EXPOSANT LES RAISONS DE SON ECHEC AUX LEGISLATIVES

ROBERT GHANEM:

Robert Ghanem (3ème à partir de la gauche) au cours de sa conférence de presse.

“J’AI ETE TRAHI PAR CERTAINS DE MES COLISTIERS”

La Békaa est le modèle de la vie en commun. C’est la terre du bien, surnommée jadis les silos de Rome”, déclare M. Robert Ghanem, ministre de l’Education nationale en jetant un regard au loin, du balcon de sa résidence estivale à Saghbine, d’où on voit le lac du Karaoun, d’un côté et, de l’autre, Machghara, Ain el-Tiné, Jeb Jennine et Gaza. La chance ne lui a pas souri aux récentes législatives, mais il ne manifeste aucune amertume et continuera à assumer ses responsabilités, qu’il soit membre du futur Cabinet ou en dehors de la Chambre. Les dizaines de milliers de Békaaiotes qui lui ont accordé leurs suffrages s’adresseront à lui plutôt qu’à un autre représentant de la circonscription, comme le prouve le flux incessant de citoyens dont sa maison ne désemplit pas.

- Est-il entièrement satisfait de l’intérêt que l’Etat accorde à la Békaa-ouest?

“Il devrait s’en occuper davantage et répondre mieux à ses besoins, car la région a beaucoup pâti de la négligence et de la frustration. S’il plaît à Dieu, je poursuivrai mon action aux fins d’améliorer les conditions de vie des habitants, à partir de ma position, quelle qu’elle soit”.

- Vous avez donné la preuve de votre perspicacité au ministère de l’Education nationale; feriez-vous partie du nouveau Cabinet?

“Posez la question à ceux qui forment le gouvernement”.

TRAHI PAR MES COLISTIERS

- N’auriez-vous aucun indice ni aucune donnée à ce sujet?

“Je ne dispose d’aucune donnée me permettant de me prononcer sur ce point”.

- Comment expliquez-vous votre échec aux élections qui a surpris beaucoup de gens?

“Bien des facteurs sont entrés en jeu, ainsi que des intérêts qui n’étaient pas en ma faveur”.

- Auriez-vous des griefs à formuler à propos de l’opération électorale?

“Ils sont nombreux, le premier provient du fait d’avoir été membre d’une liste et trahi par mes propres colistiers, certains de ces derniers ayant mené bataille contre moi”.

- Vous voulez parler du panachage?

“Le panachage se pratique en tout temps et en tout lieu. Il peut même se justifier et être accepté”.

- Et qu’est-ce qui n’est pas acceptable?

“Le fait pour vos colistiers de mener la bataille de votre concurrent dans les bureaux de vote, sur le terrain et lors du dépouillement des bulletins au sérail... Je ne m’attendais pas à cela et ce qui s’est passé est incroyable”.

- S’agit-il d’une force occulte?

“Elle est plutôt visible et a opéré à Zahlé...” (Au lendemain des élections dans la Békaa, M. Ghanem a accusé les fils du chef de l’Etat d’avoir travaillé contre lui. “Le Hezbollah, dit-il, et “Amal” ont appelé leurs partisans à voter pour M. Chédid et les proches du président Hraoui ont mené campagne contre moi à Zahlé”).

JE ME TIENDRAI AU COTE DES 69.000 DE MES SUPPORTERS BEKAAIOTES

- Quel sera votre plan de travail maintenant que vous ne faites plus partie de l’Assemblée?

“Je poursuivrai mon action comme je l’ai fait jusqu’ici. Puis-je oublier 69.000 personnes qui m’ont accordé leurs suffrages? Je resterai toujours à leur côté dans les bons, comme dans les mauvais moments. C’est une promesse et un engagement formel”.

- Comptez-vous présenter un recours en invalidation du mandat de votre concurrent (M. Henri Chédid)?

“La question est à l’étude et se basera sur des éléments d’ordre juridique et de pointage” (M. Ghanem devait présenter un tel recours par la suite au Conseil constitutionnel).

- Comment jugez-vous la situation intérieure dans son ensemble?

“Le pays traverse une étape difficile: localement, au double plan social et économique et, régionalement, par rapport aux menaces et agressions israéliennes”.

PAS D’ECLAIRCIE POUR LE MOMENT

- N’y aurait-il pas, à votre avis, une éclaircie en perspective?

“Je ne le crois pas, du moins pour le moment. J’espère que la situation s’améliorera, régionalement, ce qui pourrait provoquer une éclaircie au plan local”.

- Vous paraissez pessimiste au double plan local et régional?

“Les responsables œuvrent dans la mesure du possible en vue de redresser la situation. Cependant, il importe d’améliorer l’action au niveau politique et d’accorder plus d’attention au citoyen libanais. J’espère que cela se produira sans retard”.

- La formation du citoyen commence au niveau de l’éducation; qu’avez-vous accompli dans ce domaine en tant que responsable?

“Le ministère a procédé à la refonte des programmes d’une manière radicale, en vue d’atteindre un double objectif: académique et national. Nous avons agi aux fins de rafermir l’allégeance de l’élève envers sa patrie, à l’exclusion de toute autre. “Sur le plan académique, nous avons lié l’enseignement au marché de l’emploi, afin d’éviter que les nouveaux diplômés grossissent les rangs des chômeurs. Notre but est de préparer l’écolier d’aujourd’hui à être le citoyen de demain, prêt à faire face aux défis du troisième millénaire, en s’acclimatant avec les nouvelles spécialisations et la technologie moderne”.

JE NE CRAINS PAS POUR L’AVENIR DU LIBAN

- Craignez-vous pour l’avenir du Liban, surtout économiquement?

“Je ne crains nullement pour l’avenir du pays, ni économiquement, ni politiquement tant qu’il existe une volonté libanaise sur laquelle la mort ne peut prévaloir”.

- Et sur le plan régional?

“Comme je l’ai déjà dit, je ne m’attends pas à des éclaircies dans un proche avenir, en raison surtout de l’intransigeance israélienne”.

- La paix vous paraît donc éloignée?

“De toute manière, elle n’est pas imminente.”

- Quelle est votre conception de la paix?

“Je suis pour une paix juste et globale; celle qui restitue tous leurs droits aux Etats arabes, notamment sur les hauteurs du Golan, au Liban-Sud et dans la Békaa-ouest”.

- A votre avis, ceci est-il réalisable?

“Pour instaurer la paix et la sécurité dans la région, Israël doit appliquer les résolutions internationales émanant du Conseil de Sécurité et des Nations Unies, la 425 en tête, en plus des résolutions 242 et 238. La première exige le retrait inconditionnel des forces israéliennes du Sud et de la Békaa-ouest. “Il est donc difficile, si ce n’est impossible, pour l’Etat hébreu de jouir de la paix, tout en continuant à occuper illégalement les territoires arabes ”.

(Propos recueillis par Joseph Melkane)