son collègue de l’Industrie et du Pétrole, présent à ses côtés, s’est empressé d’enchaîner: «Ce n’est qu’un au revoir»… Ces «Excellences» croient être indispensables, irremplaçables et inamovibles, tout simplement parce qu’on leur a mis en tête qu’ils sont devenus aussi précieux et intouchables que les «constantes nationales»! Deux autres membres sortants du Cabinet Hariri manifestent leur désir de ne pas retourner au Sérail: le ministre de la Défense, qui se prononce en faveur d’un gouvernement parlementaire et le ministre des Déplacés. Celui-ci insinue «qu’il ne veut pas couler avec le navire» (gouvernemental) et, surtout, se laisser éclabousser par les scandales qui défrayent, actuellement, les chroniques judiciaire et administrative… A quand un Cabinet digne de ce nom, représentatif de tous les courants politiques, comme le préconisent les Libanais bien pensants?
Edouard BASSIL.