LA NOUVELLE LEGISLATURE S’INSTALLE DANS LA MOROSITE

“DES ERREURS ONT ETE COMMISES DANS L’ELABORATION DE CERTAINES POLITIQUES OFFICIELLES”,

DIT BERRI APRES SA REELECTION

LE DOYEN D’AGE AVAIT APPELE A UN NOUVEAU TAEF “POUR RETABLIR L’EQUILIBRE NATIONAL”

MM. Berri et Ferzli, respectivement président et vice-président de l’Assemblée, entourés des nouveaux membres du bureau.

Les résultats étant connus d’avance, l’attention et l’intérêt des citoyens étaient davantage tournés vers les possibilités et latitudes d’action que pourrait avoir cette nouvelle Chambre encore plus “monochrome” et plus “docile” que la précédente, élue dans les circonstances qu’on connaît déjà, qu’on a dénoncée à maintes reprises, par le biais, d’une loi électorale inique. Pas de surprise donc avec la réélection pour quatre ans de M. Nabih Berri à la deuxième présidence, alors qu’il y a onze mois, on avait prolongé de trois ans le mandat du président Hraoui et que Hariri se succède à lui-même. La même “troïka” est toujours en place. Aurait-on tellement peur de l’inconnu dans ce pays? La continuité est sans doute plus rassurante pour les “décideurs”... Le citoyen, lui, bouillonne. Il souhaiterait tant avoir une Chambre en mesure de défendre les libertés publiques, par une remise en question du problème de l’audio-visuel, capable de se pencher sur les problèmes socio-économiques dans lesquels il se débat, de s’insurger contre la corruption administrative et d’œuvrer, surtout, pour la libération totale du pays. Mais à quoi bon rêver, quand on sait que les décisions sont prises à mains levées?

Le président Berri et le doyen d’âge reçoivent les félicitations de MM. Nasri Khoury, secrétaire général du Conseil supérieur libano-syrien; Walid Joumblatt et Boutros Harb.

Avec les premières pluies d’octobre et au rythme de l’horloge d’El-Abed qui a réintégré la place de l’Etoile, s’est tenue la première séance du parlement de 96, en vue d’élire les président, vice-président et membres du bureau. Dès 9 heures de ce mardi 22 octobre, les députés commencent à arriver à la place de l’Etoile où toutes les mesures de sécurité étaient prises pour la circonstance. Selon la tradition, le Premier ministre Rafic Hariri, se rend au domicile du doyen d’âge de la Chambre, M. Kabalan Issa el-Khoury, pour l’accompagner jusqu’à l’hémicycle. Ils arrivent devant le parlement vers 10h45 où les honneurs leur sont rendus par la garde du parlement. Sous l’hémicycle où chaque député à déjà sa place et son nom inscrit sur l’ordinateur, le président sortant, qui sera réélu sans surprise, s’installe à côté de ses colistiers; 126 des 128 députés sont présents à cette séance, que Omar Karamé a décidé de boycotter, tel qu’il l’avait annoncé à l’issue du scrutin du Liban-Nord. Le député Wadih Akl est également absent. Sur les 128 parlementaires élus aux législatives de 96, 45 font leur entrée pour la première fois à la Chambre et quatre ex-députés y reviennent. Dans la tribune officielle, des chefs de missions diplomatiques, des directeurs généraux, des leaders syndicalistes et des personnalités du monde des affaires ont répondu à l’invitation qui leur avait été adressée. Les représentants des médias sont nombreux et les télévisions ayant obtenu une autorisation légale, retransmettent l’événement en direct.

Le président Hariri déposant son bulletin dans l’urne.

