EDITORIAL

Par Melhem KARAM
Le président Rafic Hariri a-t-il lu dans le livre des derniers jours, allant des élections législatives à la confiance, en passant par sa désignation en tant que président du Conseil, la formation du Cabinet et l’élection des commissions parlementaires? S’il avait lu, effectivement, il aurait détecté des choses qui ne rassurent pas beaucoup. Car Rafic Hariri sait que s’il n’était pas Premier ministre, il ne serait pas devenu député. La présidence du Conseil a pris les voix tradition-nelles qui échoient à l’Autorité au Liban. On pourrait dire, par exemple, que le président Salim Hoss s’est transposé du palais du gouverne-ment à la députation. Mais le jour où il a été élu député, il n’était plus Premier ministre. Ni en 1992. Ni en 1996. Sa députation a été la première tribulation de Rafic Hariri. D’autres tribulations avaient eu lieu, précédem-ment et ont suivi. Trois fois chef de gouvernement. Trois fois et quatre années. Seuls ceux qui ont la vie longue savent combien d’années il existe au cours de la troisième fois. Cependant, l’éclat s’amenuisait chaque fois; l’éclat, l’apparition, l’opinion écoutée et la parole qu’on ne peut repousser. Qui a oublié sa prise de position, une fois à la Chambre, aidé en cela par le chef du Législatif? Ce jour-là, le député a eu droit à une intervention de cinq minutes. Ainsi se passe le temps. Le député doit discuter sans condition la gestion du Cabinet. Il a commencé à discuter sans contrainte, alors que nos actes nous suivent comme notre ombre… Il lui a été donné un temps illimité et une règle. Il a parlé en la pointant sur une carte apportée par les connaisseurs de sa coterie. Et ceux-ci sont légion… autant que les conseillers et les profiteurs. Il s’est tenu debout et, la règle en main, a fait un exposé, parlant «ex cathedra». Le Pape de Rome parle de la «doctrine» du «principe» et de la rhétorique. Ce fut un jour différent de celui d’aujourd’hui, aucun jour ne ressemblant au précédent! Les sages connaissent les hommes pareils à Rafic Hariri. Cependant, la mentalité de l’arrogance n’est pas atténuée par les chocs, les revers et les expériences. Elle est l’une des qualités des hommes. Le capitaine du navire le quitte en dernier, en cas de naufrage. Le troisième Cabinet Hariri, les gens ne l’ont pas accueilli avec enthousiasme, car leur enthousiasme avait disparu depuis les élections législatives de l’été 96. Ils ont fait une «collecte» pour attirer les électeurs et ont accru le nombre des candidats pour augmenter le nombre des votants. Ils ont fait la «collecte» et ont réussi. Cependant, ils sont parvenus à accroître seulement le nombre des électeurs, ne serait-ce que relativement. Mais sans assurer l’entrain qui accompage le votant, tout en étant persuadé que l’urne ne le trahira pas. Là était l’échec: celui d’avoir amené les électeurs pour des candidats circonstanciels et intrus. Ils sont venus à l’instar de celui qui accomplit un devoir, parce que les coutumes les obligent à l’accomplir. Ils sont venus par la contrainte et non de leur propre gré. Ainsi, avec le même esprit ils ont accueilli le gouvernement la veille de l’anniversaire de l’indé-pendance, après avoir entendu sans âme, sans enthousiasme, sans applaudissements la lecture des décrets. Et sans une promesse qui leur aurait été faite, de même qu’à leur patrie. Ainsi, ils ne seraient pas eux-mêmes déçus avec leur patrie! Parmi les gens, il en est qui ne lisent pas dans le livre du temps… leur temps, parce qu’ils ne veulent pas être choqués par le changement du temps et sont surpris par le choc de sa transformation. Il en est de même depuis peu pour le gouvernement du Likoud en Israël qui voit le choc et n’y attache pas d’importance. Il voit les tribulations et y entre sans admettre qu’elles le conduiront vers l’impasse. Ses hommes d’affaires sont sortis les mains vides de la «conférence du Caire» et ont dit que le fruit des conférences n’est rien. Quant aux travaux et aux accords, ils viennent par la suite. Ils n’ont pas tenu un tel langage à Casablanca en 1994. Ni à Amman en 1995, mais l’ont tenu au Caire en 1996. Et nul ne sait ce qu’ils diront à Doha en automne 1997, parce que la conférence y tiendra ses assises en novembre de l’année prochaine. Israël ne s’est pas senti dans son élément au Caire, comme à Casablanca et, ensuite, à Amman. Bien que les trois capitales arabes: Casablanca, Amman et le Caire, ne figurent pas dans la case de l’hostilité au sémitisme. Quelque chose a changé qu’Israël doit comprendre. Quelque chose d’arabe, de proche-oriental, d’européen et peut-être même d’américain, en définitive. Il ne semble pas que Benjamin Netanyahu ait tenu compte de ce changement dans son discours aux juifs américains, discours que les négociations d’Hébron l’ont contraint à adresser la voix à l’Amérique au lieu du propriétaire de la voix. Parce que la paix est l’économie, comme elle est la sécurité. Le prétexte de la sécurité, les autres le comprennent. Mais la sécurité n’est plus uniquement israélienne. Pour les autres, elle est devenue globale car, en définitive, la sécurité doit être sauvegardée. La justice la protège alors que la paix protège la sécurité et l’économie. Le temps écrit et marche… le blâme retombant sur ceux qui ne lisent pas dans le livre du temps!