LES EVENEMENTS DE LA SEMAINE

Officiellement, la route de Damas était fermée jusqu’à la formation du nouveau Cabinet Hariri. Cependant, le président du Conseil désigné reprenait mardi le chemin de la capitale syrienne, à l’heure où il devait conférer avec le chef de l’Etat, pour aplanir les obstacles retardant la mise sur pied de la nouvelle équipe ministérielle. Un accord serait intervenu, dit-on, sur les noms des ministres, mais non sur la répartition des maroquins...

PIETRE MISE EN SCENE POUR THEATRE DE BOULEVARD...

Un dignitaire religieux chiite, l’imam Mohamed Mahdi Chamseddine, en général tendre pour le Pouvoir, souhaite la formation d’un gouvernement “à la hauteur des dangers qui menacent le Liban dans la phase actuelle”. Tout en émettant le souhait que la nouvelle législature soit plus performante que la précédente et adopte des lois susceptibles d’améliorer le niveau de vie du peuple libanais”. De son côté, à son retour des Etats Unis, un membre de l’Assemblée nationale nouvellement élu, en l’occurrence Issam Farès, s’est posé un certain nombre de questions judicieuses dont les suivantes” “Où en est-on de l’Etat des institutions; de la situation sociale et pourquoi le tiers des Libanais vivent-ils sous le seuil de pauvreté?”. Le parlementaire nordiste a souligné “la nécessité d’adopter une nouvelle mentalité pour éviter que le temple s’écroule sur nos têtes” (sic)... A-t-on besoin de rappeler les appels d’autres chefs spirituels, (dont le cardinal Sfeir) et hommes politiques qui engagent les gouvernants à changer de politique et, surtout, à mettre sur pied un gouvernement d’entente ou de salut public, capable de prémunir les citoyens contre toutes les menaces et, aussi, d’améliorer leurs conditions de vie et de travail? La nouvelle équipe ministérielle répondra-t-elle, réellement, aux impératifs de l’heure, aux besoins du peuple et à ses aspirations? On peut en douter en assistant aux tractations précédant la formation de cette équipe et à la mise en scène sur base de laquelle est jouée cette comédie de... boulevard! Pendant près d’une semaine, les pôles du Pouvoir se sont “boudés” et tout contact a été rompu entre Baabda et Koraytem. Il a fallu l’action des “médiateurs” agissant, vraisemblablement, sur l’ordre des “décideurs” pour rétablir le dialogue entre les chefs de l’Etat et du gouvernement désigné... En les voyant échanger une poignée de main, lundi dernier ils paraissaient décontractés. “Ce fut une rencontre constructive ayant permis une franche explication autour du problème gouvernemental”, devait, d’ailleurs, déclarer le Premier ministre. Cependant, la coterie de ce dernier insinuait que “tous les obstacles retardant la formation du troisième Cabinet Hariri, n’avaient pas été aplanis” et qu’un nouvel entretien devait suivre dans les 24 heures...” Quant aux sources proches du palais de Baabda, elles rapportaient des propos traduisant le souci du chef de l’Etat de voir installer au Sérail une “équipe d’union nationale”. Le chef du Législatif insistait, quant à lui, sur un Cabinet “représentatif de tous les courants de l’Assemblée”... alors que le président du Conseil désigné continuait à plaider en faveur d’une équipe de travail homogène”, donc pareille à la précédente... “Bonnet blanc, blanc bonnet”! M. Hariri, comme on le constate, ne se laisse pas fléchir et tient à être le “maître à bord”, en s’entourant de ministres qui lui sont entièrement acquis. Il s’est rendu à Damas pour s’en entretenir avec les responsables syriens... Non, vraiment, ce ne sont pas quatre nouvelles figures siégeant au Conseil des ministres, qui changeront quoi que ce soit à la situation et sortiront le pays de l’ornière...

Clinton réélu (mais le Congrès reste républicain). Eltsine opéré. Benazir Bhuto (notre photo) destituée. Une force “neutre” ou “multinationale” est proposée pour le Zaïre par le sommet de Nairobi ou examinée par le Conseil de Sécurité à la demande du sommet franco-espagnol de Marseille. Au Liban, on attend non sans scepticisme et déception le nouveau gouvernement, alors que l’Assemblée des prélats maronites, siégeant sous la présidence du cardinal Sfeir (parti, ensuite, pour le Vatican), dénonce la mauvaise application de l’accord de Taëf.

