EDITORIAL

Par Melhem KARAM
Un homme fortuné de ce temps de guigne… parmi ceux qui ne savent défendre ni leur personne, ni leur mandat… ni leurs pairs assumant des responsabilités, a dit de ceux qui émettent une opinion: «Ce sont des gens excellents… n’était un défaut dont ils sont affligés: la manie de critiquer. Comme si on faisait grief au guerrier de combattre, serait-ce avec son épée, les hordes des Kataëb… Et ces Kataëb ne sont pas, naturellement, ceux de cheikh Pierre! Ils critiquent? Tout d’abord, la critique, tout le monde le sait, ne consiste pas à dénoncer les travers d’une personne ou les imperfections d’un acte et d’une production. Mais à relever le beau et le laid dans une action ou une création. Sinon, les paroles s’inscrivent dans la case de l’outrage et de la diffamtion, lesquels tombent sous le coup du Code pénal et de la loi sur les imprimés… Qui peut observer ce qui se passe chez nous sans critiquer, après l’extension de la marge de la laideur et du rétrécissement de la marge de la beauté? Ils critiquent? Qui peut ne pas critiquer une mauvaise administration? Qui peut croire que des averses tombées le matin d’une journée automnale, peuvent balayer les efforts de la technologie, au point de perturber le trafic; de noyer les gens et leurs voitures dans les rues transformées en torrents? Qui peut voir cela sans critiquer? Qui peut voir l’argent volé sous la barbe du ministre des Finances sans émettre des critiques? Et voir le poison nous engloutir à travers les douanes, sans critiquer, alors que les déchets toxiques sont devenus un sujet de conversation courante? Que se passera-t-il, en définitive? Ceci n’est pas important, mais de savoir que ces faits se sont produits. Si nous vivions dans un pays où s’applique la règle de la récompense et du châtiment, nous tiendrions un autre langage. Malheureusement, nous sommes dans un pays où l’intervention partisane, communautaire, politique et sectaire s’exerce sur une large échelle. Les faits mentionnés ont eu lieu et cela signifie que leurs auteurs font fi de l’ordre et de ceux qui sont chargés de l’appliquer. Si les révolutionnaires basques tenaient compte du pouvoir à Paris, ils ne bougeraient pas. Si les islamistes prenaient en considération le pouvoir d’Alger, ils renonceraient aux armes et participeraient aux rencontres de l’entente politique. Et si ceux qui sévissent en Amérique redoutaient l’Autorité, ils cesseraient de la défier. Enfin, si les importateurs de déchets mortels éprouvaient des difficultés à les amener jusqu’à chez nous, prendraient-ils la peine de s’adresser au ministère de l’Environnement? N’était le peu de cas qu’ils tiennent du pouvoir et de ceux qui l’exercent, ils n’auraient pas accompli leur forfait. Leur comportement prouve qu’ils minimisent d’abord le contrôle; ensuite, le châtiment. Sinon les infractions auraient été accaparés par les «amateurs» qui se complaisent dans le crime. Passera-t-on tout cela sous silence? Il ne faut pas fermer l’œil sur toute anomalie. Ni faire fi du sultan, en considérant tout forfait comme un besoin, surtout en l’absence de quiconque est habilité à châtier. Après cela, peut-on se plaindre de la critique et blâmer les critiqueurs? Ce qui se dit des individus, s’applique aux Etats. Si Israël savait que la communauté internationale allait lui réclamer des comptes, il n’aurait pas agi de la sorte. Depuis sa création et jusqu’à ce jour. L’Etat hébreu a été créé par le fait accompli, lequel devait être légalisé à commencer par les deux grands: Washington et Moscou. Aujourd’hui, la situation diffère. Moscou ressemble à Washington dans bien des choses. Sans que Washington ignore l’aspiration de l’âme russe à revenir à la situation d’avant 1985; avant la perestroïka et la glasnost. La Russie et l’Europe admettent la priorité de l’initiative américaine en Orient. Auraient-elles œuvré aux dépens de leur priorité, si elles pouvaient en sortir? C’est le pragmatisme du siècle; un pragmatisme poussant à tolérer ce qui existe, jusqu’à ce que se réalise ce à quoi on aspire. La France a accompli un pas franc et courageux. Tout en sachant que l’Europe ne la suivrait pas, ni la Russie. La question d’Orient a changé. De même que l’équilibre des forces entre les héritiers de l’homme malade. Depuis lors, des gens ont disparu de la scène et d’autres sont apparus et l’homme malade n’est plus le même. Autrefois, il était l’Etat ottoman et est devenu, aujourd’hui, le Proche-Orient. Pas de paix en Orient. Il y a donc une guerre, car il existe un refus israélien du principe de la paix. Naturellement, une guerre pareille aux guerres précédentes, n’est plus possible. Cependant, la violence et le terrorime peuvent se manifester sous différentes formes. L’important est que l’angoisse et la perplexité persistent, à travers lesquelles la violence et le terrorisme peuvent s’infiltrer. Ni récompense, ni châtiment. C’est pourquoi, la scène s’élargit pour contenir les protagonistes, jusqu’à passer par celui qui réclame des comptes mais est incapable de les juger, parce que sa main ne peut les atteindre. Ils critiquent? Quelle est la manière d’agir du pouvoir? Celui qui blâme les critiqueurs, ne voit-il pas ce qui a accompagné la formation du nouveau Cabinet? Comment le Liban est devenu, une fois encore, une société divisée en parts? Et comment chaque président convoite les maroquins qu’il désire accorder à sa coterie? Etant entendu qu’il s’agit d’un désir de réaliser un acquis caché à longue échéance, à travers un partage proche et à découvert. Le niveau du pouvoir doit être critiqué, au départ. On doit rectifier son cours pour avoir des gens aptes à considérer les concepts comme ceux qui aspirent aux acquis considèrent les principes. Ils critiquent? La société où l’encre de la critique tarit… est une société ayant brisé sa plume et jeté le contenu de l’encrier dans le premier ruisseau. Et c’est ce que nous ne ferons pas au Liban.