LES RELATIONS CANADA-LIBAN

Par Daniel Marchand

Ambassadeur du Canada au Liban

Un peu plus d’un an après la réouverture effective de l’ambassade du Canada au Liban, est-il possible de faire un bilan de ce qui a été accompli au cours de cette période? Les relations Canada-Liban n’ont jamais été meilleures. Beaucoup a été accompli depuis la réouverture au début de 1995 de l’ambassade du Canada au Liban qui avait été fermée pendant dix ans.

Un programme de reconstruction ambitieux, une situation géopolitique stratégique, 40.000 Libano-canadiens vivant au Liban et 250.000 au Canada, une appartenance commune à la francophonie, un système d’éducation qui favorise tant l’anglais que le français, sont tous des éléments qui permettent au Canada de poursuivre au Liban les trois objectifs clés de sa politique étrangère. En effet, pour répondre aux aspirations des Canadiens et pour relever les défis posés par un monde en évolution, le gouvernement canadien mène une politique étrangère visant la réalisation de trois objectifs clés:

-la promotion de la prospérité et de l’emploi;

-la protection de la sécurité dans un cadre mondial stable;

-la projection des valeurs et de la culture canadiennes.

Ces objectifs interdépendants et complémentaires guident toutes nos actions. Notre présence au Liban contribue de façon significative à la réalisation de ces objectifs. Le premier objectif, celui de la promotion de la prospérité et de l’emploi est au cœur de notre programme d’action. Les marchés étrangers, dont celui du Liban avec son ambitieux programme de reconstruction, offrent d’énormes possibilités aux Canadiens. Au cours des deux dernières années, plusieurs délégations d’affaires et plusieurs visites officielles sont venues appuyer nos efforts. Nous pourrons citer les visites au Liban du Premier ministre de l’Alberta, l’honorable Ralph Klein; celles du président du Parlement et du président du Sénat canadien; celle du maire de Montréal, M. Pierre Bourque et celles de plusieurs sénateurs et députés, tant fédéraux que des provinces. Malgré les liens solides entre les communautés libano-canadiennes établies dans les deux pays, le niveau des exportations canadiennes vers le Liban demeure relativement modeste. En 1995, les exportations canadiennes vers le Liban ont atteint $57 millions (Cdn). Nous avons bon espoir, cependant, qu’avec les efforts soutenus des sociétés canadiennes qui s’activent de plus en plus au Liban, ce chiffre pourra dépasser le cap des $100 millions en 1997. En juillet dernier, le ministre des Affaires étrangères du Canada, l’honorable Lloyd Axworthy, a annoncé la création d’un groupe de liaison et de consultation pour seconder le Canada dans ses efforts d’appui à la reconstruction du Liban. Il a nommé un député d’origine libanaise, M. Mac Harb, pour présider ce groupe. Ce dernier réunit des représentants des secteurs public et privé, en vue d’élaborer un plan d’action qui mobilisera la communauté canadienne des affaires pour la reconstruction du Liban. Cet engagement du Canada à l’égard de la reconstruction du Liban renforce le soutien canadien de longue date à l’indé-pendance, la souveraineté et l’intégrité territoriale du Liban.

Le second objectif, est celui de la protection de notre sécurité dans un cadre mondial stable. Malgré les progrès accom-plis ces dernières années en vue d’un règlement du conflit arabo-israélien, le Moyen-Orient reste un des grands points faibles du monde pour ce qui est de la sécurité. Pour sa part, le Canada veille à encourager, à faciliter et à mettre sur pied des mesures propres à rétablir la confiance néces-saire à l’avancement de la cause de la paix et du développement dans la région. Notre participation au volet multilatéral du processus de paix au Moyen-Orient, notamment notre rôle moteur au sein du Groupe de travail sur les réfugiés, nous fournit l’occasion de servir la paix et de souligner notre attachement de longue date à la stabilité et au progrès de la région. La projection des valeurs et de la culture canadiennes est importante pour notre succès dans le monde. C’est le troisième objectif. Dans l’énoncé de sa politique étrangère, le Canada convient qu’il faille célébrer et promouvoir la culture et le savoir canadiens comme moyen privilégié de favoriser nos intérêts dans les affaires internationales. La promotion efficace des valeurs canadiennes - le respect des droits de la personne, la démocratie, la règle de droit et l’environnement - contribuera grandement à la sécurité internationale devant les nouvelles menaces à la stabilité. L’acceptation de ces valeurs à l’étranger contribuera à sauvegarder la qualité de vie au Canada. Le Canada ne pourrait s’isoler d’une communauté internationale faisant peu de cas des valeurs qui sont le fondement de l’identité canadienne. Les Libanais qui se sont établis au Canada et ceux qui y ont étudié ont appris à apprécier ces valeurs. La vitalité de la culture canadienne est aussi essentielle au succès économique du Canada. Dans une économie mondiale davantage axée sur le savoir, la compétence des personnes, leur éducation, leur ingéniosité et leur capacité à s’adapter à différents environnements sociaux deviendront des éléments clés de notre positionnement sur la scène internationale. Le système d’éducation canadien, sa diversité culturelle et la croissance continue et dynamique de nos exportations de produits et de services culturels contribueront grandement à notre réussite au plan international. Les 40.000 Canadiens-Libanais vivant au Liban sont attachés à la culture et aux valeurs canadiennes qu’ils ont appris à apprécier au Canada. A ces Libano-Canadiens qui sont rentrés au Liban après avoir vécu au Canada pendant des périodes plus ou moins longues et ont apprécié la qualité de vie qu’on y trouve, je demande de projeter, dans leur vie professionnelle et familiale, ces valeurs et cette culture canadiennes qu’ils ont appris à apprécier lorsqu’ils étaient au Canada. En ce faisant, ils nous aideront à faire accepter ces valeurs par la communauté internationale.