LA CHRONIQUE

COMMENT RELEVER LE DEFI NETANYAHU?

Au moment où Benyamin Netanyahu accumule les maladresses et les provocations, envers et contre tous, le processus de paix que l’on croyait déjà en bonne voie, est dans l’impasse. Toutefois, se fera-t-il avec ou malgré lui? Les négociations israélo-palestiniennes sur le partage de la ville arabe d’Hébron, sont une bombe à retardement difficilement désamorçable, et pour cause: les requins du parti Likoud au pouvoir, s’opposent à tout accord conclu avec l’ennemi juré d’hier, l’OLP. Entre-temps, le chef de l’Etat hébreu, Ezer Weizman, héros de la guerre des «Six jours», converti tout d’un coup en messager de paix par le président égyptien feu Anouar Sadate, répondant aux vœux et aux pressions de la majorité israélienne aspirant à la paix, tente de restaurer l’image d’Israël. Parviendra-t-il à jouer le contre-pouvoir et à s’ériger en figure de proue, capable de mettre Benyamin Netanyahu au pied du mur? En attendant, en Cisjordanie et à Gaza, l’indignation et la colère provoquées par 30 ans d’occupation israélienne, battent leur plein, alors que les colons juifs (450 familles), hostiles à tous les accords de paix, partent en guerre, contre l’autonomie palestinienne, fût-elle à géométrie limitée. Pour cela, ils ont tout prévu.

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Mais pourquoi, Hébron est-elle si convoitée? Parce que, selon la tradition biblique, elle abrite les tombeaux d’Abraham, de Jacob, de Sarah, de Rebecca et de Léa. Pauvre et austère, Hébron, n’est propice à aucun engagement, aussi compromettant soit-il. Contrôlée et exploitée par les extrémistes du mouvement «Hamas», c’est en elle que jadis trouvèrent refuge les inquisiteurs du réseau terroriste juif, démantelé en 1984, après une série d’attentats et de meurtres perpétrés contre la population arabe. C’est dans Hébron que le «rabin-mitrailleur» et raciste chevronné «Khana», avait recruté les militants de son mouvement «Kach». C’est à Hébron que résident tant d’autres chefs de file de l’extrême droite religieuse sioniste, et où vivait hier encore, Yegal Amir, l’assassin d’Yitzhak Rabin. Si les dispositions des accords d’Oslo avaient été strictement respectés, l’armée israélienne aurait dû évacuer Hébron au plus tard fin mars de l’année en cours. Mais le gouvernement, sous la houlette de Benyamin Netanyahu, fort de sa victoire électorale et de l’appui inconditionnel des Etats-Unis, s’entête à renégocier sur le fond, le contenu même de cet accord. C’est là le grand dilemme qui a mené à l’impasse.

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Toutefois, il y a plus inquiétant: Les déchirures entre les deux ailes de la Droite israélienne et entre celle-ci et la Gauche qui vient d’essuyer une défaite tous azimuts. Entre une Droite qui retrouve ses réflexes de haine et de peur et une Gauche déboussolée qui, en dépit de sa défaite électorale montre ses griffes, des deux côtés, la colère gronde. «Deux mondes qui se côtoient, sans se comprendre» dira un observateur occidental. Entre les deux, l’avenir d’Israël se joue à la roulette. Celui de la paix court le même risque. Et les Israéliens modérés d’ajouter: «qui est-il ce Benyamin Netanyahu, sans passé politique, sans profil défini? Serait-il un nouveau venu à la politique, un amateur passionné, un provocateur acharné, un discoureur dans le désert, ou un fossoyeur endiablé»? Certes, toutes ces interrogations, ne sont pas aussi futiles qu’on le croit. Au contraire, elles mettent en relief l’enjeu principal, le problème fondamental du conflit israélo-arabe, à savoir: la terre contre la paix, aujourd’hui remis en question. La poursuite de la colonisation, le refus d’appliquer les accords d’Oslo sur le déploiement de l’armée israélienne dans les territoires arabes occupés, le bouclage des populations, sont autant de raisons sérieuses qui provoquent les révoltes et les affrontements que l’on croyait dépassés.

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Cependant, les réprobations internationale et arabe ne peuvent qu’inquiéter Israël à tout point de vue. Déjà, l’Egypte, la Jordanie, la Tunisie et le Maroc, ayant pris une nette distance à son égard, s’en prennent ouvertement à la politique anti-arabe de Benyamin Netanyahu. Tout cela a ses répercussions dans l’opinion israélienne qui commence à s’émouvoir et à s’en prendre sérieusement au chef du gouvernement, le taxant de mégalomane qui ne prête l’oreille à aucun de ses conseillers, et dont le moins qu’on puisse dire, serait qu’il est mal parti. La diaspora israélienne qui jadis, par principe, légitimait tout gouvernement en place, déconcertée par les provocations et les maladresses accumulées de Benyamin Netanyahu et ses flagrantes dérives, pour la première fois, conteste ce légitimisme. Et ses ténors de scander à bon entendeur: «En dehors de la paix contre la terre, il n’y a que malheurs, destructions et ruines.» Mauvais augure pour «Bibi», bon augure pour une paix juste et .... qui se fera assurément malgré lui. Qui vivra verra. Les conflits ont souvent leur utilité, ils obligent à prendre la réalité au sérieux.

«Il est facile mais il est surtout absurde de juger à la lumière d’une logique de paix, des décisions prises dans une logique de guerre».

Shimon Pérès

José M. LABAKI.