D'UNE SEMAINE A L'AUTRE

JBEIL, RÉGION FRUSTRÉE

En recevant à Tartej, son village natal, M. Elie Hobeika, ministre des Ressources hydrauliques et électriques, M. Emile Naufal, député de Jbeil, lui a fait état de la frustration dont pâtit cette circonscription de longue date. “Nous avons commencé à toucher du doigt votre dispo-sition à coopérer avec nous en vue de mettre au point un programme visant à réaliser dans le plus bref délai, des projets de développement dont cette région a un pressant besoin”. “Nous sommes tenus, a répondu le ministre, de satis-faire les aspirations et souhaits de tout Jbeiliote, tout visiteur de ce caza pouvant constater les privations dont il a souf-fert”.

LE “RASSEMBLEMENT DE L’OPPOSITION” ENFIN CONSTITUÉ

Le “rassemblement” et non le “front” dont M. Dory Cha-moun a annoncé la création hier au cours d’une conférence de presse, regroupe des per-sonnalités de l’opposition, à commencer par celles de l’extérieur, mais le “amid” Raymond Eddé n’en fait pas partie, bien qu’il partage bien des vues de ses membres. L’une des principales pierres d’achoppement ayant retardé la mise sur pied dudit rassem-blement, a consisté en une divergence sur la reconnais-sance ou pas de l’accord de Taëf. En définitive, c’est le point de vue du général Michel Aoun qui a prévalu, foncièrement hostile à cet accord.

CRISE COMPLEXE

Cheikh Naïm Kassem, secré-taire général du “Hezbollah”, qualifie de “complexe” la crise dont pâtit actuellement le pays. “Nul ne peut s’imaginer que le troisième Cabinet Hariri, dit-il, de la manière dont il a été constitué sur base de la répartition des parts, soit en mesure de changer la situation désastreuse. Au contraire, il y a lieu de craindre une plus gran-de détérioration des conditions de vie et de travail des citoyens de condition modeste”.

TOUT RENTRERA-T-IL DANS L’ORDRE?

Selon des cercles politiques proches du Pouvoir, tout doit rentrer dans l’ordre, une fois que le nouveau Cabinet Hariri aura obtenu la confiance de l’Assemblée nationale. Ces mêmes cercles partent du fait que la “troïka” a fait la paix, après la répartition des parts entre les trois prési-dents. Puis, le chef du gouverne-ment paraît avoir réussi à rassurer Damas - où il s’est rendu au début de la semaine pour un entretien avec M. Abdel-Halim Khaddam - visite lui ayant permis de se récon-cilier avec M. Walid Joumblatt, ministre des Déplacés.

DES COUPS DURS...

Le nouveau Cabinet ne cesse de recevoir des coups durs qui lui sont assénés de toutes parts depuis sa forma-tion. Le coup le plus douloureux a été celui qu’a constitué le meeting du “Coral Beach” ayant rassemblé des person-nalités de tous bords, allant de l’extrême droite à l’extrême gauche, sous le slogan: “Pour la préservation des libertés publiques et du pain.” Aussi, les milieux politiques et parlementaires s’attendent-ils que le troisième Cabinet Hariri soit confronté à une opposition de plus en plus farouche, même s’il obtenait un vote de confiance massif au parlement. M. Hariri et son équipe mi-nistérielle auront à combattre sur plusieurs fronts à la fois: aux plans socio-économique et de l’information audiovisuelle, notamment, ce qui exigera de lui de modifier son ordre des priorités. Ceci gêne le plus le président du Conseil, lequel ne reconnaît pas les erreurs rele-vées par ses détracteurs dans sa politique adoptée dès son accession au pouvoir, il y a quatre ans.

PROPOS US RASSURANTS...

M. Richard Jones, ambassa-deur des Etats Unis, a assisté au cocktail d’adieux que Me Ibrahim Kanaan a offert en l’honneur du chargé d’Affaires de Grande-Bretagne, à l’occa-sion de son prochain départ du Liban. Les propos tenus au cours de la réception par le diplomate américain n’ont pas manqué de rassurer les personnalités pré-sentes, d’autant que M. Jones s’est dit optimiste quant à l’avenir de notre pays, surtout après l’instauration de la paix au Proche-Orient. Il a souligné le rôle que le Liban sera appelé à jouer au double plan économique et culturel, ce qui suppose la récupération de sa souveraineté absolue sur l’ensemble de son territoire.

BAKHOS, PRÉSIDENT DE LA 14ème COMMISSION

Etant donné l’expérience acquise au cours des quinze dernières années par M. Auguste Bakhos à la tête de la commission parlementaire de l’Administration et de la Justice, le président Nabih Berri a proposé de la nommer président d’une quatorzième commission de l’Assemblée, celle de la législation et de la rénovation des lois, celle-ci devant coopérer étroitement avec la commission de l’Administration et de la Justice. Le chef du Législatif a jugé nécessaire de profiter des connaissances et de l’expérien-ce de l’ancien député du Metn qui était, précédemment, coor-donnateur de ladite commis-sion parlementaire.

