LES EVENEMENTS DE LA SEMAINE

Alors que le président du Conseil désigné refuse d’associer l’opposition à la nouvelle équipe gouvernementale, écartant la formation d’un Cabinet d’entente, le chef de l’Etat affirme: “Les consultations prennent un peu de temps, parce qu’il s’agit de choisir les meilleurs... pour permettre au Pouvoir de s’attaquer, avantageusement, à tous les problèmes socio-économiques”.

POURQUOI PAS UN CABINET DE SALUT PUBLIC?

Quoi que disent les thuriféraires du Pouvoir, les tractations en vue de la formation du nouveau gouvernement se sont avérées plus laborieuses que prévu. Et c’est, justement la raison ayant retardé la mise sur pied du troisième Cabinet Hariri. Il est de notoriété publique qu’à l’occasion des consultations parlementaires en prévision de la composition d’une nouvelle équipe gouvernementale, les “ministrables” deviennent “plus nombreux que les soucis quotidiens”, selon le dicton populaire. Le caricaturiste d’une station de télévision a pertinemment mis en relief cette vérité, mardi soir. Reprenant un jeu organisé la veille par ladite station, au cours duquel la gagnante du prix devait pour pouvoir l’emporter, réussir un sketch ayant consisté à former un gouvernement... il a constaté que celui de lundi soir a frappé par la rapidité avec laquelle les personnes sollicitées - de simples passants - ont accepté de se joindre au “président du Conseil désigné” et de partager les portefeuilles... Le caricaturiste a émis cette réflexion, du reste judicieuse, sous le titre: 3 millions de portefeuilles ministériels: “Même s’il s’agit d’un jeu, aucun Libanais ne refuse un maroquin!” Cela dit, et au cours du journal télévisé ayant précédé la caricature, le chef de l’Etat a été vu échangeant les bribes de la conversation avec des reporters, après avoir reconduit le chef du gouvernement désigné jusqu’à la sortie du palais présidentiel. “Le nouveau Cabinet, a dit le président Hraoui, s’attaquera à tous les problèmes, c’est pourquoi il est naturel que la compsition de la nouvelle équipe ministérielle prenne un peu de temps... Car il importe de procéder à des concertations prolongées, afin de choisir les meilleurs éléments, capables de répondre aux désirs des gens; naturellement, dans les limites des possibilités.” Puis, de but en blanc et comme pour répondre à ceux qui “prétendent” que tout ne va pas pour le mieux dans la République, le Premier Libanais a dit: “Il est honteux que le Libanais continue à vivre de cette façon... à se montrer à tel point dépensier! Le nombre des voitures roulant sur nos routes, excède de loin celui de tous les pays, proportionnellement au nombre d’habitants”... Le président Hraoui veut-il insinuer par là que “le Libanais roule sur l’or”? S’il en était ainsi, quel serait le nombre des citoyens disposant d’assez d’argent pour assurer une vie décente à leur maisonnée, payer les scolarités de leur progéniture, les factures de l’eau, du téléphone, de l’électricité, de l’hôpital et, maintenant, la surtaxe de la “mécanique”? Les nantis n’excèdent pas 3 pour cent, comme l’indique une récente étude d’un organisme spécialisé de l’ONU. Le chef de l’Etat a dit encore: “Le Libanais a honte de travailler, laissant les étrangers prendre sa place sur les chantiers... Quand j’étais écolier, aucun travail ne me rebutait”, etc... Mais passons! Pour en revenir à la réflexion du début, à savoir que “les tractations se prolongent afin de porter le choix sur les meilleurs éléments” nous dirons ceci: A notre connaissance, le président du Conseil désigné a rejeté d’emblée l’idée préconisant la formation d’un Cabinet d’entente, “parce que les opposants doivent rester au parlement et ne pas accéder aux ministères” (sic). Tout laissait prévoir dès le premier jour, que la nouvelle équipe gouvernementale sera composée de la plupart des ministres sortants, pour la simple raison que ceux-ci sont considérés comme des “constantes nationales”, donc... inamovibles!

L’opération de la paix traverse une phase dangereuse, surtout après les concentrations de troupes israéliennes sur le Golan. Après Chirac, Ross et la nomination d’un émissaire européen au P.O., Evgueni Primakov, chef de la diplomatie russe (notre photo), entreprend une tournée régionale “pour tenter de sortir le processus de paix de l’impasse”. A cet effet, il serait porteur de “propositions concrètes” dont il refuse de révéler la teneur...

BRUIT DE BOTTES SUR LES HAUTEURS DU GOLAN...

