LA TOURNEE DE JACQUES CHIRAC AU PROCHE-ORIENT
LE PARI DU PRESIDENT FRANÇAIS: FAIRE JOUER A LA FRANCE ET A L’U.E. UN ROLE POLITIQUE DANS LE PROCESSUS DE PAIX EN COURS
A son arrivée à l’aéroport de Damas, le président Chirac est accueilli par le président El-Assad. Les deux hommes d’Etat ont le cou entouré de colliers de fleurs.
La 1ère des six étapes de la tournée proche-orientale de M. Chirac, en Syrie, a répondu à tous les espoirs, puisque Damas lui a réservé un accueil plus que chaleureux - enthousiaste! Une foule de plus de 20.000 personnes lui ont souhaité la bienvenue tout au long de l’avenue de l’aéroport, armées de banderoles, de pancartes, de calicots et de fleurs. Toute la Syrie officielle - le président Hafez el-Assad en tête - et le corps diplomatique, en particulier arabe au complet, étaient présents à sa descente d’avion. Durant tout le séjour, aucune fausse note n’est venue atténuer la chaleur des entretiens - les deux présidents à eux seuls, en ont eu trois et de plus de 3 heures chacun - comme aussi les déclarations officielles frappées de la plus extrême franchise. La presse syrienne, pour sa part, a été unanime à qualifier l’hôte que la Syrie accueillait comme l’un des meilleurs amis des Arabes. Et reflétant la position du Pouvoir: “La France est toute désignée pour jouer un rôle primordial dans le processus de paix et paver la route à l’U.E., afin que celle-ci joue le rôle qui lui est imparti de par sa position géographique et les liens qu’elle entretient avec les pays du Proche-Orient. En termes politiques, il ressort clairement de cette visite que Damas ne souhaitant pas se laisser enfermer dans un tête-à-tête exclusif avec les E.U. - indéfectibles alliés de l’Etat d’Israël -a manifesté, on ne peut plus ostensiblement, son désir de voir l’Europe et notamment la France participer directement au processus de paix. Paris, pour sa part, a considéré la Syrie comme un point d’appui incontournable pour accroître sa présence diplomatique dans la région et a soutenu durant toutes les occasions le principe que l’échange des territoires constitue la base de toute paix valable. Or, ces deux options entre autres, ne sont pas du goût de Washington et moins encore d’Israël. Le président Chirac a eu beau soin d’affirmer “la France et l’U.E. doivent être présentes aux côtés des parties - comme amies et forces de proposition et pas seulement comme bâilleurs de fonds pour la reconstruction - le Premier israélien s’est empressé de retorquer sans s’embarrasser de formules de politesse, avec le tact qui le caractérise, «je réfléchirai à deux fois avant d’ajouter de nouveaux cuisiniers devant ce bouillon». Et son ministre des Affaires étrangères de renchérir: «nous ne pouvons accepter un nouveau médiateur qui entrerait au cœur de la négociation et du conflit».
L’incident est «clos», après les excuses publiques présentées par le Premier israélien.