HÉLOU: ON PEUT S’ATTENDRE A TOUT DE CE CABINET

Interrogé sur le point de savoir si son silence est dû à son échec aux récentes légis-latives dans la circonscription d’Aley, M. Pierre Hélou a émis les réflexions suivantes: “Je n’ai pas voulu émettre d’opi-nion sur les problèmes de l’heure avant la mise en place du nouveau Cabinet. “Puis, j’ai refusé de présen-ter un recours en invalidation du mandat de mon concurrent, car j’ai déclaré le jour même du scrutin qu’il fallait s’atten-dre à tout de ce gouverne-ment”. M. Hélou rappelle qu’après avoir accordé la confiance au Cabinet Hariri, il n’avait cessé de critiquer sa politique. “Il a élaboré une série de projets défavorables, voire hostiles aux libertés publiques; a pro-cédé à une réforme adminis-trative ayant tourné au désas-tre. De plus, certaines mesures ont été prises affectant les classes déshéritées au profit d’une oligarchie financière, ce qui dénote un manque total de sens social. “Et pour couronner le tout, il a surchargé le pays d’une dette publique absolument inconce-vable et dépassant nos pauvres moyens. J’ai donc critiqué à la Chambre, une politique que je juge insensée. Ceci m’a valu d’être combattu aux élections générales par les propres hom-mes de Hariri, qu’il a encou-ragés à poser leur candidature dans ma circonscription”. Enfin, M. Hélou se tient à la disposition des citoyens, son but unique étant de redresser la situation dans la mesure de ses faibles moyens pour éviter la catastrophe”.

ON DIT...

- Que selon des sources officielles, un membre du précédent Cabinet a procédé à des adjudications couvrant pour de longues années les travaux du département dont il détenait le portefeuille.

- Qu’une instance politique attribue à des milieux arabes concernés par la situation au Liban, le fait d’avoir dit à un ancien “locataire” du Sérail: “Surveillez le déroulement des événements et soyez prêt à assumer les responsabilités à tout moment”.

- Que le partage des parts dans une institution d’une manière arbitraire, suscite des remous qui ne sont pas sur le point de se dissiper...

EN RACCOURCI

- Les milieux politiques se sont arrêtés à la déclaration faite par le président Rafic Hariri à la revue “Time”, notamment le passage où il dit: “Le Liban sera en bon état, lorsqu’il pourra se passer de mes services”.

- Des sources politiques craignent que l’élimination de Farid Moussalli, complice de Raafat Sleiman impliqué dans le scandale du ministère des Finances, ait pour but d’étouffer cette affaire...

OPINION

L’INDEPENDANCE RESTE NOTRE EN DEPIT DE TOUT!

Nous célébrons, aujourd’hui, le cinquante-troisième anniversaire de l’indépendance dont il ne reste plus que le nom... après seize ans durant lesquels la guerre s’est transposée sur tous les fronts et a sévi à tous les niveaux. Et, en définitive, l’occupation de notre territoire persiste. La décision est spoliée, comme la volonté. La position de Washington est connue: elle nous vend des promesses et des slogans futuristes... L’Europe n’a pas son mot à dire, surtout notre “tendre mère” la France qui répète. “L’œil voit mais la main est courte”. La corruption est devenue la marque indélébile de l’étape du retour à la normale et des préparatifs du relèvement. De quel relèvement s’agit-il, si on doit l’édifier sur de tels fondements? La réforme est aussi un grand titre qui nous accompagne depuis l’avènement de l’indépendance. Malheureusement, elle est pareille à un mirage, non seulement aujourd’hui, mais durant tous les régimes. Surtout lorsque des décisions ont été prises dernièrement, faisant perpétuer la vieille mentalité en vertu de laquelle le rond-de-cuir utilise la fonction publique pour servir son intérêt personnel. Le fonctionnaire se “vend” pour faire fortune. D’où les scandales et les abus. Tout est permis, tant que la fin justifie les moyens! L’important pour lui est de s’enrichir, même si cela doit lui coûter sa vie. Nous pensons à Farid Moussalli que beaucoup font ressembler à Lee Oswald, (assassin présumé du président John Kennedy) qui a été abattu à son tour, en dépit de la forte garde dont il était entouré. Son histoire reste énigmatique depuis 1963, date de l’assassinat de l’ancien président américain. Car Moussalli n’est qu’un maillon de la chaîne dans l’affaire de Raafat Sleiman, assurant le lien entre la tête et les membres du réseau. Ainsi, tout se perd chez nous, alors que les caisses et les poches se remplissent. Dans la phase des préparatifs en vue du relèvement, des transactions louches sont opérées, provoquant des scandales, alors que les citoyens n’arrivent pas à joindre les deux bouts et à vivre décemment, ployant sous le fardeau combien lourd des impôts et des taxes. Tout cela se passe et nous continuons à vivre d’espoir en une vie meilleure, laquelle n’est pas à portée de notre main. L’anniversaire de l’indépendance, en dépit de tout, nous incite à surmonter toutes les difficultés. Nous pouvons suivre l’exemple de l’armée libanaise, édificatrice de l’indépendance qui est parvenue, en un temps record, à sceller son unité. L’institution militaire, sous le commandement du général Emile Lahoud, fils du premier officier du bataillon de fantassins qui a hissé le nouveau drapeau libanais, celui de la liberté et de la souveraineté, à Ain As-Sohat à Falougha où était stationné ce bataillon, cette institution, disons-nous, a pu regrouper tous ses effectifs sous une même bannière. Nous devons, nous aussi, emboîter le pas à notre armée, en nous élevant au-dessus des petitesses, tout en mettant une sourdine à nos susceptibilités, pour édifier un avenir prometteur, jouissant de l’indépendance et de la souveraineté, à l’ombre de la sécurité et de la liberté.

NADIM EL-HACHEM.