LA CHRONIQUE

BOUTROS GHALI PERSONA NON GRATA!!!

Et le non moins vindicatif Jesse Helms président de la Commission des Affaires étrangères au Sénat d’enjoindre: “C’est aux Etats-Unis et non à l’ONU qu’il incombe de gérer les affaires mondiales, n’en déplaise à M. Boutros Ghali. L’ONU propose et Washington dispose”. Il n’y a pas plus arrogant! La suprématie américaine est invulnérable, gare à quiconque oserait la mettre en cause! Après l’effondrement du Communisme, les Etats-Unis, sous prétexte d’en être les auteurs, ne font que revendiquer les droits du vainqueur et l’exclusivité de la gestion mondiale. L’ONU leur apparait un concurrent redoutable à éradiquer. En effet, depuis l’arrivée au pouvoir de William Clinton et durant son premier mandat, l’administration amé-ricaine, ne cesse d’afficher son hostilité à l’ONU et à son secrétaire général Boutros Ghali, “incontrôlable et imprévisible selon la CIA”. S’agit-il d’une vendetta personnelle, d’un crime de lèse-majesté, d’une raison d’Etat? En tout état de cause Boutros Ghali est un inquisiteur indésirable, à limoger. L’administration clintonienne s’opposera fermement à tout compromis sur sa personne et opposera son veto, au cas où ses partenaires au Conseil de Sé-curité approuveraient sa réélec-tion. A noter qu’entre Washing-ton et Paris, la kyrielle des différends va crescendo. Du parrainage des négociations israélo-arabes, aux anathèmes que Washington persiste à infliger aux pays traitant avec la Libye, Cuba et l’Iran, tout comme la politique adoptée à l’égard des Talibans afghans, pour ne citer que ceux-ci, vient s’ajouter le désaccord sur la candidature du Dr Boutros Ghali au secrétariat général des Nations-Unies. Au cas où Washington menace d’opposer son veto, Paris ne restera pas les mains croisées, et aura recours, sans ambages, à la même extrémité. D’autre part, il s’est avéré que Boutros Ghali, n’a jamais partagé ni les méthodes, ni les initiatives que Washington veut imposer à l’ONU laquelle selon lui, doit assumer pleine-ment et en toute indépendance ses responsabilités, renforcées qu’elles se doivent en direction de la paix mondiale, comme le témoigneront plus tard les deux documents dont il est l’auteur: “Agenda pour la paix et Agenda pour le développement”, dans lesquels il se propose d’entre-prendre, avec le sérieux qui le caractérise, un vaste programme de restauration de l’ONU, afin qu’elle puisse affronter les défis du 3ème millénaire, au niveau du Tiers-monde en particulier. Attitude qui irrite “l’establish-ment” américain et son ambassa-deur aux Nations-Unies la turbulente Madeleine Albright, connue pour son antagonisme à l’égard du secrétaire général de l’Organisation. Les brouilles souvent orageu-ses entre le dinosaure Albright et le gentleman Boutros Ghali, ont certainement élargi le fossé entre l’ONU et Washington. A en croire les observateurs, le conflit dépasse ce genre de querelles personnelles, dont le diplomate américain maîtrise le talent, pour s’étendre à la conception même de la politique étrangère amé-ricaine, pour qui, toute ingérence dans la gestion planétaire équi-vaut à un crime de lèse-majesté, d’où qu’elle vienne! Lorsque le secrétaire général s’est opposé à l’utilisation des forces de frappe aériennes, en Bosnie, décidée unilatéralement par les Etats-Unis, l’administration clinto-nienne affolée, s’est écriée: “de quel droit cet Arabe francophone vient se mêler des affaires euro-péennes qui sont du seul ressort des Etats-Unis? Comment ose-t-il s’ériger en arbitre à l’encontre de la première puissance mon-diale?” Et Boutros Ghali de répondre: “La politique onusienne repose sur le multilatéralisme et non ailleurs; elle est réfractaire à l’arbitraire et à la mégalomanie”. Les accusations et les griefs combien perfides et mal-fondés portés contre un homme de la trempe et de la taille de Boutros Ghali, connu pour son intégrité au service de la paix, bénéficiant de l’appui et de l’estime de tous les pays membres de l’ONU, sont inconcevables et par conséquent rejetés d’office. Alors, allons-nous assister à un affrontement au sein du Conseil de Sécurité le 31 décembre, date où prend fin le mandat du Dr Boutros Ghali, et dans le cas d’un désaccord entre ses partenaires, sera-t-il acculé à demander l’arbitrage de l’As-semblée générale qui, selon la Charte est de plein droit auto-risée à imposer la personne de son choix? Il y a eu un précédent qui a fait jurisprudence en la matière lors-qu’en 1950, M. Lie a été élu en dépit du veto soviétique. C’est donc à l’administration Clinton d’éviter cette épreuve de force qui risquerait le cas échéant d’emporter avec elle et le prestige des Etats-Unis et la crédibilité de l’ONU.

“C’est à Washington et non à New York, c’est le président des Etats-Unis et non Boutros Ghali qui décide des engagements américains à l’échelle planétaire.”

Robert Dole (Candidat malheureux à la Maison-Blanche).

José M. LABAKI.