LIBAN-DIPLO

AMBASSADEUR DE BELGIQUE A BEYROUTH DEPUIS OCTOBRE 96

DENIS BANNEEL:

“LES RELATIONS LIBANO-BELGES SONT EXCELLENTES ET IL N’EXISTE AUCUN CONTENTIEUX ENTRE NOS DEUX PAYS”

Diplomate de carrière, M. Denis Banneel, nouvel ambassadeur de Belgique à Beyrouth, a pris récemment en charge ses fonctions; il a présenté ses lettres de créance le 11 octobre dernier. Licencié en sciences politiques, il a débuté sa carrière diplomatique en 1959, après avoir effectué des études à l’Institut universitaire des Territoires d’outre-mer. Il a servi au Ruanda pendant trois ans, en tant que fonctionnaire administratif, avant de présenter avec succès le concours diplomatique en 1968; il devait occuper son premier poste à Hong Kong à titre de vice-consul de 1969 à 1973. Puis, il a assumé les fonctions suivantes: premier secrétaire en Australie (1973-77), consul général à Johannesburg (Afrique du Sud) jusqu’en 1983; consul général à Houston (Texas), de 1983 à 1987; ambassadeur en Afrique du Sud et au Burundi (1987-90). Rappelé à l’administration centrale, il assuma les charges de directeur du service des pays d’Europe de l’est et des affaires économiques jusqu’en 1993, date à laquelle il a été nommé chef de mission en Slovaquie et, en 1996, ambassadeur au Liban.

LIBAN-BELGIQUE

A la question: “Comment jugez-vous les relations libano-belges et existe-t-il un contentieux de quelque nature que ce soit, entre Beyrouth et Bruxelles”, M. Banneel répond: “Je puis vous confirmer que les relations belgo-libanaises sont excellentes. Il n’existe aucun contentieux entre nos deux capitales. “Bien que dans le domaine des échanges commerciaux et de la coopération économique, les relations n’ont toujours pas atteint le niveau qu’elles avaient avant la guerre civile (75-90), nous assistons ces derniers temps à un redressement encourageant. “Nos exportations ont enregistré, en 1995, une hausse de plus de 20% et atteint un montant de 6,5 milliards de francs belges. - Le “Ducroire” (Organisme parastatal d’assurance du crédit-export) a considérablement augmenté son plafond d’intervention. - Représentation de firmes importantes belges sur place, dont Tractebel building, qui a obtenu un contrat important de projet management pour la reconstruction du Vieux Souk (Solidere). - Projet d’accord bilatéral de promotion et de protection des investissements, actuellement à l’étude, par les autorités libanaises”.

LA BELGIQUE, IMPORTANT BAILLEUR DE FONDS

- La Belgique peut-elle contribuer à la reconstruction des régions libanaises dévastées par la guerre, de quelle manière et dans quel domaine?

“Rappelons, d’abord, que la Belgique, par le biais de l’Union Européenne, est un important “bailleur de fonds” nécessaires pour la reconstruction du Liban. “Dans le domaine bilatéral, signalons le projet du Centre des handicapés de Bhannès (45 millions de francs belges) et une aide d’urgence (13 millions de FB) après les bombardements d’avril 1996. “La Belgique excelle à l’étranger dans la construction d’infrastructures importantes (des hôpitaux en Arabie séoudite), fourniture d’équipements portuaires, aménagement de centrales nucléaires, transport public (métro), etc.”

LE LIBAN, 4ème PARTENAIRE COMMERCIAL

- Comment se présentent les échanges entre votre pays et le monde arabe, en général et, tout particulièrement avec le Liban?

“Les échanges avec le monde arabe touchent, surtout, l’Arabie séoudite et les pays du Maghreb, en ordre de préséance, l’Algérie et le Maroc. “La présence belge au Liban, engagé dans un gigantesque processus de reconstruction, pourrait être plus substantielle. C’est ce qu’avait affirmé le ministre belge du Commerce extérieur et des Affaires européennes, M. Robert Urbain lors de sa visite à Beyrouth en avril 1995. Il présidait, alors, une délégation économique comprenant des officiels et des représentants de douze firmes belges qui ont examiné avec les dirigeants libanais les possibilités de développer la coopération technique avec les deux pays. “Il a rappelé que le commerce extérieur est la ressource principale pour la Belgique (140 milliards de dollars d’exportations pour 1994) soulignant l’intérêt des partenariats entre les sociétés privées belges et libanaises. En 1995, les exportations ont atteint 6,5 milliards de F.B. (1F.B.=50L.L.). “Le Liban est le quatrième partenaire commercial de la Belgique, au Moyen-Orient après l’Arabie séoudite, les Emirats arabes unis et Israël. Il convient de resserrer les relations de qualité qui ont toujours existé entre nos deux pays.