A L’ECOUTE DU MONDE DANS L’ATTENTE DU NOUVEAU CABINET

Il y a des jours où le monde «bouge» plus qu’un autre. Cela se manifeste, pour les mass médias par l’afflux, dans les salles de rédaction, de nouvelles tellement importantes que les quotidiens ont l’embarras dans le choix des manchettes. Ainsi, mardi matin quatre infor-mations d’égal intérêt figuraient en tête des bulletins radiophoniques et télévisés. Boris Eltsine - après avoir trans-mis, provisoirement, tous ses pou-voirs à Victor Tchernomyrdine - était admis dans une clinique de Moscou pour y subir un triple pontage coronarien, sous la supervision du célèbre chirurgien Debakay (Daba-ghi) d’origine libanaise. Dans le même temps, on apprenait la destitution de Benazir Bhutto, Premier ministre du Pakistan, qui avait mis, une fois de plus, tout le monde contre elle… Le chef de l’Etat pakistanais semble avoir été contraint de la limoger, pour prévenir un vaste mouvement populaire que quatorze partis d’opposition se proposaient de déclencher avant le 10 novembre, en signe de protestation «contre la corruption et le clientélisme». Soit dit en passant, le chef du gouvernement destitué avait nommé, dernièrement, son mari au poste de ministre des Investissements, ayant la haute main sur les fonds publics, dont l’affection devait, forcément, se faire selon le bon plaisir et avec l’assentiment de son épouse… Autre sujet de manchette: la situation tragique à l’est du Zaïre, plus exactement à la frontière séparant ce pays du Rwanda où des troubles graves ont contraint un million de personnes à prendre le chemin de l’exode. Les conditions de vie de ces réfugiés sont d’autant plus catastro-phiques, que les organismes humani-taires se trouvent dans l’impossibilité de leur acheminer les secours. Le Conseil de Sécurité s’est ému, comme d’habitude, un peu tard et envisageait mardi de dépêcher une «force de paix» pour éteindre ce foyer de tension. Une proposition en ce sens avait été formulée par le sommet franco-espagnol ayant tenu ses assises au début de la semaine à Marseille. En même temps, une conférence consacrée à la crise zairoise siégeait à Nairobi, en l’absence du principal Etat concerné, dont le président (Mobutu) passe sa convalescence à Nice, après avoir subi une intervention chirurgi-cale en Suisse et doit rentrer inces-samment dans sa capitale. Enfin, autre sujet de premier ordre: les élections présidentielles américaines qui allaient se dérouler ce jour-là, les derniers sondages donnant le président Clinton gagnant, tout en signalant le resserrement de ses chances face à Bob Dole. Pendant ce temps, on en était encore chez nous à discutailler autour du partage du «camembert», les «fromagistes» - on sait lesquels - se distinguant de plus en plus par leur insatiable appétit et leur férocité… Pendant qu’une mise en scène cousue de fil blanc déroulait ses péripéties rocambolesques avant le baisser du rideau!

Après les tournées proche-orientales de Chirac, Primakov et Rifkind, les présidents syrien et égyptien se sont rencontrés lundi à Damas (notre photo). Le chef de l’Etat syrien a évoqué une éventuelle opération militaire insraélienne contre le Liban et la Syrie. Le Raïs a, quant à lui, jugé la situation de “très grave” et réaffirmé la nécessité, pour l’Etat hébreu, d’appliquer les accords conclus.

