POINT DE VUE
QUALIFIANT D’EXEMPLAIRE LE SCRUTIN DANS LA BEKAA
KHALIL HRAOUI:
“LE NOUVEAU CABINET DOIT RECONSIDERER SES PRIORITES ECONOMIQUES”
Nous avons tenu à le rencontrer après sa réélection à son bureau de la rue Badaro, pour un franc entretien sur les problèmes de l’heure. Considéré comme l’un des “héritiers politiques” de sa famille, M. Khalil Hraoui s’est affirmé en tant que parlementaire, quand il a été amené à présider l’importante commission des Finances au début de la précédente législature. A la question: “Le scrutin dans la Békaa aurait-il été entaché d’irrégularités, comme l’affirment des candidats auxquels la chance n’a pas souri?”, il répond: “Il n’y a eu ni irrégularités, ni fraudes d’aucune sorte. “Les plaintes sont chose courante de la part des candidats qui ne passent pas et crient au scandale. Je peux certifier que le scrutin dans la Békaa, en général et à Zahlé, en particulier, a été exemplaire, au double plan de l’organisation administrative, comme de la préservation des libertés publiques et démocratiques: “Preuve en est, qu’à part le cas du ministre Robert Ghanem, aucun autre candidat de cette circonscription n’a présenté au Conseil constitutionnel un recours d’invalidation. Quant au recours présenté par M. Ghanem, il a trait, surtout, au décompte des voix, plutôt qu’aux fraudes ou falsifications électorales proprement dites”.
CERTAINS DE NOS COLISTIERS ONT ETE COMBATTUS
- Des informations ont fait état de manœuvres électorales qui auraient été menées par certains de vos colistiers en l’occurrence le “Hezbollah”, pour régler des comptes politiques. Qu’en pensez-vous?
“C’est vrai. Des parties se sont livrées à des pratiques électorales en vue de barrer la route à certains de nos colistiers pour atteindre des objectifs politiques déterminés: Ceci est prouvé par le grand écart entre le nombre des électeurs au niveau du mohafazat et le nombre de voix recueillies par les candidats dans certaines régions. J’ignore, toutefois, si de telles pratiques visaient le président Rafic Hariri ou d’autres personnes”.
- Pourquoi vos cousins, les fils du chef de l’Etat, ne se sont-ils pas portés candidats et comment expliquez-vous le maintien de votre candidature à deux législatives successives?
“La famille politique au Liban en tant qu’institution et à l’instar de toute institution partisane, est souvent minée par des rivalités politiques. Ses membres se livrent à une concurrence serrée, afin de la représenter au parlement. Mais ces rivalités sont, généralement, résorbées de l’intérieur. “En 1992, nous n’étions pas parvenus à bout de ces tiraillements électoraux; aussi, mon cousin et moi-même nous sommes-nous portés candidats aux élections de 1992. “En 1996, certaines tentatives de rapprochement et de réconciliation ont été entreprises dont celle du président de la République. Ses efforts ont porté leur fruit et je me suis vu confier la tâche de représenter la famille au sein de l’Assemblée».
- Quelle a été la réaction de votre cousin?
«Tout à fait positive puisqu’il a appuyé ma candidature».
ALLIANCES ELECTORALES
- Pourquoi avez-vous refusé de révéler jusqu’au dernier moment vos alliances électorales?
«Si je n’ai pas voulu en parler, c’est tout simplement parce qu’elles ne se sont concrétisées que peu avant le scrutin».
- Qu’est-ce qui a dicté surtout le choix de vos alliés?
«J’étais soucieux d’épargner à la Békaa toute dissension ou conflit de nature à porter préjudice à la cause nationale. «Je me préparais en même temps, au cas où les alliances n’auraient pas aboutir, à envisager d’autres éventualités: telle celle de mener une véritable confrontation électorale avec ceux qui auraient refusé la coalition».
- A présent, en êtes-vous satisfait?
