LES EVENEMENTS DE LA SEMAINE
Au terme d’un débat-marathon, l’Assemblée a accordé la confiance au troisième Cabinet Hariri. Qui pouvait en douter? Les députés de l’opposition n’ont pas indisposé le chef du gouvernement, parce qu’il quittait l’hémicycle dès qu’ils montaient à la tribune. Mais les détracteurs du Pouvoir ont donné le ton et dessillé les yeux des citoyens, en dénonçant ses travers et en refusant de donner blanc seing au gouvernement sur base de ses promesses...
CABINET: LA CONFIANCE SUR BASE DES PROMESSES OU DES REALISATIONS?
Au moment où paraîtront ces lignes, le gouvernement aura obtenu la confiance de l’Assemblée nationale à une large majorité; qui pouvait en douter, étant donné la constitution de la Chambre et la coopération, qui se passe de preuve, existant entre l’Exécutif et le Législatif? Beaucoup de députés auront approuvé la déclaration ministérielle sans prendre la peine d’en discuter les termes, voire sans même la lire. Pour la simple raison qu’ils appartiennent à la catégorie de parlementaires acquis à l’avance au programme du Cabinet et souscrivant sur toute la ligne à toutes ses décisions et initiatives. D’autres, peu nombreux, auront sauvé la face en se contentant de critiquer certains passages de la dite déclaration, afin de laisser croire qu’ils ne se laissent pas mener par le bout du nez, comme des moutons de Panurge. Enfin, une poignée de représentants de la Nation qui se comptent sur les doigts des deux mains, auront pris position contre le troisième Cabinet haririen, parce qu’ils n’approuvent pas sa politique et encore moins la manière dont il gère la chose publique. L’un d’eux, en l’occurrence Zaher el-Khatib, a eu un geste autant intelligent et spectaculaire ayant eu son impact certain sur les téléspectateurs - le débat de confiance ayant été retransmis par la télévision (officielle). Ce geste a consisté à déchirer devant les caméras le texte de la déclaration ministérielle. Après avoir dénoncé la politique socio-économico-financière du Sérail, «qui transgresse la Constitution et menace l’unité nationale… alors que sur le plan de l’information, le gouvernement baîllonne les libertés publiques», le député du Chouf a terminé son intervention en ces termes: «Cette déclaration ministérielle ne mérite pas d’être discutée, c’est pourquoi je la déchire…». Et il s’est exécuté, non sans avoir eu, au préalable, une vive altercation avec le ministre d’Etat pour les affaires financières qui tentait de l’interrompre et qu’il a rabroué en lui criant à la figure: «Je vous demande de vous taire»… Un autre membre de l’Assemblée, Issam Farès, a été autant bref que vindicatif: «La confiance, dit-il, ne s’accorde pas sur base des promesses, mais des réalisations… Ce qu’on exige, c’est un plan général de relèvement socio-économique». Puis, s’adressant au Premier ministre il lui a tenu ce langage; «Agissez en vue de raviver la confiance dans l’Etat et ses institutions, car le Liban ne s’édifie pas uniquement par les chiffres… Respectez la Constitution et appliquez-la dans son esprit et sa lettre… Que l’Etat du droit seul s’impose et règne». Il y a lieu de signaler que le ministre des Déplacés a boycotté le débat de confiance, comme il l’avait annoncé, tout en laissant entendre que son bloc parlementaire accordera la confiance «sous toutes réserves», sans préciser de quelle nature… Naturellement, parce qu’il lui est interdit de rejeter le programme du gouvernement dont il fait partie avec d’autres membres de son bloc et de son parti (socialiste progressiste). Quoi qu’il en soit et ainsi que l’a souligné le cardinal Sfeir en ouvrant, lundi, la réunion périodique du Conseil des patriarches et des prélats, nous voulons continuer à espérer en une concrétisation des promesses que M. Hariri et sa nouvelle équipe se sont engagés à tenir au plan socio-économique… Et à leur accorder un «délai de grâce» pour s’assurer du sérieux de ces promesses.
Alors que le sit-in du personnel des médias audiovisuels devant le siège du parlement (notre photo) n’a pas provoqué des réactions négatives de la part des Pouvoirs publics, la marche pacifique que la CCGTL devait organiser hier jeudi, de l’UNESCO au palais du gouvernement, a suscité l’ire du Sérail, lequel a rappelé une décision du Conseil des ministres interdisant les manifestations...