Moins d’une semaine après la tournée du président Chirac et alors que le coordonnateur américain, Dennis Ross reprenait le chemin de Washington sans être parvenu à mettre Israéliens et Palestiniens d’accord autour d’un plan de pacification de Hébron, le chef de la diplomatie russe, Evgueni Primakov entamait son périple proche-oriental, accompagné d’une délégation comprenant entre autre membre, M. Possouvaliok, très connu des chancelleries arabes, pour avoir fait maintes fois des tournées régionales. A ces faits pour le moins troublants, sont venus s’ajouter les conversations que le président Bill Clinton et le roi Hussein ont eues, chacun de son côté, avec Yasser Arafat, Benjamin Netanyahu et le président Hosni Moubarak, pour les prier de n’épargner aucun effort en vue de sortir les négociations de paix de l’impasse. Aussitôt, le chef de l’Autorité palestinienne effectuait un périple européen qui l’a conduit en Norvège, en Irlande; puis, en Espagne après un crochet par l’Algérie... Dans le même temps, les “Quinze” réunis lundi à Luxembourg, désignait Miguel Moratinos, ambassadeur d’Espagne à Tel-Aviv, en tant qu’émissaire européen. Sa tâche consiste à maintenir les contacts avec les deux parties (palestinienne et israélienne), à l’effet de mettre en œuvre les accords conclus à Oslo...et, partant de “faciliter le retour de la paix”. Réflexion émise par le président du Conseil représentatif des institutions juives (ayant accompagné le chef de l’Elysée au Proche-Orient): “On n’est médiateur que si on est admis comme tel par toutes les parties”... Or, le président Chirac a mis les pieds dans le plat en débarquant à Jérusalem “pour avoir montré un parti-pris en faveur des Arabes”... Ce qui a jeté le trouble dans la communauté juive de France... très attachée à l’existence d’Israël. Tout ce chassé - croisé diplomatique au Proche-Orient ne manque pas d’inquiéter, surtout lorsqu’on fait état de bruit de bottes en des zones névralgiques où le moindre incident peut remettre le feu aux poudres, comme c’est le cas, aujourd’hui, sur les hauteurs du Golan. De fait, l’armée israélienne en est à ses cinquièmes manœuvres dans ce secteur entreprises en l’espace de quelques mois. Et le ministre israélien de la Défense a réclamé des crédits additionnels (d’un milliard de dollars), “pour faire face à une éventuelle guerre avec la Syrie” (sic). Il s’agit, à notre modeste avis, d’une opération de diversion et de chantage de la part de Tel-Aviv qui cherche à gagner du temps et à tergiverser pour imposer la paix à ses propres conditions, forcément rédhibitoires! Car il est clair - et le chef de la diplomatie syrienne l’a réaffirmé lundi en présence de M. Primakov: “La Syrie veut la paix et se soucie de l’instaurer sur base du principe défini à la conférence de Madrid, à savoir: “la terre contre la paix”... les négociations avec l’Etat hébreu devant reprendre au stade où elles avaient abouti il y a huit mois. Le ministre russe des Affaires étrangères s’est excusé de ne pouvoir révéler les propositions de Moscou pour sortir le processus de paix de l’impasse, tout en s’attendant à ce que les négociations israélo-palestino-arabes traînent plus longtemps que prévu... avant de connaître leur heureux épilogue!

Au moment où paraîtront ces lignes, Bonn aura fait part aux autorités libanaises de sa disposition à ramener en Allemagne - d’où ils ont été expédiés - les trente-six containers de déchets toxiques, bloqués depuis plusieurs semaines au port de Beyrouth. M. Adnan Addoum, procureur général près la Cour de cassation (notre photo), l’a annoncé mardi, en assurant que “l’enquête se poursuit nuit et jour, pour tirer au clair cette affaire scandaleuse”.

