A L’ORDRE DU JOUR
ACCUEILLI DANS L’INDIFFERENCE GENERALE
LE TROISIEME CABINET HARIRI POURRA-T-IL REGLER LES MULTIPLES PROBLEMES AUXQUELS IL EST CONFRONTE?
La photo officielle du nouveau Cabinet.
Le lundi 11 novembre à midi la nouvelle équipe gouvernementale a posé pour la photo traditionnelle au palais présidentiel de Baabda. Les 29 entourant le chef de l’Etat, le président de la Chambre et le Premier ministre ont posé sur les marches du palais, pour la postérité. Le citoyen, pour sa part, a posé un regard indifférent et plutôt blasé sur ce cliché. La nature des conciliabules, tiraille-ments voire même des marchandages et tractations ayant accompagné la formation du troisième cabinet Hariri, lui ont fait perdre, en quelque sorte ses dernières illusions. Si les membres de la “troïka” qui veillent aux destinées de ce pays voulaient bien prêter une oreille plus attentive aux propos de la masse, ils en seraient si peu flattés. Le peuple ne mache pas ses mots et porte un jugement critique et sévère à l’encontre de ceux qui le dirigent et sur leur aptitude à répondre aux souhaits et aspirations de la nation et de ses fils. D’où cette question que chacun se pose: ce cabinet sera-t-il différent des précédents, parviendra-t-il à faire face aux multiples problèmes et défis de la conjoncture autant locale que régionale? Quelles seront ses priorités d’action? Saura-t-il surmonter ses propres contradictions internes? L’avenir le dira.
UN MINUTIEUX ET PENIBLE DOSAGE DE QUOTE-PART
La naissance de ce gouvernement ne fut pas aisée. Près de quinze jours de tractations! Non que l’on recherchait la formule idéale en choisissant “the right man in the right place”, mais à cause d’un minutieux et pénible dosage de la quote-part de chacun des membres de la troïka et de l’ambition démesurée du Premier ministre à vouloir former une équipe qui lui soit fidèle à part entière, tel un conseil d’administration. Hariri, on le sait, a une préférence pour la “monochromie” en se targuant de surcroît de vouloir suivre la voie des grandes démocraties de ce monde. Mais il oublie que lorsque John Major ou Alain Juppé forment leur gouvernement, ils se basent sur le parti ou le courant qui ont obtenu la majorité aux législatives et non sur leurs affinités personnelles. Le jour, où, au Liban nos législatives se feront sur la base de partis politiques et qu’une majorité s’en dégagera, on pourra suivre l’exemple de la France ou de la Grande-Bretagne. Pour l’heure, nous sortons d’une longue épreuve et l’on doit admettre le principe d’un Cabinet d’entente nationale. Mais ce n’est pas là que le bât blesse, mais bien plus dans le partage des quotes-parts. Tant et si bien que lorsque le gouvernement est annoncé, on ne dira pas: tel ministre a été choisi pour sa compétence professionnelle, mais parce qu’il est proche de Hariri, de Berri, ou de Hraoui. Sachant, bien entendu, que les 30 ont tous reçu la bénédiction fraternelle! Ainsi va la démocratie, dans notre pays!
SEPT NOUVEAUX MINISTRES
Pour cette 3ème édition “haririenne” revue et corrigée, 17 portefeuilles dont les plus importants, ont gardé leurs titulaires: Les Finances, l’Intérieur, les Affaires étrangères, la Défense, la Justice, les Déplacés, l’Agriculture, le Travail, les Ressources hydrauliques et électriques, le Pétrole et l’Industrie, le Trans-port, le Tourisme, l’Habitat et les Coopératives, les Affaires rurales et municipales, l’Economie et les Travaux publics et le ministère d’Etat pour les affaires financières. Par ailleurs, sept personnes sont nommées ministres pour la première fois: Bassem Sabeh à l’Information, Faouzi Hobeiche à la Culture et l’Enseignement supérieur, Akram Chéhayeb pour l’Environnement, Farouk Barbir pour l’Enseignement technique et professionnel, Ayoub Hmayed aux Affaires sociales, Elias Hanna et Ghazi Seifeddine, ministres d’Etat. Les six autres ministres étaient soit dans le précédent cabinet Hariri ou dans d’autres formations gouvernementales et sont à nouveau dans la présente équipe. Parmi ceux qui ont perdu leur portefeuille: le ministre de la Santé Marwan Hamadé, ce que l’on ne s’explique pas; le ministre de l’Education nationale Robert Ghanem et le ministre de l’Information Farid Makari. A noter aussi que le cabinet est formé dans sa quasi totalité de parlementaires; trois ministres, en tout, ayant été choisis de l’extérieur de l’hémicycle. Lundi 11, après la photo-souvenir, le Conseil des ministres a tenu sa première réunion au palais présidentiel de Baabda au cours de laquelle, a été formé le comité chargé de rédiger la déclaration ministérielle. Présidé par le vice-Premier ministre et ministre de l’Intérieur Michel Murr, ce comité comprend les ministres: Bouez, Tabbarah, Salem, Barsoumian, Chéhayeb et Sabeh.
DES PROBLEMES ET DEFIS MULTIPLES
En souhaitant pleine chance au nouveau cabinet Hariri, le président de la République M. Elias Hraoui, s’est longuement attardé sur la tâche qui l’attend, surtout au niveau des problèmes socio-économiques. De fait, en faisant un rapide tour d’horizon de la situation du pays, on réalise l’étendue des problèmes auxquels la présente équipe est confrontée. Il y a, tout d’abord la question vitale de la Liberté. Le dossier des médias audiovisuels n’est pas encore clos et peut-on espérer qu’il sera réétudié de sorte à préserver le principe sacro-saint de la liberté d’information au Liban? Un autre dossier chaud: celui de l’Enseignement supérieur, suite à la décision incompréhensible du précédent cabinet de fermer les sections II de l’Université libanaise. Le nouveau ministre Faouzi Hobeiche parviendra-t-il à trouver la solution adéquate à cette question dont dépend l’avenir de centaines d’étudiants et la conception même de l’Université nationale? Sachant aussi que Hobeiche devra résoudre le problème de la titularisation des professeurs non cadrés de l’U.L. La corruption de l’administration est un mal incurable qui ronge le pays, impunément. Preuve en est que le scandale ayant secoué les finances avec la volatilisation de 43 milliards de L.L. n’a pas ébranlé le moins du monde le titulaire du portefeuille et M. Sanioura est immuable. Avec chaque nouveau cabinet, on parle de réforme administrative, de lutte contre le clientélisme et la corruption qui y sévissent au grand jour, mais en vain! En sera-t-il de même cette fois encore? Quant aux problèmes socio-économiques et de vie au quotidien, ils sont trop nombreux pour en faire l’inventaire. La C.G.T.L. va bouger, immanquablement et les enseignants ont déjà lancé un appel pour une grève préventive. Au-delà des belles paroles et promesses auxquelles on a droit dans la déclaration ministérielle, on voudrait savoir, dans les faits réels, quelle sera la politique gouvernementale sur le plan social et, surtout, si M. Hariri et son équipe sont disposés à accorder aux dossiers socio-économiques un ordre de priorité par rapport à la reconstruction. Reste le dossier proche-oriental et le processus de paix, mais là non plus, le Liban n’est pas libre de sa décision... La tâche et les défis qui attendent ce 3ème cabinet “haririen”, sont multiples et bien lourds. Saura-t-il répondre à l’attente de la nation et de ses fils?
NELLY HELOU.