POINT DE VUE

QUALIFIANT D’IRREALISTE LE BOYCOTTAGE DES LEGISLATIVES

GEBRANE TOK:

“LE NOUVEAU CABINET DOIT ETRE UNE EQUIPE DE TRAVAIL HOMOGENE”

Il revient en force au parlement après quatre années d’éclipse, pour avoir rejoint les boycotteurs du scrutin en 1992, bien qu’il n’était pas convaincu de la justesse de leur décision. Aussi, a-t-il posé sa candidature aux législatives de 1996 qui, à son avis, ont apporté bien des éléments positifs, de nature à réactiver le processus de la paix civile. M. Gebrane Tok, député de Bécharré, estime que la situation a changé. “Les chrétiens sont tenus de le reconnaître. Nous ne pouvons vivre seuls, isolés de notre environnement, comme des conjonctures régionale et internationale”. En ce qui concerne ses colistiers de la “liste nationale pour le développement et le changement”, le parlementaire nordiste indique qu’il œuvrera en leur compagnie en tant que bloc homogène, “tout en restant à égale distance de tous les groupes de l’Assemblée”.

LE BOYCOTTAGE DE 92 N’A RIEN DONNE

Justifiant son boycott des élections en 1992, M. Tok juge “qu’il est préférable pour un homme politique de rester proche de sa base populaire.” Et d’ajouter: “Les circonstances étaient différentes aux législatives de 96, les citoyens ayant touché du doigt l’inanité du boycottage, d’autant que ceux qui y ont appelé ne disposaient pas d’un programme de travail pour le concrétiser sur le terrain, jouissant d’un appui au triple plan local, régional et international”. Cependant, il reconnaît que la législature issue des élections de 92 manquait de légitimité populaire, 14 pour cent seulement des électeurs s’étant rendus aux urnes. “Il n’en était pas de même en 1996, poursuit-il. Constatant que la participation au scrutin sera bonne, j’ai résolu de poser ma candidature, partant de l’idée qu’il est préférable d’agir de l’intérieur de l’Assemblée. Les élections au Liban-Nord ont été acceptables, bien qu’entachées de lacunes inhérentes à toute consultation populaire. Cependant, elles ont apporté des éléments positifs susceptibles de réactiver le processus de la paix civile”. En réponse à une question, notre interlocuteur dit qu’il s’attendait aux résultats du scrutin “et mieux encore si je n’avais pas fait l’objet d’une cabale de certains moyens d’information connus... Quoi qu’il en soit, le peuple avec lequel j’ai maintenu le contact en permanence, ne pouvait pas me décevoir. Je souhaite être à la hauteur de sa confiance et pouvoir assumer la responsabilité qui m’incombe”.

IL NOUS FAUT AGIR A PARTIR DE DONNEES NOUVELLES

- Comptez-vous défendre au parlement les mêmes principes qui vous avaient incité à boycotter les législatives en 1992?

“J’ai précisé au début de l’entretien, que j’avais boycotté le scrutin pour répondre au désir des citoyens. Pour suivre, aussi, le courant qui sévissait alors, et qui ne correspondait pas à mes convictions personnelles. Jusqu’à ce jour, j’ignore les objectifs visés par les boycotteurs. C’est pourquoi, je soutiens que quiconque s’engage sur le plan de l’action publique, doit opter pour le réalisme. Maintenant, la situation a changé et les chrétiens sont appelés à l’admettre. “Nous devons réaliser que nous ne pouvons vivre isolés, sans prendre en considération la conjoncture régionale et internationale. Les “symboles” vivant en dehors du Liban ont leurs raisons, mais ils n’ont pas élaboré un programme déterminé, sur base duquel ils auraient fait de l’opposition. Aussi, ont-ils adopté des positions négatives et irréalistes. “Nous devons voir la situation à travers des données et une mentalité nouvelles, car nous avons payé cher des prises de position hâtives”.

- Pensez-vous qu’ils auraient dû participer aux législatives?

“Tel est mon avis et s’ils l’avaient fait, les résultats du scrutin auraient changé. Des visages plus représentatifs de la fraction chrétienne auraient accédé au parlement. Ils ont boycotté les élections; qu’ils nous disent, à présent, ce qu’ils comptent faire”.