NOTES DISCORDANTES
C’est sous le signe de ces notes discordantes - déjà précédées d’incidents protocolaires, relevant du dépit que s’annonce pour le président Chirac sa délicate visite en Israël. Et pourtant… même si sa visite se passe mal, le président français aura dit des vérités qui seront prises en compte le jour où face aux Palestiniens, Benjamin Netanyahu devra «réinventer» le processus de paix! Les revendications présentées par Jacques Chirac sont basées sur un diagnostic irréductible - qu’Israël le veuille ou pas. Les quinze de l’U.E. ont un intérêt direct à la stabilisation d’une zone que la géographie et le fait du pétrole rendent pour eux vitale. Puis, au nom de quelle discrimination l’U.E. qui paie les 80% de l’aide fournie aux Palestiniens, doit-elle être privée de tout rôle politique. Par ailleurs, aucun argument ne justifie que cette zone doive rester le pré-carré des E.U. Si ceux-ci refusent de reconnaître à leurs alliés des zones d’influence propres - voir la récente polémique Etats-Unis-France sur l’Afrique - ce n’est sûrement pas le moment de baisser le ton ou de montrer un profil bas. Quoi qu’il en soit, pour plus de 48 heures Jacques Chirac est aujourd’hui en Israël, donc sur un terrain miné… De bombes à retardement, il en a déjà désamorcé quelques-unes avant la visite et avec beaucoup de doigté. Réussira-t-il les mêmes performances «durant» la visite? C’est à un véritable exercice de voltige qu’il devra se livrer: tous ces faits et gestes vis-à-vis des Arabes, étant perçus en Israël comme autant de provocations. Sans compter que l’Etat hébreu ne voit pas sans mauvaise humeur, les Européens s’immiscer dans les pourparlers de paix. «S’il s’agit de jouer aux médiateurs, la place est prise par les E.U., précise-t-on au ministère des Affaires étrangères israélien; s’il s’agit de transmettre des messages aux Palestiniens, nos négociateurs se parlent tous les jours.»
Le président Chirac, devant la tombe de Yitzhac Rabin, en compagnie de Mme Léah Rabin sa veuve.
MEFIANCE ET PARTI-PRIS
Et c’est dans ce contexte de parti-pris et de méfiance que l’étape israélienne de M. Chirac a été entamée. En soirée, au cours du dîner officiel offert en son honneur par son homologue israélien, le président Chirac prenant le taureau par les cornes et malgré le démarquage de Benjamin Netanyahu, a réaffirmé haut et fort son offre de co-parrainage pour l’Europe dans les négociations de paix au Proche-Orient: “Il peut et doit contribuer politiquement au processus de paix…» n’hésitant pas à appeler ses hôtes à accepter la création d’un Etat palestinien et à restituer le Golan à la Syrie et à évacuer le Liban». Le président Weizman devait souligner à son tour que le chemin de la paix était encore long et «que le gouvernement de M. Netanyahu est décidé à le poursuivre. Cependant, de notre point-de-vue, l’Europe et la France en particulier, témoignent d’une attitude par trop tolérante à l’endroit des ayatollahs, Saddam Hussein et compagnie… Nous souhaiterions plus de compréhension de votre part envers nos conceptions…» Le ton était donné dans la modération. Le président Chirac avait tenu auparavant le même langage, celui de la raison en s’adressant aux étudiants de l’Université technologique. Il leur a dit entre autres: «Nul ne peut aller contre l’Histoire. La France n’utilise pas de faux-fuyants et, sans ambages, elle se prononce pour un Etat palestinien, parce que seul il sera capable de prendre et de tenir les engagements nécessaires à la sécurité d’Israël… Bâtir la paix est une chose, mais la rendre irréversible est l’essentiel pour tous les pays de la région. La sécurité ne pourra jamais être garantie par la force…» La difficile partie du président Chirac en Israël venait de commencer. Difficile - il ne devait pas tarder à le réaliser, lors de sa soi-disant visite privée dans la vieille ville de Jérusalem. L’attitude par trop zélée des services de sécurité israéliens, n’a pas tardé à provoquer la colère du président français - ces derniers dressant une barrière humaine infranchissable pour lui et pour les habitants arabes de la ville Sainte venus l’accueillir en masse, transformant ainsi en mêlée, une visite prévue amicale et détendue... Houleuse à plus d’un titre, elle allait être marquée par une protestation officielle de la France auprès d’Israël! Il est vrai que par la suite, les excuses officielles et publiques présentées par Benjamin Netanyahu lors de la conférence conjointe avec le président Chirac celui-ci a bien voulu considérer l’incident “clos”.
Durant la bousculade qui a suivi la visite du président français dans la ville Sainte, celui-ci essaie de parlementer avec les agents israéliens, avant de piquer une grosse colère!
C.E.H.