ENTRE LE SIT-IN DE LA PLACE DE L’ETOILE ET LA MARCHE SUR LE SERAIL...
Le sit-in observé, place de l’Etoile, par plus de deux-cents employés et ouvriers de quarante-sept moyens d’information audiovi-suels, “en signe de protestation contre la répression des libertés”, durant tout le temps qu’a duré le débat de confiance à la Chambre des députés, s’est déroulé sans aucun incident. Les participants à cette manifes-tation qui n’a perturbé l’ordre public à aucun moment, se sont comportés d’une manière admirable, d’autant qu’ils n’ont pas eu maille à partir avec les représentants de l’Autorité. En dépit de cela, le ministère de l’Intérieur a opposé une fin de non-recevoir à la note de la CGTL, par laquelle elle demandait l’autorisation d’organiser une “marche pacifique” (hier jeudi 28 novembre) en direction du palais du gouvernement à Sanaëh. Et ce, en rappelant que la loi interdisant les manifestations sur la voie publique était toujours en vigueur, celle adoptée par le Conseil des ministres le 17 juillet 1995. Dans le même temps, des ministres et parlementaires proches du Pouvoir, ont eu l’outrecuidance de dénoncer la décision de la centrale ouvrière, en prétendant que “son mouvement protestataire menace la paix civile et l’ordre public” (sic). Pourtant, ceux qui détiennent les rênes du Pouvoir - et le chef de l’Etat l’a réaffirmé dimanche au cours de son interview télévisée - soutiennent que le Liban est un pays démocra-tique, respectueux des lois et des règlements. Or, selon la définition des traités de droit constitutionnel, “la démo-cratie est le gouvernement du peuple, par et pour le peuple”. Qu’est-ce donc ce Pouvoir qui a peur du peuple, au point de l’empêcher d’exprimer à haute voix ses ressentiments, de faire connaître ses sujets de plainte et ses besoins les plus élémentaires pour s’assurer une vie décente? Non, vraiment, ce n’est pas de cette façon qu’on gouverne, en réprimant toute velléité des citoyens de manifester leur mécontentement et leur colère... Les thuriféraires du Pouvoir pourraient rétorquer qu’il y a d’autres moyens “plus civilisés” (sic) de formuler ses revendica-tions. Ceci aurait été logique si les citoyens étaient sûrs que leurs requêtes seraient prises en consi-dération et ne finiraient pas dans la poubelle! Il y a lieu de rappeler que la manifestation d’hier a eu lieu deux jours avant la fin du délai fixé pour la fermeture des médias audiovisuels non légalisés... Cependant, le fait pour quatre stations de télévision: ICN, NTV, Al-Machrek et CVN d’avoir décidé de fusionner devrait amener, logiquement, le Sérail à accorder une nouvelle licence (la cinquième) à ce nouveau groupe qui a ainsi le possibilité de satisfaire les conditions quelque peu rédhibitoires du gouvernement...
Le gel depuis plusieurs mois des négociations arabo-israéliennes commence à inquiéter les partisans de la paix. Cette semaine, le prince héritier Abdallah Ben Abdel-Aziz d’Arabie séoudite s’est adressé aux deux “parrains” (l’Amérique et la Russie) pour leur demander d’intervenir, aux fins d’aplanir les obstacles qui entravent le processus de paix. Qu’attend le président Clinton pour agir?
QU’ATTEND LE PARRAIN US POUR RELANCER LE PROCESSUS DE PAIX?