BALANCE COMMERCIALE LARGEMENT POSITIVE

“Il y a une croissance continue due à l’augmentation de l’exportation touchant les matériaux de transport, surtout les voitures d’occasion (augmentation de 20%), des produits chimiques et pharmaceutiques, des machines et des appareils électriques, des diamants taillés (Anvers étant la capitale mondiale du diamant), ainsi que des produits alimentaires. La balance commerciale est largement positive; quant aux crédits d’Etat à Etat, le Liban a été un des partenaires privilégiés. Le gouvernement belge a approuvé l’octroi d’un crédit d’Etat à Etat en faveur du Liban (2x170 millions de francs belges) qu’il doit utiliser pour se fournir en biens d’équipements produits par des firmes belges. Ajoutons, également, la concrétisation d’un certain nombre de projets relatifs aux raffineries, ainsi qu’à la construction d’un hôpital gouvernemental au Kesrouan. “Quant aux exportations libanaises vers la Belgique, elles se limitent, actuellement, à quelques produits textiles et matières plastiques”.

Mme Angélique Banneel garde d’excellents souvenirs de sa première visite au Liban, effectuée il y a près d’un quart de siècle.

STABILITE BUDGETAIRE DE L’U.E.

- Les ministres des Finances des quinze Etats membres de l’U.E. devaient se réunir fin septembre pour parvenir à un accord sur le «pacte de stabilité budgétaire». Les divergences qui persistaient sur les détails d’un tel mécanisme ont-elles été aplanies?

«De fait, le pacte de stabilité budgétaire se situe parmi des programmes de convergence en vue de la réalisation de l’Union monétaire. «On en est, actuellement, au stade des principes de gestion budgétaire avec pour but final, entre autre, l’adoption obligatoire par chaque pays de «programme de stabilité» (ce qui se fait déjà dans les pays membres) mais, surtout, le renforcement de la surveillance multilatérale. «Il s’agira, surtout, par des actions dissuasives, de forcer les pays de ne pas franchir les limites de Maastricht - 3% du PIB du déficit public ou 60% du PIB de la dette publique».

VERS UNE DEPOLITISATION DE LA MAGISTRATURE

- Crise politico-judiciaire sans précédent. Image désastreuse dans les médias. La Belgique à la recherche d’un souvenir. Le peuple crie sa rage et son manque de confiance dans son monde judiciaire, titraient les journaux ces dernières semaines, suite à la découverte de cadavres d’adolescents (affaire Dutroux)…

«Je ne peux nier que cette affaire a créé une crise sans précédent. La Belgique réagit par plusieurs moyens: d’abord, en ce qui concerne le côté judiciaire, la justice belge veut arriver à une dépolitisation de la magistrature. Ce n’est surtout pas en Belgique que les nominations sont colorées par une orientation politique. Ainsi, on a élaboré une loi «Wathelet» qui prévoit des examens d’entrée pour les juges, afin de dépolitiser les nominations. On est conscient du problème en Belgique, aussi bien les services judiciaires que ceux du gouvernement. «Il ne faut pas oublier que la justice belge était au banc des accusés, alors que dans le temps, elle jouissait d’une excellente réputation d’indépendance et d’impartialité. Le ministre de la Justice insiste sur le fait qu’il «faudrait adapter l’appareil judiciaire à notre société en pleine mutation» (Echo du 20/9/96). Nos citoyens souhaitent un rétablissement de la confiance dans l’Etat de droit aux yeux des pouvoirs tant législatif qu’exécutif ou judiciaire.

COMMENT COMBATTRE LA CRIMINALITE?

«Il faut tout mettre en œuvre pour rétablir cette confiance. Le gouvernement veut aboutir à un consensus maximal avec le parlement. Il serait illusoire de croire que toutes les mesures prises et adoptées permettent de résoudre le problème de la criminalité du jour au lendemain, voire de prévenir toutes les nouvelles formes de criminalité. Le travail ne s’arrête pas à l’approbation de la loi; la réforme et la modernisation sur le terrain, représentent une mission de tous les jours. «Un premier effort serait déployé par le département de la Justice dans le budget 1997, avec l’attribution d’un demi-milliard supplémentaire. «Un nouveau plan pluriannuel sera élaboré pour 1998 - 2000. Il y a, bien entendu, le fait que tout est médiatisé - devant la TV-une médiatisation à outrance - comme «le cas du juge ANCIA»: d’un côté, elle était la vedette pour un changement et une intervention directe - et de l’autre, cette médiatisation a un grand avantage: l’homme de la rue devient conscient, en participant à la vie politique. Il ne s’agira plus pour lui de se contenter d’aller voter tous les quatre ans, mais de participer directement à la vie politique et judiciaire. On disait jusqu’ici: «Le nouveau beaujolais est arrivé» et maintenant: «Le nouveau citoyen est arrivé» avec des effets durables; on a droit au chapitre dans la vie politique».

