EDITORIAL

Par Melhem KARAM

APRES LA VISITE DE CHIRAC
NOUVELLE ERE AU PROCHE-ORIENT

Le dynamisme du président français Jacques Chirac, est la qualité dominante de son comportement depuis sa prise en charge de la présidence. Il n’est pas étrange que ce dynamisme soit pratiqué au Proche-Orient, car Jacques Chirac figure parmi les gouvernants français qui considèrent les histoires de cet Orient avec la foi que l’Europe a un rôle à y jouer. Un rôle méditerranéen et un rôle international. Sa visite à l’Orient pour la seconde fois depuis son investiture, en a fait un homme de confiance et de crédibilité. Il n’est donc pas étrange qu’il suscite à son sujet des opinions divergentes. Parce qu’il a été conséquent avec lui-même, tenant le même langage à Damas et à Beyrouth, en passant par Haïfa, Ramallah, Amman et le Caire. C’est pourquoi, il a provoqué un courant d’hostilité en Israël dont le chef d’Etat, Ezer Weizmann, a tenté vainement d’en atténuer l’acuité, dans l’espoir d’effacer la manifestation hostile de la police israélienne à son égard à Jérusalem. Le message est donc arrivé depuis longtemps, de la part de l’Amérique et d’Israël. Dans l’actuelle unicité internationale appelée le «nouvel ordre mondial», Washington trouve abusif pour la France et toute l’Europe de revendiquer, unies ou séparées, un rôle politique dans cet Orient. Un rôle économique, oui. Un rôle politique, non. Il en est ainsi avec la France, l’Europe, le Japon et la Chine. Comme si parmi les Etats, il existait des adultes et des mineurs. Il est interdit au Japon de revendiquer un siège permanent au Conseil de Sécurité. De même qu’à l’Allemagne. Pourtant, ces deux pays aspirent, à l’approche du XXIème siècle, à suivre la marche du temps et non à rester à l’arrière. Le souci de préserver l’unicité internationale a été traduit en Israël de manière à porter Jacques Chirac à s’emporter. Un tel fait se produit une des rares fois qu’un chef d’Etat visite, officiellement, un Etat ayant approuvé sa présence. La faute n’est pas celle de la police, naturellement. La faute incombe aux grands ayant dit davantage que ce qu’a fait la police. Israël ne veut pas d’une nouvelle entrée française en Orient, parce qu’elle vient pour prôner, au nom de l’Europe, le droit, la justice et la paix, en restant l’amie de tous, des Arabes et des juifs à la fois. Pourquoi la paix serait-elle aux Arabes sans les juifs? Et pourquoi Israël ne dit-il pas avec franchise qu’il ne veut pas la paix, en agissant différemment de ce qu’il proclame? Pourquoi adopte-t-il la diplomatie du camouflage, face à un interlocuteur français et européen, ayant adopté la diplomatie de la franchise? La diplomatie de l’appel à la rencontre, sans que l’interlocuteur franco-européen prenne fait et cause pour une partie contre l’autre? Manifester de l’amitié à des gens, n’est pas, forcément, de l’inimitié à d’autres. Et la sauvegarde du droit des gens, ne se fait pas aux dépens du droit des autres. Le monde entier dit cela, sauf Netanyahu et la droite du Likoud. Pourtant, Netanyahu et le Likoud ont isolé Israël et lui ont valu le blâme de tout l’univers. Même en Grande-Bretagne. Il n’est pas sûr que Netanyahu et le Likoud peuvent profiter de l’entrée franco-européenne dans la région, pour indisposer les Américains et pousser les Européens à rester sur leur réserve. C’est pourquoi, ils refont aujourd’hui leurs comptes pour connaître leur position et l’impact sur les autres de ce qu’ils accomplissent. L’Etat hébreu n’est pas une île au Proche-Orient. Et le Likoud n’est pas une île en Israël. Le président français s’est soucié avec son courage, de prendre la parole devant le Conseil palestinien, pour dire que l’imminence de l’Histoire conduira vers la création de l’Etat palestinien. Et pour répéter ce qu’il avait dit à Haïfa: L’Etat palestinien garantira la sécurité d’Israël. Car la création des Etats équivaut à la justice qui assure la sécurité à tous. Naturellement, nul n’est induit en erreur. La paix s’est éloignée, bien qu’elle reste l’objet de pari. Le Likoud ne changera sa politique que sous la pression d’un fait énorme produisant une secousse contraignante. Ni le tunnel jouxtant la mosquée Al-Aqsa ne sera fermé. Ni la démolition des maisons palestiniennes ne s’arrêtera à Jérusalem, l’incitation à la colonisation ne devant pas devenir une politique périmée. Quant au principe de la terre contre la paix, il ne deviendra pas acceptable. Même l’accord d’Oslo ne sera pas appliqué. Pourtant, Oslo n’est pas la réconciliation historique définitive que les gens ont cru avoir consacrée le 13 septembre 1993 avec la poignée de main entre Arafat et Rabin à la Maison-Blanche. Tout cela est vrai. Mais ce qui est également vrai, c’est que l’Europe est entrée, serait-ce avec prudence, au Proche-Orient par la porte française, celle-ci étant la porte politique de l’Europe. Une ère nouvelle s’ouvre dans cet Orient. L’ère de l’Europe, de la France et de Chirac. Une ère dont le commencement est un appel en faveur de la paix dont la réalisation constituera l’épilogue. La mission de la France consiste à amener l’Europe en Orient, après l’élimination des réserves. Ses propres réserves et les réserves des autres à son égard… Surtout celles de l’Amérique et d’Israël du Likoud… Ouf! comme cela est long.