LE DOYEN D’AGE “J’APPELLE A UN NOUVEAU TAEF”

A onze heures, la séance est déclarée ouverte. Le directeur général de la Chambre donne lecture des noms des 128 élus selon un communiqué émanant du ministère de l’Intérieur et lit, aussi, quelques articles de la Constitution et du règlement intérieur relatifs aux modalités d’élection du chef du Législatif, du vice-président et des membres du bureau. Le doyen de la Chambre, M. Kabalan Issa el-Khoury, prend alors la parole pour affirmer: «J’appelle à un nouveau Taëf, à un nouveau pacte national qui corrigeraient les failles profondes dans la vie politique et dans la pratique constitutionnelle, afin que le pays retrouve l’équilibre national qui est la raison même de son existence». «J’appelle à l’adoption d’une nouvelle loi électorale moderne qui assure la juste représentativité de l’électeur et du député». Puis, il invite les responsables à se pencher sur le problème épineux de l’administration «pour en éloigner le clientélisme et la corruption»… De même, il affirme qu’il n’est pas possible d’abolir le confessionnalisme politique en l’absence d’une véritable entente nationale, pas plus qu’on ne peut chercher à éliminer l’autre, ou accorder des naturalisations à la légère et de façon incontrôlée, car la citoyenneté est un fait sacré. Il est procédé, ensuite à l’élection du président de la Chambre. Candidat unique, M. Nabih Berri est élu par 122 voix. Il y aura dans l’urne quatre bulletins blancs. Il est appelé aussitôt à occuper de nouveau le fauteuil présidentiel.

Le président de la Chambre félicité par M. Kabalan Issa el-Khoury, doyen d’âge; à gauche, le vice-président de l’Assemblée.

BERRI: «LE SENS DE LA PARTICIPATION DU CITOYEN»

M. Berri prononce une allocution de circonstance évoquant, tout d’abord, les réalisations de la précédente législature, reconnaissant «qu’il y a eu des erreurs dans la planification et l’exécution de certaines politiques officielles et de la négligence pour l’adoption des modalités d’application de lois votées par la Chambre». Il critique vivement «ceux qui ont boycotté le scrutin», insistant sur le sens et la valeur de la participation du citoyen, non seulement à travers le devoir électoral ou par le biais des forces politiques, mais au niveau de l’orientation de la politique d’ensemble de l’Etat. «La participation, dit-il, consiste à donner la chance et l’opportunité aux citoyens d’élaborer des projets en tant que membres actifs de la société civile et au sein des syndicats, de s’intégrer dans les activités économiques et de la vie sociale, en plus de leur liberté du choix politique». «Pour cela, poursuit-il, il est important de parachever un bon nombre de dossiers, en premier lieu celui des déplacés en octroyant les fonds nécessaires au ministère qualifié». Il insiste aussi, sur l’élaboration d’une nouvelle loi électorale équitable, moderne, qui réalise une véritable intégration nationale», et sur l’importance vitale «d’une véritable réforme administrative, afin d’édifier l’Etat des institutions et des lois».

Le président Berri quitte le siège du parlement après sa réélection.

RECONDUCTION DU BUREAU DE LA CHAMBRE

On passe, alors, à l’élection du vice-président de la Chambre. Candidat unique, Elie Ferzli obtient 115 voix, dix bulletins blancs étant relevés de l’urne, (Najah Wakim avait déjà quitté l’hémicycle). Camille Ziadé (97 voix) et Aymane Schoucair (96 voix) sont ensuite élus secrétaires de la Chambre; Michel Moussa (106 voix), Abdel-Rahman Abdel-Rahman (105 voix) et Hagop Tchoukhadarian (105 voix), commissaires. A l’exception de Akram Chéhayeb, proposé pour un portefeuille ministériel et qui est donc remplacé par Aymane Schoucair, les membres du bureau de la Chambre sont les mêmes. Avant la levée de la séance, M. Boutros Harb, député de Batroun, demande la tenue d’une séance plénière pour discuter de la loi sur l’enrichissement illicite. Un sujet soulevé au début de chaque nouvelle législature qui tombe bien vite dans l’oubli. En sera-t-il autrement cette fois?

NELLY HELOU