LES EVENEMENTS DE LA SEMAINE

Après avoir rencontré lundi son homologue syrien à Damas (notre photo), le chef de l’Etat a entamé les consultations, qu’il a dû clôturer hier jeudi, en vue de la désignation du nouveau chef du gouvernement. La veille, MM. Nabih Berri et Elie Ferzli avaient été réélus, respectivement, président et vice-président de l’Assemblée , dont le bureau a été reconduit presque sans changement.

RENTREE PARLEMENTAIRE: ON PREND LES MEMES ET ON RECOMMENCE!

Au moment où un nouveau sommet libano-syrien se tenait mardi à Damas, «pour examiner les développements de la situation au Liban et dans la région», la nouvelle législature siégeait, Place de l’Etoile au complet, sous la présidence du doyen d’âge. A son ordre du jour: l’élection du président, du vice-président de la Chambre et le renouvellement du bureau. On lira ailleurs le compte-rendu de la séance qui est, comme on s’en doute, une copie confirme de toutes celles qui l’ont précédée depuis l’avènement de l’indépendance en 1943. Nous nous contenterons d’émettre certaines réflexions inspirées de la circonstance, pour montrer justement à quel point aujourd’hui ressemble à hier… Il en sera ainsi, tant que la vie politique continuera à se dérouler selon le même scénario et presque avec les mêmes figures dans nos murs! Dans son discours (inaugural), le doyen d’âge M. Kabalan Issa el-Khoury, qui a préparé avec une extrême minutie l’élection du chef du Législatif pendant plus d’une semaine, a mis l’accent sur «la nécessité de remédier au déséquilibre qui affecte notre vie politique; de normaliser la pratique constitutionnelle; d’élaborer une loi électorale moderne répondant aux impératifs de l’heure; enfin, de placer l’Administration libanaise à l’abri des ingérences des politiciens et du clientélisme»… Dans son speech, le nouveau (et ancien) président de la Chambre, M. Nabih Berri, a fait entendre le même son de cloche, à quelques variantes près. Ainsi, il a insisté sur «la nécessité de fermer le dossier des personnes déplacées; de préparer sans retard une nouvelle loi électorale; de nous atteler à l’édification de l’Etat de la loi et des institutions; d’assainir l’Administration étatique de manière à la placer au-dessus de tout soupçon, etc…» Puis, les cent-vingt huit «représentants de la Nation» ont élu le président de l’Assemblée (par 122 voix) et le vice-président (par 115 voix), les membres du bureau étant également les mêmes que ceux du précédent parlement… Et vive la République! Hier jeudi, à 13h.30 tappantes, le chef de l’Etat aura terminé ses consultations (parlementaires) au terme desquelles il confiera à l’un d’eux - M. Rafic Hariri, naturellement - le soin de former la nouvelle équipe gouvernementale. Conclusion pratique: on prend les mêmes et on recommence! Quant au Libanais moyen, il dira d’un ton désabusé: «C’est du déjà vu et du réchauffé! J’en ai assez de cette comédie dont le moins qu’on puisse dire est qu’elle est lassante…» Malheureusement, nul ne prêtera l’oreille à son opinion et ne prendra la peine de répondre à ses vœux, ni à ses aspirations, encore moins à ses ennuis quotidiens, lesquels vont empirer chaque jour davantage, d’autant que plus du tiers de notre peuple vit au-dessous du seuil de pauvreté! Mais nul en haut lieu ne se souciera de relever son standing de vie, car ceux qui détiennent les rênes du Pouvoir sont persuadés que tout va pour le mieux sous notre ciel… Ils continueront à le penser, jusqu’au moment où se produira «l’explosion populaire», contre laquelle met en garde le ministre (sortant) de la Défense, pourtant très proche du Sérail…

Non, la “scandalite” n’a pas été inventée par les détracteurs du Pouvoir, n’en déplaise à ses thuriféraires: des scandales financiers ont été bel et bien découverts dans plus d’une institution publique, aux Finances et au port de Beyrouth, notamment, ainsi qu’à l’Ordre des ingénieurs. De plus, une bande d’escrocs a été démantelée, dont les membres proposaient à la vente des biens-fonds fictifs. “Les gens n’ont plus confiance dans l’Administration étatique”, observe le vice-président de la Chambre (notre photo).

