EDITORIAL

Par Melhem KARAM

DIFFEREND SUR LES PRINCIPES... ET SUR LE PROBLEME QUOTIDIEN

Ouf! Enfin, le troisième Cabinet Hariri a été formé. Le gouvernement, Rafic Hariri le veut ainsi. Qu’il obtienne ce qu’il veut! Pourtant, ce qu’il veut, l’expose à rendre des comptes. Et cela est la pire corvée pour son tempérament. Il veut présider les gouver-nements avec la mentalité de celui qui dit: «Moi… ou personne d’autre». Il veut assumer le pouvoir seul et, s’il le peut, sans partenaire, en décidant et en négociant seul, «quel qu’en soit le prix». Il a voulu un Cabinet haririen. Naturellement, en sauvegardant les droits des gens. Qu’on laisse donc à ces derniers toute latitude de dire à son sujet tout ce qu’ils désirent; de critiquer et de réclamer des comptes… Qu’ils formulent des griefs à propos du gouvernant, d’autant qu’ils sont persuadés de Ne pouvoir rien en prendre. La question est devenue d’actualité. Ce gouvernement était devenu une idée et un souhait durant les élections législatives. Depuis lors, on a évoqué des noms, en se souciant d’assurer la victoire à ceux dont les noms étaient inscrits dans la case des élus. Comme s’il s’agissait d’un hasard. Des noms se sont éclipsés parmi ceux qu’accompagnait le rêve. Pourtant, le fait pour les trois présidents d’insister sur ces noms, était pareil à la certitude et davantage. C’est pourquoi, ce fut la naissance d’un gouvernement au moyen de la césarienne, comme si ce gouvernement nécessitait une telle naissance! Ici, une question se pose: Que signifie un ministre d’Etat? Les ouvrages de droit constitutionnel et les traditions disent que c’est une personne à laquelle on fait appel pour consolider la position du gouvernement, au double plan moral et populaire ou du point de vue de la valeur et de la confiance. Au préalable, le ministre d’Etat aura enregistré une position nationale tranchante.. Ou en assumant ses charges, il agit sur base des conceptions et des principes, à la manière de personnes inspirées ou des grands gouvernants. En 1956, le président Camille Chamoun a chargé Abdallah Yafi de présider le gouvernement et il a été fait appel à Saëb Salam et à Charles Hélou en tant que ministres d’Etat. Valéry Giscard d’Estaing, Raymond Barre et Jacques Chirac avaient assumé de telles fonctions avant d’accéder à la présidence. De même que Kurt Waldheim, Bruno Kraisky et Boutros Ghali. Le troisième Cabinet haririen a fait prévaloir, du point de vue de la conception et c’est là le danger, le ministre des services sur le ministre d’Etat. Car le ministre des services, selon la mentalité libanaise, on sait à qui il peut rendre service. Et parce que le ministre d’Etat, censé s’associer à la haute politique, est en chômage, il est incapable de rendre service. C’est pourquoi, on tient de pareils propos, car le différend porte sur les conceptions, les principes et la vision. Il porte, également, sur les questions quotidiennes. C’est un différend entre le pouvoir et l’administré. Entre le sultan et les gens. Les gens qui invitent le gouvernement à s’occuper de la question sociale, savent pertinemment, que le Cabinet Hariri, ne se préoccupe pas de telles questions, parce que les hommes repus ne traitent avec la frustration que par hasard, lequel est fille de la pitié. Or, faire l’aumône n’est pas le pouvoir; c’est une chose pareille aux actes propres à la religion comme à la bienfaisance. La question sociale sera évoquée par le chef du gouvernement et pourra constituer un paragraphe fondamental de la déclaration ministérielle; une déclaration préparée à l’avance; elle sera lue devant l’Assemblée pour solliciter sa confiance sur sa base. Cependant, la question sociale n’excèdera pas le cadre verbal. Parce que le programme social a été de tout temps un acte de foi de la part de gens les plus éloignés d’un Cabinet dépassé par le problème quotidien. La question sociale va au-delà d’une vision et est plus grande qu’un programme. C’est une crise posée en même temps que l’aspect le plus difficile de la vie d’un peuple. Car la question sociale est la vie quotidienne. La vie de tous les gens, leurs soucis, leurs droits et leurs obligations. De là, c’est une politique sociale pareille à la politique économique ou à l’économie politique. Ce gouvernement a-t-il une politique? Ah! s’il en était ainsi, les gens l’auraient discutée, cette politique des parts. Oui, la politique de la foi basée sur un programme. Pas de politique de l’enseignement, ni de politique élaborée sur base d’un budget garantissant les prestations sociales. Des élèves fuient l’école privée; ce sont les parents qui les font fuir, cette fois, parce qu’ils ne peuvent payer leur scolarité. Aussi, les enferment-ils dans les écoles de l’Etat et de l’Instruction publique dont chacun connaît le niveau. De la conception du pouvoir… à la prise en charge du problème quotidien… on mesure le différend opposant les gens au Cabinet. En dépit de cela, c’est un Cabinet disposant d’une autorité, obtenant de la Chambre des députés une confiance qui se donne et ne se prend pas. La Chambre accorde la confiance aux gouvernements sans la leur retirer… d’après le cycle de la ligne unique permettant de dire «oui» plutôt que «non», parce que le «oui» est beaucoup plus facile à prononcer.