APPREHENSION SYRO-EGYPTIENNE D’UNE EVENTUELLE ATTAQUE D’ISRAEL…

Les bruits de botte sur les hauteurs du Golan ne se sont pas tout à fait estompés, à en croire un confrère parisien (Le Nouvel Observateur), qui prête aux «faucons» israéliens l’intention de déclencher une «guerre limitée» contre la Syrie et les Palestiniens… à l’effet de se désengager d’obligations découlant du processus de paix, si ce dernier venait à aboutir. C’est, du moins, ce que les conseillers de Benjamin Netanyahu lui recommandent de faire, et ceci explique son comportement ambigu. En effet, le chef du gouvernement israélien prétend œuvrer en faveur de la paix et rejette la responsabilité du retard mis à l’instaurer au Proche-Orient sur la partie arabe. Après son entretien avec M. Primakov, son homologue russe, David Lévy, chef de la diplomatie israélienne, a insisté sur «la nécessité de relancer les négociations de paix et de les sortir de l’impasse le plus rapidement possible». Mais dans le même temps, les dirigeants de l’Etat hébreu continuent à tergiverser pour en bloquer le processus. Preuve en est qu’ils prêtent une oreille sourde à toute proposition susceptible de régler le problème de Hébron… où le maintien de quelques dizaines de colons juifs, au milieu d’une population palestinienne beaucoup plus nombreuse, constitue une «bombe à retardement» pouvant exploser au moindre incident entre deux collectivités hostiles l’une à l’autre. Les gouvernants israéliens (du Likoud) paraissent déterminés à entretenir la tension à Hébron, afin d’en prendre prétexte pour ne pas retirer «Tsahal»… Le coordonnateur US, Dennis Ross, a pu toucher du doigt la mauvaise volonté de Tel-Aviv à ce sujet. Aussi, est-il rentré la semaine dernière à Washington, après avoir désespéré de faire entendre raison à ses interlocuteurs sionistes. M. Primakov a affirmé, jeudi dernier, après son entretien avec Netanyahu et Lévy, avoir reçu des assurances «qu’Israël respecterait ses engagements, en procédant au redéploiement de ses troupes à Hébron»… Le ministre russe des Affaires étrangères a fait retomber, implicitement, sur Tel-Aviv la responsabilité du blocage du processus de paix, en disant que ce dernier est bloqué «depuis l’arrivée au pouvoir de la droite nationaliste en Israël». Il a ajouté: «Il est clair qu’il ne peut y avoir de progrès dans le processus de paix, si toutes les parties ne respectent pas les principes définis par la conférence de Madrid, dont celui de la terre contre la paix et l’accord d’Oslo… Ce à quoi le «tombeur de Pérès», ne veut pas souscrire. Aux dernières nouvelles, Dennis Ross reviendrait incessamment au P.O. aux fins de reprendre sa médiation entre Arabes et Israéliens et, probablement, pour préparer un nouveau périple proche-oriental du secrétaire d’Etat US. La nouvelle tournée de Warren Christopher pourrait s’avérer, cette fois, fructueuse, surtout si après sa réélection, le président Bill Clinton - enfin affranchi des pressions du lobby juif - décidait de forcer la main aux extrémistes du Likoud, pour les amener à faciliter le règlement d’un conflit qui a trop duré. D’autant que la Russie, par la voix de son ministre des Affaires étrangères, se dit prête «à multiplier les efforts pour remettre le processus de paix sur les rails, sans chercher à être en compétition avec les Etats-Unis».

ECHOS ET REFLEXIONS

«MARCHE» DE PROTESTATION…

Les manifestations étant interdites par la loi, les Zahliotes - plus malins que la CGTL - l’ont contournée. Comment? Au lieu d’une manifestation en bonne et due forme, ils ont organisé lundi une «marche de protestation» contre la mévente de leurs récoltes, la hausse du prix du mazout et le relèvement des tarifs des communications téléphoniques. Les «marcheurs» avaient à leur tête un homme de religion, en l’occurrence l’évêque melkite de la ville, et un député… loyaliste, celui-ci s’étant comporté en opposant. Puisqu’il a harangué la foule en termes «révolutionnaires», lui demandant «de ne pas acquitter les factures du téléphone». Ne serait-ce pas une incitation à la désobéissance civile? Ce mouvement protestataire ayant rassemblé des centaines de citoyens, est d’autant plus significatif qu’il a eu lieu dans la capitale de la Békaa, qui n’est autre que la ville natale du président de la République. La «marche de protestation» ne s’étant déroulée ni à Tripoli, ni à Saida à l’initiative du président Omar Karamé ou de Moustapha Saad, encore moins de la CGTL, les responsables ne peuvent alléguer qu’il s’agit «d’une action séditieuse de la part de leurs détracteurs»… Fait encore plus étrange: l’administrateur de la Békaa s’est adressé aux «marcheurs» en ces termes: «Je me tiens à vos côtés et j’appuie vos doléances que je transmettrai au gouvernement». Pourvu que le président du Conseil (désigné) ne s’en formalise pas - car il continue à soutenir que «tout va pour le mieux chez nous» - et déverse son excès de bile sur le pauvre mohafez… Comme ce fut le cas, naguère, d’un de ses prédécesseurs qui avait été limogé «pour n’avoir pas empêché une catastrophe de neige»…

Edouard BASSIL.