NON, LA «SCANDALITE» N’EST PAS UNE INVENTION DES DETRACTEURS DU POUVOIR

Non, la «scandalite» n’est pas une invention montée en épingle par les détracteurs du Pouvoir, pour tenter de le discréditer ou aux fins de perturber les consultations en prévision de la nouvelle équipe ministérielle… Quoi que disent les thuriféraires du Sérail, des malversations ont été perpétrées dans certains services publics. Inutile de chercher à les camoufler ou à en minimiser la gravité et l’importance. Des faits, des noms et des chiffres ont été cités. Malheureusement, les auteurs des scandales, notamment celui des Finances, courent la prétentaine. Il est possible que le corps carbonisé découvert dimanche dans le centre-ville soit celui de l’un d’eux. Dans ce cas, il s’agirait d’un gang organisé ayant cherché à liquider l’un de ses membres dans un double but: pour que ses complices ne puissent pas être identifiés et coffrés ou pour n’avoir pas à lui remettre sa part du butin à laquelle il aurait droit… Un autre scandale a été découvert, ces derniers jours, au port de Beyrouth, dans lequel cinq personnes, dont trois fonctionnaires, sont impliqués. D’ores et déjà, le procureur financier a décerné des mandats d’amener contre les coupables dont il a recueilli les dépositions… Pourra-t-il, ensuite, mettre la main sur tous leurs complices et les empêcher de disparaître dans la nature, comme c’est souvent le cas? Car ces malfrats bénéficient, en général, de la protection de personnes influentes qui interviennent en leur faveur ou s’emploient à brouiller les pistes pour empêcher leur arrestation? Un autre scandale portant sur plusieurs milliards de livres, est signalé également, cette fois au siège d’un Ordre de profession libérale, celui des ingénieurs, dont le président a porté plainte contre quatre employés, dont un ingénieur, les accusant d’avoir extorqué des sommes considérables demandant leur condamnation pour faux et usage de faux… Pour en revenir aux malversations survenues dans l’Administration publique, il est curieux d’entendre certains personnages haut placés, entre autres le vice-président de la Chambre et le ministre de la Défense, proclamer publiquement que «les citoyens n’ont pas confiance dans les services publics… qui devraient être réformés et assainis»… D’autres réclamant de placer l’Administration étatique à l’abri de la politique et des politiciens… Qui a donc empêché ces messieurs de réformer les services publics? Ceux qui ont la haute main sur les rouages administratifs, ont eu tout le temps de les débarrasser des éléments suspects… Qu’ont-ils fait au juste? Ils ont remercié plusieurs dizaines de fonctionnaires qui, sortis par la porte, sont rentrés, on sait comment, par la fenêtre! Enfin, nous ne pouvons nous empêcher de rappeler les multiples communiqués diffusés par le ministre de la Réforme administrative qui, promettant monts et merveilles, a eu la candeur d’annoncer un jour sur le petit écran, la mise au point d’un «plan d’assainissement» des services publics, dont l’application vaudrait à l’Etat une administration propre et moderne, rivalisant avec celle des pays les plus évolués… On peut donc toucher du doigt les résultats de la cogitation de ce ministre qui, soit dit en passant, n’était pas qualifié pour s’acquitter d’une telle mission parmi les plus complexes…

Le séjour du président Chirac en Israël s’est déroulé dans une atmosphère enfiévrée provoquée, semble-t-il, par les prises de position du chef de l’Etat français favorables aux Arabes. Aussi, le chef de l’Elysée a-t-il menacé d’interrompre sa visite, en raison des mesures de sécurité, qualifiées de “vexatoires”, prises par la police israélienne lors de sa présence à Jérusalem .

NETANYAHU RENONCERA-T-IL A LA LOGIQUE DE L’AFFRONTEMENT?

