BILL CLINTON 43e PRESIDENT DES ETATS-UNIS
LES PONTS DE CLINTON BIS VERS LE XXIe SIECLE
Bill Clinton, le président qui franchira le XXIe siècle.
Bill Clinton, bis, décrié pour son sens de la fabulation, fustigé pour les scandales et affaires qui ont entaché son premier mandat, cloué au pilori pour les financements illicites de sa campagne électorale, voire sa malhonnêteté, franchit allègrement tous les barrages et tel un cheval au galop, prend d’assaut pour la seconde fois la Maison-Blanche où il a déjà ses quartiers et ses habitudes et aussi le petit monde de Little Rock où il avait été gouverneur. A ne pas oublier qu’il a 50 ans; incarne l’avenir et est le mieux placé pour jeter des ponts sur le XXIe siècle, comme il le dit si bien avec toujours cette étoile de marin qui est le rêve américain. En face de lui, il y a certes un héros, réminiscence de la Seconde Guerre mondiale, l’homme du passé qui s’est battu comme un lion à la veille du 5 novembre, visitant 15 Etats en 76 heures, engageant sa troisième et ultime bataille présidentielle à l’instar de celle qui l’avait mené en 1945 en Italie et qui lui avait paralysé un bras. Faut-il seulement savoir «baratiner» comme le fait si bien Clinton, dont la sincérité et l’intégrité sont mises en doute par bon nombre d’Américains qui iront quand même voter pour lui, pour présider aux destinées de la première puissance du monde? Ce serait trop simplifier les données. Et si les Américains votent pour Clinton, c’est parce qu’il n’a pas de challenger assez fort et qu’il leur convient quand même. Depuis qu’il est venu à la Maison-Blanche, l’économie s’est nettement mieux portée, elle a généré 10,5 millions d’emplois. La puissance des Etats-Unis s’est imposée à travers le monde et la paix a pris partout (pour ne pas dire la guerre) des couleurs américaines. Clinton se trouvait partout, là où il le fallait, quand il le fallait, au risque de donner des leçons à ses pairs qui pensaient pouvoir s’émanciper de sa tutelle. Mais attendez et vous verrez que la vie ne sourira plus tellement à Bill Clinton, une fois réélu, s’accordent à prédire Bob Dole et Ross Perot. N’oubliez pas le cas du président Nixon triomphalement élu en 1972 et contraint à la suite du scandale du Watergate de démissionner, deux ans plus tard, affirme Bob Dole. Et Ross Perot de surenchérir: «Nous allons tout droit vers un second Watergate. La crise constitutionnelle est pour 1997. «L’affaire Whitewater et le FBI gate, si elles n’ont pas pesé actuellement sur le choix des Américains, au cours d’une campagne sans suspense, ni surprise, la plus coûteuse jusqu’à ce jour (1,2 milliard de dollars) pourraient poursuivre Clinton lors de son second mandat et connaître des développements tels, sous l’instigation des républicains, qu’elles menaceraient son second quadrienat Le 5 novembre, les 200 millions d’inscrits n’étaient pas seulement invités à choisir les grands électeurs qui font les présidents, mais également à remplir les 435 sièges de la Chambre de représentants et à renouveler le tiers des sénateurs (34 sur 100). Un enjeu crucial pour les démocrates qui voudraient reprendre la majorité au sein des deux Chambres du Congrès dominé par les républicains.
Le ticket Dole-Kemp n’a pu séduire les Américains.
«FOUR MORE YEARS»
Mardi 5 novembre, jour J. Le destin des deux candidats est déjà scellé par tous les sondages qui se recoupaient et donnaient le président Clinton gagnant, malgré le resserrement de l’écart en fin de campagne entre les deux candidats. Clinton a remporté une large victoire dépassant son score de 1992 en obtenant plus de 50% des voix, tandis que Bob Dole en recueillait 42% et Ross Perot, du Parti de la réforme, en gagnait 8% restant bien en-deçà de ses résultats de 1992. La surprise est venue du grand Etat de Californie qui élit un des cinq grands électeurs et en a donné 54 à Clinton, lequel a pu réunir les voix de 377 grands électeurs (alors qu’il en faut 270 pour être élu) contre 135 à Bob Dole. Autre surprise: Clinton remporte les Etats de Floride et de Tennessee, traditionnellement républicains. Les femmes ont été les meilleurs supporters du président réélu: 54% lui ont donné leurs voix contre 37% à Dole.
Une victoire annoncée.
Les hommes se sont partagés, à parts égales, entre les deux candidats. 44% à chacun. Mais la surprise tant attendue, à savoir la reconquête par les démocrates du Sénat et de la Chambre des représentants, pris d’assaut par les républicains en novembre 1994, n’a pas eu lieu. Bien que les démocrates aient gagné quelques sièges de sénateurs, ils restent devancés par les républicains qui maintiennent ainsi, leur suprématie sur le Congrès, tandis que la Maison-Blanche reste le bastion des démocrates pour quatre années encore. Un second mandat pour un démocrate, c’est un exploit que Clinton réalise quarante ans après le président Roosevelt qui avait été réélu en 1936. Bill Clinton bis consolide son pouvoir qui demeure quand même rogné par les républicains, lesquels lui tiendront la dragée haute au Congrès. Les Américains ont, ainsi, choisi la stabilité et préféré peut-être avoir un pouvoir bicéphale, expression de la démocratie. William Jefferson Clinton dont les priorités iront lors de son second mandat à l’équilibre budgétaire (le déficit atteignant 1,6% du produit national brut), à l’éducation, à la poursuite de la croissance économique, à la lutte contre la criminalité, la défense de l’environnement) a savouré sa victoire à Little Rock dans l’Arkansas où 23 ans plus tôt, il avait sollicité l’appui du peuple pour entamer une carrière de gouverneur. Dans la nuit noire de monde, il est apparu aux côtés de son épouse Hillary, sa fille Chelsea, Al-Gore, Tipper et leurs quatre enfants, pour penser à tous ceux qu’il aime, son épouse qui lui a appris dès leur première rencontre qu’il «faut un village pour élever des enfants et construire une nation»; à sa fille qui lui a redit sa chance en remerciant Dieu d’être américaine, à sa mère à laquelle il a fait un clin d’œil au ciel, à tous ceux qui ont travaillé pour lui et qui servent l’Amérique. «Il n’y a pas de mots qui expriment la gratitude que je ressens ce soir. Le défis que nous relevons n’est ni républicain, ni démocrate. Il est américain. Cette victoire est la vôtre. Elle vous donne des chances et des responsabilités. Travaillons ensemble pour construire des ponts vers le XXIe siècle. God bless America». Les vivats accompagnent les feux d’artifice dans le ciel. L’émotion est intense. Ailleurs, Bob Dole ne s’estime pas défait. Il a mené la campagne des braves. Il s’est battu honorablement. A 73 ans, il a encore sa carrière mais surtout ses souvenirs.
Evelyne Massoud.