A EGALE DISTANCE DE TOUS LES BLOCS PARLEMENTAIRES

- Quelle est votre position envers les alliances parlementaires, d’autant que vous vous réclamiez, précédemment, d’un bloc indépendant?

“J’ai participé aux législatives en tant que membre de la “liste nationale pour le développement et le changement”. Je me suis engagé avec mes collègues à œuvrer au sein et en-dehors de l’Assemblée, en restant à égale distance des autres groupes parlementaires, dans l’intérêt de notre circonscription et du Liban”.

- D’aucuns disent que les élections ont été dans l’intérêt du président Rafic Hariri qui s’est assuré une majorité confortable sous l’hémicycle. Qu’en pensez-vous?

“Je ne crois pas que telle est la réalité. En ce qui concerne le président Hariri, sa présence est nécessaire. Nul n’est bon ni mauvais dans l’absolu. M. Hariri et son gouvernement ont accompli des réalisations importantes et il a agi en homme d’Etat lors de l’agression israélienne d’avril dernier.

RESTONS SOLIDAIRES

“Actuellement, le pays traverse une étape transitoire après une longue épreuve ayant laissé des séquelles sur le plan économique. Il va sans dire que nous avons besoin de reconstruire notre pays, à commencer par les infrastructures. Ceci exige beaucoup d’argent, alors que le budget de l’Etat est affligé d’un grand déficit qu’il importe de combler. C’est pourquoi, il nous faut rester solidaires et renoncer à tout ce qui sème le doute dans les esprits à propos de la situation financière. “Cela ne veut pas dire que j’approuve toutes les priorités. Le citoyen a besoin qu’on s’occupe davantage de lui, qu’on se penche sur ses problèmes pour leur trouver les solutions adéquates. Le président Hariri devrait reconsidérer son ordre des priorités pour tenter d’améliorer les conditions sociales des citoyens à revenu limité, des ouvriers et des agriculteurs. Il serait de bonne politique d’accorder parfois plus d’attention à l’être humain qu’à la pierre”.

L’OPPOSITION DE L’EXTERIEUR ET DE L’INTERIEUR

- Le Cabinet sortant semble devoir être maintenu à quelques variantes près. Etes-vous satisfait de la façon d’agir du gouvernement, surtout sa manière de traiter avec le peuple et l’opposition?

“Aucun gouvernement ne peut avoir raison sur toute la ligne. J’admets qu’il a accompli des réalisations valables et d’autres qui le sont moins. “Quant à l’opposition, son attitude restera saine tant qu’elle se propose d’inviter les opposants de l’extérieur à réintégrer le pays pour exercer leur rôle politique. En ce qui concerne les conditions que ceux-ci posent pour leur retour: retrait israélien et redéploiement de l’armée syrienne, elles me semblent difficiles à satisfaire pour le moment”.

- Et qu’en est-il de l’opposition de l’intérieur?

“Elle a raison dans plus d’un domaine, d’autant que sans elle le système démocratique ne peut fonctionner normalement. Il ne fait pas de doute que la marge de manœuvre de l’opposition est limitée à l’intérieur du pays et c’est une anomalie qu’il importe de rectifier. “Puis, nous vivons aujourd’hui à l’ombre d’une situation régionale extrêmement difficile, suite à l’accès de Benjamin Netanyahu au pouvoir en Israël, lequel fait fi des accords conclus au plan de la région, tout en défiant l’Amérique. Ceci exige de nous de rester unis et solidaires pour faire face à toutes les éventualités”.

POURQUOI RETARDER LES ELECTIONS MUNICIPALES?

- Quatre opérations électorales ont été organisées depuis 1992, sans qu’elles perturbent la paix interne. Pourquoi, à votre avis, l’Etat tarde-t-il à organiser les élections municipales?

“Je place cela dans la case des faits négatifs, car rien ne justifie le retard à renouveler les municipalités. Ceci dénote une peur de quelque chose de déterminé de la part des responsables. “A mon avis, les élections municipales devraient se dérouler le plus rapidement possible, sur la base du plan électoral”. Enfin, à la question: Comment concevez-vous le nouveau Cabinet? M. Tok répond: “Il doit constituer une équipe de travail homogène, car il a du pain sur la planche. Il ne pourra pas faire œuvre utile sans un esprit d’entente et loin des susceptibilités et des tractations”.

(Propos recueillis par Georges el-Hachem)