La rivalité franco-US avait éclaté au grand jour lors de l’agression israélienne d’avril, quand le chef du quai d’Orsay avait fait la navette entre certaines capitales du Proche-Orient: Beyrouth, Damas, Le Caire et Tel-Aviv (ou Jérusalem), pour dégager une formule de compromis susceptible de provoquer la désescalade et, partant, relancer le dialogue israélo-arabe. Le chef du département d’Etat US s’était empressé de rejoindre son homologue français pour s’employer à court-circuiter les efforts de M. de Charette - avec le quel il n’a pas voulu, d’abord, s’aboucher - en insinuant que le Proche-Orient était une chasse gardée où l’Amérique avait la possibilité et le droit de se mouvoir... La rivalité franco-euro-américaine n’existait pas, officiellement, mais plus d’un indice en confirmait l’existence. Le jeu reprend, maintenant entre Paris et Washington, bien que la capitale fédérale assure par la voix du porte-parole du département d’Etat, que “le Proche-Orient n’est pas son domaine préservé où elle considère avoir des droits exclusifs”. Cependant, ce même porte-parole, Nicholas Burns, tout en reconnaissant que “les Français avaient un rôle positif à y jouer...”, soutient que “l’Amérique est le pays indispensable au P.O. et doit donc rester le seul parrain des négociations de paix israélo-palestiniennes”. Malgré cette mise au point quelque peu ambiguë, la France et les Etats Unis ne se trouvent nullement sur la même longueur d’onde. Le Pésident Jacques Chirac l’a montré sans ambages dans les discours qu’il a prononcés dans ses deux escales proche-orientales - Damas et Tel-Aviv - la visite de Jérusalem-est ayant été “interdite” au chef de la diplomatie française; seul le secrétaire d’Etat à la Santé Hervé Gaymard, a été autorisé à s’y rendre, à l’effet de remettre un message du chef de l’Elysée à Fayçal Husseini qui l’a reçu à la “Maison d’Orient”, assurant les Palestiniens que “la France refusait tout fait accompli dans la Ville Sainte”. Puis, fait étrange: le président Chirac a pris le contre-pied des positions officielles tant de fois réaffirmées par Benjamin Netanyahu. En effet, il a appelé ce dernier “à accepter la création d’un Etat palestinien, à restituer les hauteurs du Golan à la Syrie et à évacuer le Liban-Sud”. Autrement dit, à appliquer à la lettre les résolutions du Conseil de Sécurité auxquelles le chef du Likoud refuse de souscrire. Est-il possible après cette prise de position de M. Chirac que les “faucons” israéliens acceptent l’offre de coparrainage par la France (et l’Europe) des négociations de paix? “L’Union européenne, a ajouté le président français, ne peut-être uniquement le premier bailleur de fonds de la région et son premier partenaire économique... Elle peut et doit contribuer, politiquement, à un processus de paix qu’elle a vocation à coparrainer”. La réponse est venue du chef de l’Etat hébreu: “L’Europe occidentale, en général et la France, en particulier, témoignent d’une attitude par trop tolérante à l’égard des ayotallahs iraniens et de Saddam Hussein... Nous souhaiterions plus d’attention et de compréhension de votre part envers nos positions”... Le dialogue franco-israélien était compromis avant de commencer et Netanyahu ne pouvait plus aller dans le sens indiqué par M. Chirac qui lui conseillait “de ne pas laisser la logique de l’affrontement l’emporter sur la logique de la réconciliation”... ... Aussi, le coparrainage franco-européen du processus de paix n’était-il plus acceptable.

ECHOS ET REFLEXIONS

L’ECHEANCE DE FEVRIER

La coterie du président Rafic Hariri avait insinué avant sa visite vendredi dernier à la Maison-Blanche, que le président Clinton lui réserverait une “surprise de taille”... “Le chef de l’Exécutif US, assurait-on dans l’entourage du chef du gouvernement (démis-sionnaire), lui ferait la surprise “d’annoncer la levée de l’interdit frappant le voyage des ressor-tissants américains au Liban”... Ceux-ci, rappelons-le, ne peuvent même pas transiter à l’A.I.B. depuis des mois. Or, le président Clinton s’est limité à déclarer, en réponse à une question portant sur ce point précis: “Nous sommes concernés par la sécurité des citoyens américains et nous allons continuer à étudier ce problème”... Mais sans fixer de délai! Cependant, au cours de la réception donnée en son honneur à l’ambassade du Liban à Washingt-on, le président du Conseil (démissionnaire) a laissé entendre “qu’une décision sera prise en février 97 à propos de la levée de l’interdit du voyage des Américains au Liban”. Mais cette assertion n’a été confirmée jusqu’ici par aucune source officielle proche de la Maison-Blanche ou du départe-ment d’Etat... En ce qui concerne la réunion du groupe consultatif, à qui il sera demandé de spécifier la manière dont ses membres se proposent d’aider notre pays à se reconstruire, on a appris que M. Clinton a promis de convoquer ce groupe après les élections présidentielles du 5 novembre.... ....Sans omettre de se prononcer, une fois de plus, “en faveur d’un Liban indépendant et souverain, libéré de toutes les forces étrangères”... Tout en lançant une fleur à des Américains (d’origine libanaise), dont il a vanté les qualités et les mérites, entre autres: Donna Shalala, ministre de la Santé; l’ex-sénateur Mitchell et le général Shalwan, actuel comm-andant des forces américaines en Europe. Allons-y donc pour l’échéance de février 97... En souhaitant qu’elle ne soit pas pareille à une “échéance printanière”, de triste mémoire! Le Premier ministre (démissionnaire) s’en souvient-il encore?

Edouard BASSIL.