«Pas tout à fait. Je parle, bien sûr, du comportement de certains colistiers sur le terrain».
LE MEME PROGRAMME DE 92
- Quel est votre programme électoral pour les quatre années à venir?
«Je vais poursuivre le programme que j’avais entamé au début de mon mandat parlementaire en 1992 et dont je n’ai pu réaliser que le dixième. Cela est dû à l’éclatement des conflits d’intérêt, chaque fois qu’un mouvement de réforme était amorcé. J’ai essayé tout au long de mon mandat antérieur de militer en faveur de l’institutionnalisation du pouvoir et d’éviter toute personnalisation ou subjectivité dans son exercice. «J’ai essayé de rappeler au res-ponsable qu’il est lui-même engagé à travers un système enchevêtré d’institutions officielles, par une structure d’institutionnalisation du pouvoir qui devrait limiter, sinon annihiler toute tentative de personnalisation dans la gestion des affaires publiques».
RISQUE D’ESCALADE SUR LE TERRAIN
- Une certaine tension militaire a été perçue récemment dans la Békaa. Pensez-vous que tout conflit régional se répercuterait, négativement, sur la région que vous représentez?
«Il est évident que toute entrave aux négociations de paix au Proche-Orient se traduirait, négativement, sur le terrain. Ceci entraînerait une escalade verbale. “Si Israël entreprenait une opération militaire de grande envergure, celle-ci aurait des retombées dans la région de Baalbeck. La Békaa, serait, dans ce cas, la cible des pilonnages israéliens. “Pour cette raison, nous devons être extrêmement vigilants, mais je suis persuadé que les habitants de la Békaa, sauront affronter, unis et solidaires, les dangers qui les menacent.”
- Le Liban est-il prêt, au plan militaire, à affronter les agressions israéliennes?
“Je pense que le Liban avec les potentialités militaires et humaines dont il dispose, saura affronter en coopération avec les forces syriennes toute agression contre son territoire”.
COORDINATION ET SOLIDARITE LIBANO-SYRIENNES
- Etes-vous optimiste quant à l’aboutissement du processus de paix, notamment, sur le volet libano-israélien?
“A vrai dire, je ne m’attends à aucun progrès sur le volet libano-israélien, tant que le volet syro-israélien, ne progresse pas. D’ailleurs, le Liban officiel a souhaité coordonner, dès le départ, le volet de ses négociations bilatérales avec Israël, avec celui de la Syrie, en vue d’aboutir à une harmonie complète. “Le président de la République a affirmé, à plus d’une reprise, que le Liban sera le dernier Etat arabe à conclure un traité de paix avec l’Etat hébreu. Nous voyons ce qui se passe en Cisjordanie où tous les accords israélo-palestiniens ont été bafoués, suite au non-respect, par Israël, de ses engagements antérieurs. “Ceci doit faire réfléchir par deux fois le négociateur arabe, quant au sort à réserver aux traités signés avec Israël”.
ANOMALIES GOUVERNEMENTALES
- Avez-vous souscrit au programme des gouvernements Hariri?
“J’ai relevé plus d’une anomalie dans les options économiques du précédent gouvernement. J’ai soutenu dès 1992, que l’économie libanaise ne pouvait pas être bâtie exclusivement sur le transit, les services et le tourisme. Elle doit tendre à réhabiliter les secteurs industriel et agricole. “Ceci est valable en temps de paix; que serait-ce en temps de guerre, sinon d’instabilité sécuritaire et économique? “Je parle, bien entendu, du pro-gramme économique du gouver-nement formé en 1992. Heureu-sement, le second gouvernement Hariri a opéré un redressement, en incluant dans ses priorités la réhabilitation de l’industrie et de l’agriculture. “Je souhaite, aussi, que le nouveau Cabinet reconsidère ses priorités économiques, en accordant au secteur agricole toute l’attention qu’il mérite”.
N.S.