LUTTE CONTRE L’EXPLOITATION SEXUELLE DES ENFANTS

- En réaction à l’émotion suscitée parmi les Belges par les meurtres et viols d’enfants, la Commission européenne a annoncé qu’elle proposerait de nouvelles mesures pour freiner la pornographie infantile et l’exploitation sexuelle des enfants. S’est-elle exécutée?

Dans l’affirmative, en quoi consistent ces mesures? “Le Conseil des ministres a pris connaissance des initiatives internationales de lutte contre l’exploitation sexuelle des enfants au sens de l’article 34 de la Convention relative aux Droits de l’Enfant et a décidé de poursuivre ces actions à tous les niveaux. “Un premier pas, au niveau européen, a été l’introduction, par la Belgique, d’un projet de politique commune. “La Belgique a introduit trois propositions d’actions communes auprès de ses partenaires de l’Union européenne, en vue du Conseil informel des ministres de la Justice et de l’Intérieur, qui s’est tenu à Dublin, les 26 et 27 septembre 1996. “Le ministre de la Justice a, en effet, proposé les trois actions communes suivantes: 1- Harmoniser les législations nationales et développer la coopé-ration judiciaire internationale. 2- Etendre le mandat d’Europol à la lutte contre l’exploitation sexuel-le des enfants. 3- Décider d’affecter une enve-loppe budgétaire pluriannuelle à la lutte contre l’exploitation sexuelle des enfants. “Dans ce cadre, la Belgique proposera de dégager les moyens pour créer un centre européen spécialisé dans la disparition d’enfants. Ce centre recueillera toutes les données rassemblées par les cellules de disparition d’enfants constituées dans chacun des pays de l’Union; de réaliser un manuel à usage des policiers concernant les techniques de lutte contre la traite des êtres humains et la pédophilie. “Les Belges qui se rendent coupables de prostitution enfantine (tourisme sexuel), de pornographie enfantine et d’exploitation sexuelle de mineurs à l’étranger sont punissables en Belgique. Les postes diplomatiques belges ont, à nouveau, reçu la mission d’assurer le suivi de ces affaires à l’étranger”.

L’U.E. UN NAIN POLITIQUE ET UN GEANT ECONOMIQUE

- Comment se présente l’avenir de l’Union Européenne, par rapport notamment à la monnaie unique et à l’application de l’accord de Maastricht?

“Depuis la conférence intergouvernementale de 92, qui a débouché sur la signature du Traité de Maastricht, un progrès substantiel a été réalisé dans le domaine monétaire et économique. Il y a déjà six pays (Benelux, Fr. Al. Autriche) qui, probablement, feront partie de l’Union Monétaire; d’autres suivront. “On ne peut créer un marché unique sans union monétaire, car les fluctuations importantes entre monnaies européennes faussent la concurrence. “Mais comme l’exprimait M. Eyskens, l’U.E. est un géant économique et un nain politique. “Des progrès vers l’intégration européenne sont en premier lieu nécessaires dans le domaine - clé de la politique extérieure, y compris la défense. “Le Traité de Maastricht a bien prévu une politique étrangère et une sécurité communes . “Il y a, aussi, le problème pressant de la réforme des institutions. Elle n’a pas encore digéré l’évolution des 6 à 15 membres et voilà que déjà dix autres pays sont candidats à l’adhésion. “Un autre défi de l’U.E. est celui de se rapprocher des citoyens (déficit démocratique), de trouver des solutions aux problèmes actuels (coopération européenne dans la lutte contre la pédophilie). “Enfin, la Belgique insiste, surtout, sur la mise en place d’une charte sociale”.

- Quel est le meilleur souvenir de votre carrière?

“C’était en 1990; j’étais en poste au Burundi. Un Belge a été arrêté et condamné à sept ans de prison. Je lui rendais visite de temps à autre, cherchant à l’aider moralement. J’ai pu convaincre le gouvernement de le libérer et de l’expulser du pays. Ce qui m’a rendu fier et heureux, c’est de l’avoir libéré, le jour de notre fête nationale”.

JEANNE MASSAAD