LA NEGLIGENCE ET L’IMPUNITE ENCOURAGENT LES SCANDALES…

En paraphrasant un adage connu, on peut dire que «l’impunité et la négligence encouragent le crime et les scandales»… Ainsi, les affaires scandaleuses ne cessent de se multiplier, éclaboussant plus d’un organisme officiel et la liste semble devoir s’allonger, à en juger par les opérations louches ou suspectes qu’on découvre ces derniers temps, la toute dernière étant celle des nouveaux déchets toxiques dont le dossier a été pris en main par le Parquet général près la Cour de cassation. Venant après les malversations au ministère des Finances, au port de Beyrouth - et au siège d’un Ordre de profession libérale, celle des ingénieurs - le scandale des trente-six containers expédiés d’Allemagne, via la Belgique ne manque pas de poser plus d’un point d’interrogation, sur la manière avec laquelle est géré ce pays! N’était l’alerte donnée par l’INTERPOL, cette «marchandise hautement polluée», serait parvenue à son destinataire qui en aurait fait un usage dont la nocivité se passe de preuves! Que dit le ministre de l’Environnement, censé être courant de cette transaction d’un genre spécial? «Le dossier de l’affaire était entre les mains du directeur général du ministère. Pourquoi ne m’en a-t-il pas informé? Je l’ignore; il s’agit, sans doute, d’une négligence…» Le ministre a également parlé d’une mafia à l’échelle internationale qui manipule de tels produits malsains destinés à l’exportation, «dont le contrôle nous échappe». Ici, une question se pose: Comment les autorités allemandes ont-elles permis l’acheminement de trente-six containers jusqu’à Beyrouth, via un port belge? Et comment les services portuaires en Belgique ont-ils laissé transiter une telle cargaison, sans s’assurer de sa nature? Si les containers ont pu couvrir une telle distance, cela laisse accréditer la «thèse mafieuse». Il peut s’agir d’un gang opérant à l’échelle planétaire, au su et au vu de fonctionnaires attitrés, affectés à différents organismes à qui incombe la délicate mission de surveiller les produits qui traversent les ports et aéroports. Serait-il possible qu’ils y transitent comme une lettre à la poste, sans poser aucun problème, si les «exportateurs» ne bénéficiaient pas de soutiens occultes? C’est pourquoi, il ne suffit pas de sanctionner les récepteurs locaux des déchets toxiques, mais également et surtout les expéditeurs et les intermédiaires quels qu’ils soient… On prétend que l’un de ces derniers - un ressortissant allemand d’origine jordanienne - aurait été coffré en Allemagne. C’est déjà un acquis, mais il faut, aussi, appréhender les complices belges ou de toute autre nationalité dont la culpabilité réside dans le fait qu’ils ont facilité le passage des trente-six containers avant d’être débarqués au port de Beyrouth. Car, de l’avis du représentant de «Greenpeace» au Liban - dont le navire n’avait pas été autorisé à mouiller dans nos eaux territoriales, il y a près de trois semaines pour on ne sait quel motif - les nouveaux déchets étaient destinés, probablement, à être enterrés, non recyclés et pouvaient provoquer des radiations pendant un certain temps. Encore une fois, la «scandalite» n’est pas inventée par les détracteurs du Pouvoir: c’est un mal réel dû à l’impéritie de ceux parmi les ministres à qui on confie des charges auxquelles ils ne sont pas préparés… Parce que ce sont des profanes en la matière! Preuve en est ce qui se passe, actuellement, aux plans scolaire, universitaire et des carburants, sans oublier tant de problèmes intéressant les citoyens dans leur vie quotidienne!

ECHOS ET REFLEXIONS

TOUT VA POUR LE MIEUX…

Se peut-il que M. Rafic Hariri soit le seul Libanais lucide de la république et que tous ses concitoyens - non les profanes, mais les économistes parmi eux - soient frappés de myopie, au point de ne pas voir plus loin que leur nez? «Tout va pour le mieux, assure le chef du gouvernement. Il n’y a pas de crise économique, mais des problèmes sociaux que le nouveau Cabinet inscrira en tête de ses priorités…» Pourvu que ce ne soit pas une promesse pareille à celles faites, il y a quelques années et devaient être satisfaites un certain printemps! Non le printemps de Prague, mais le nôtre… Pourtant, la crise économique existe bel et bien. Elle affecte tout notre peuple, à l’exception d’une infime minorité (3 pour cent à peine) qui se partage les richesses du pays. Si tout allait comme sur des roulettes et si la situation économique était tellement brillante, pourquoi le Sérail relèverait-il les impôts et taxes et en instituerait-il de nouveaux? Fait encore plus grave: la fiscalité alourdie touche les économiquement faibles, alors que les nantis parviennent à la contourner. Un ministre détenteur d’une grosse part dans un complexe industriel, n’a-t-il pas révélé, récemment, qu’à l’instar de la plupart des industriels et des commerçants, il trichait sur ses impôts et tenait une double comptabilité? Puis, le chef du gouvernement n’a-t-il pas connaissance de la conclusion d’une enquête effectuée dernièrement par un organisme spécialisé des Nations Unies, selon laquelle «près du tiers de la population libanaise vit au-dessous du seuil de pauvreté?» En persistant à dire que «tout va pour le mieux sous notre ciel», M. Hariri nous ramène à l’esprit la célèbre réflexion émise jadis par Marie-Antoinette, face à des va-nu-pieds qui se plaignaient de manquer de pain: «Qu’ils mangent des biscuits». Rappelons que l’épouse de Louis XVI, prodigue et ennemie des réformes, se rendit impopulaire en poussant le roi à résister à la Révolution… Et mourut avec lui sur l’échafaud!

Edouard BASSIL.