POINT DE VUE

METTANT EN GARDE CONTRE UNE “REVOLTE SOCIALE”

ROUCHAID EL-KHAZEN:

“LE POUVOIR TRICEPHALE SE PARTAGE LE “FROMAGE” SANS TENIR COMPTE DE L’ASSEMBLEE NI DU PEUPLE”

Député réélu du Kesrouan, en dépit d’une cabale virulente dont il a été l’objet avec certains de ses colistiers, M. Rouchaid el-Khazen se distingue par son franc-parler et ses prises de position claires et fermes. En marge des consultations parlementaires ayant précédé la formation du nouveau Cabinet Hariri, il déplore le fait que le Pouvoir tricéphale (qu’on appelle communément la troïka) se partage le “fromage”, sans tenir compte de l’Assemblée, ni de l’opinion publique. Cela compromet le système démocratique que les gouvernants prétendent vouloir préserver...

APPLIQUER LA CONSTITUTION...

A la question: “Quelle est la solution?”, le député kesrouanais émet ces réflexions:

“Il suffit d’appliquer la Constitution ou le “document d’entente” dans son esprit et sa lettre et tout rentrera dans l’ordre. L’important est de changer la mentalité de ceux qui détiennent les rênes du pouvoir dans ce pays. M. el-Khazen reconnaît qu’il ne doit pas y avoir une opposition au sein du Conseil des ministres. “Tout membre du gouvernement peut émettre son opinion à propos d’un projet soumis à la discussion, mais une fois la décision prise, il est tenu de s’y conformer.” “Or, demande M. el-Khazen, que se passe-t-il? Le gouvernant s’entoure d’éléments qui lui sont acquis ou proches de sa coterie; ces éléments lui font ses quatre volontés et souscrivent à toutes ses deman-des”.

- Vous faisiez partie de la précédente législature; pourquoi n’avez-vous pas élevé la voix au cours des quatre dernières années pour dénoncer ces anomalies?

“Nous avons élevé la voix, mais on a tourné l’oreille sourde à nos réclamations. Les chefs du Légis-latif et du gouvernement disposent à la Chambre d’une vingtaine de députés chacun et quand ils se mettent d’accord, il devient impossible de s’opposer à la ratification d’un projet. “Il s’agit donc d’une question de parts que se répartissent les responsables, lesquels forment une société dont ils se servent pour exploiter les ressources du pays. Puis, il est interdit aux députés de réclamer des comptes au gouvernement.”

MISE EN GARDE CONTRE UNE “REVOLTE SOCIALE”

- Pourquoi et qu’est-ce qui les en empêche?

“La conjoncture régionale. De plus, ils prétendent que la paix exige la stabilisation du pays, mais perdent de vue le fait que la stabilité est assurée aux dépens du peuple”. Et d’enchaîner: “Je mets en garde contre la perpétuation de la situation actuelle qui risque de déboucher sur une révolte sociale dont nul ne peut prévoir les conséquences”.

- Qu’est-ce qui, à votre avis, est à l’origine de la brouille entre MM. Hariri et Joumblatt?

“Je crois que M. Joumblatt a fini par détecter les erreurs qui entachent l’action gouvernementale, en plus du partage des parts entre les responsables, alors que le peuple ploie sous des conditions de vie devenues insupportables. “Je me demande comment on peut imposer de nouveaux impôts et taxes au citoyen de condition modeste et à revenu limité, dont le salaire n’excède pas 300.000 livres par mois, ce montant ne suffisant pas à acquitter la facture de l’Office de l’électricité”.

APPEL A LA DESOBEISSANCE CIVILE

Rejoignant un collègue zahliote - qui a demandé aux abonnés de l’Office de l’électricité de ne plus payer les factures - M. el-Khazen enchaîne: “Le citoyen ne peut supporter plus longtemps une situation aussi désastreuse. Le tiers de notre peuple vit sous le seuil de pauvreté, d’après le rapport d’un organisme spécialisé des Nations Unies et si le gouvernement persiste dans sa politique inconséquente, j’appellerai les Libanais à la désobéissance civile”.

QUID DU PROJET DE NAHR EL-KALB

Les dernières pluies diluviennes ont provoqué des embouteillages monstres sur les autoroutes. Si-tuation embarrassante pour les ci-toyens qui ont été coincés durant des heures dans leurs voitures. Comme d’habitude, on attribue cela à la négligence des responsa-bles et au retard mis à exécuter des projets routiers. A ce propos, M. Rouchaïd El-Khazen éclaircit cer-tains points, tout en prenant la défense de la société ELKA, que dirige son frère, chargée d’élargir le tronçon de la route Beyrouth-Jounieh à la hauteur de Nahr el-Kalb. “Le pays est un chantier de reconstruction dit M. el-Khazen, et il incombe aux Travaux publics de régler la situation des routes. La société ELKA n’est pas responsable des bouchons de circulation. Il en est de même de “Dar el-Handassa” et du Conseil de développement et de reconstruction qui supervisent ses travaux”.

LA FERMETURE DES CARRIERES, ARBITRAIRE...

D’autre part, le parlementaire kesrouanais, affirme n’avoir aucun lien avec ladite société. “En tant que député, poursuit-il, je suis chargé de régler certaines questions en suspens, telle celle des expropriations qui avait entravé le cours du projet. Mais cela a été mal interprété par certains qui m’ont accusé de parti-pris”. A la question de savoir si cette campagne menée contre lui est liée à celle portée, il y a deux ans, contre la société Stéphane, il répond: “Je ne crois pas qu’il y ait de lien entre ces deux questions. Il s’agit d’exercer des pressions sur la société ELKA en fermant les carrières de Nahr Ibrahim et Abou-Mizane. Je conteste cette décision arbitraire dont l’application réduirait au chômage un grand nombre d’ouvriers et causerait des problèmes financiers à de grandes entreprises: Caterpillar, Kumatsu et Fiat Ellis qui ont auprès des carrières des créances de plus de 55 millions de dollars représentant le coût de machines”.

...ET PREJUDICIABLE AUX ENTREPRENEURS DE TRAVAUX

M. el-Khazen estime que la fermeture des carrières entraînerait une augmentation du prix des cailloux, matière première nécessaire à l’exécution des projets routiers, ainsi que des frais de transport. “Comment assurer chaque jour, se demande-t-il, à partir de la Békaa, le transport de 3000 m3 de cailloux qui nécessite 300 camions? La route de Dahr-el Baïdar - Aley, supportera-t-elle, le passage de ces poids-lourds?”. Situation grave et controversée, d’autant que la fermeture des carrières, soulève le problème de la pollution. “Les carrières sont-elles la seule cause de la pollution? Que dire de la pollution des eaux souterraines de Ouyoune As-Simane et de Fakra? De même, faut-il négliger les effets nocifs de la fumée qui se dégage des centrales électriques?”

(Propos recueillis par Georges el-Hachem)