Laissons de côté tous ceux qui gravitent dans l’orbite du Pouvoir pour en tirer quel-que profit, car le spectacle si peu édifiant qu’ils offrent ne mérite pas qu’on s’y arrête, d’autant qu’il se caractérise par la monotonie et ne suscite aucun intérêt pour le citoyen, lequel est obnubilé par les soucis de la vie quotidienne. Passons outre à ce qui se déroule sur la scène inté-rieure, pour nous pencher sur un conflit régional ayant trop duré et ne paraît pas devoir connaître son heureux épi-logue dans un proche avenir. Ou dans le meilleur des cas, pas avant l’an 2.000. C’est du moins ce que prévoit Ben-jamin Netanyahu, à savoir: une paix totale entre le Li-ban, la Syrie et Israël, avant les prochaines élections israéliennes. Le Premier ministre de l’Etat hébreu s’adressait à des hommes d’affaires réunis à Jérusalem, sans fournir d’autres détails et sans préciser sur quelles données il se fonde pour faire une telle prévision optimiste! Netanyahu a tenu de tels propos, tout en excluant la restitution du plateau du Golan à la Syrie, contrairement au gouvernement travailliste qui était favorable à d’importantes concessions territoriales, en échange d’un accord de paix avec Damas. Puis, il accuse Yasser Arafat d’entraver les négociations en vue d’un arrangement dans la ville de Hébron, d’où “Tsahal” aurait dû se retirer depuis plusieurs mois. Et ne veut pas renoncer à la “colonisation” en Cisjordanie... Comment après cela avoir confiance et croire à tout ce que raconte le chef du Likoud qui, vraisemblablement, tergiverse en vue de torpiller l’opération de paix ou d’avoir le négociateur arabe à l’usure, en croyant pouvoir lui imposer ses conditions et le contraindre à capituler. “Netanyahu se trompe s’il croit que j’accepterai ses conditions”, a déclaré mardi le chef de l’Autorité palestinienne. L’Arabie séoudite, par la voix du prince héritier, Abdallah Ben Abdel-Aziz, a invité l’Amérique et la Russie à intervenir en tant que “parrains”, à l’effet de sortir le processus de paix de l’impasse. Qu’attend donc le président Clinton pour prendre l’initiative d’une action ferme, destinée à relancer les négociations arabo-israéliennes? Peut-il accepter de voir les efforts déployés par Washington au cours des quatre dernières années déboucher sur le néant? La coterie du chef de la Maison-Blanche disait au cours des semaines ayant précédé les présidentielles: “Attendez la fin des élections”... Celles-ci ayant pris fin, les proches du président Clinton recommandent une fois de plus “d’attendre la désignation du successeur de Warren Christopher...” Et lorsque le nouveau secrétaire d’Etat US aura été désigné, devra-t-on lui accorder un certain délai, pour avoir le temps de prendre connaissance du dossier proche-oriental? Nous voulons bien le lui donner, à condition que la reprise des négociations de paix ne soit pas renvoyée aux calendes grecques... Car la patience a des limites et qui n’avance pas recule...
ECHOS ET REFLEXIONS
L’HUMANITE MENACEE PAR LA FAMINE...
On n’avait pas besoin du témoignage du ministre de l’Agriculture pour le savoir: le monde dit civilisé ne vibre plus avec les malheurs de l’Humanité miséreuse et souffrante. Au congrès de la FAO tenu récemment à Rome, les délégués ont ignoré la masse grandissante des êtres humains menacés par la famine et la maladie. Aussi, n’ont-ils pas jugé nécessaire de se pencher sur ce dossier particulièrement chaud, exigeant une étude et, surtout, des solutions urgentes. Pourtant, on dénombre, selon les statistiques officielles des Nations Unies, 800 millions d’affamés dans le monde, ce chiffre devant s’élever à un milliard au début du troisième millénaire... Mais qui s’en soucie! Faute de credits, l’ONU ou ses organismes spécialisés qui voudraient bien s’en occuper, regrettent de ne pouvoir agir: “L’œil voit, mais la main est courte”, ne cessent-ils de répéter, pour justifier leur incapacité de se porter à l’aide des plus démunis et, peut-être, leur carence! Cela dit, est-il besoin de rappeler encore la révélation d’un organisme international, selon laquelle près du tiers de la population libanaise vit sous le seuil de pauvreté? La situation risque de s’aggraver davantage, quand on réalise que notre pays importe 80 pour cent de ses besoins en denrées comestibles ou de première nécessité! Ce qui nécessite le débours de 1,400 milliard de dollars par an. Et dire que la plaine de la Békaa appelée, jadis, le “grenier de Rome” et celle du Akkar se prêtent à des cultures intensives, dont le produit peut couvrir une bonne partie de nos besoins en vivres. Mais qui s’en préoccupe? On a supprimé, manu militari, les cultures prohibées dans la Békaa, sans fournir une assistance aux agriculteurs pour des cultures de substitution, condamnant ces derniers à laisser leur terres en friche ou aux trois-quarts inexploitées. Pourtant, les plaines de la Békaa et du Akkar peuvent accroître nos produits de la terre et nos biens de consommation, ce qui réduirait le volume de nos importations et, partant, assurerait un gagne-pain à tant de chômeurs et, à notre classe déshéritée, de quoi se mettre sous la dent...
Edouard BASSIL.