BLOC-NOTES
QUE SE PASSE-T-IL A L’EDL?
Plusieurs de nos lecteurs nous ont demandé de laisser un peu la politique pour nous occuper de leur pain quotidien, ou plutôt de ce qui les empêche d’assurer leur pain quo-tidien. En un mot: les notes d’électricité de l’EDL devenues franchement monstrueu-ses. Bien mal nous en prit. Car parmi les manipulations les plus tordues de notre respectable administration, le mode d’em-ploi de l’ordinateur central de l’Electricité du Liban demeure le secret le mieux gardé de la république. C’est en fait une sorte de cancer qui prolifère d’une manière tellement anarchique que le diable lui-même n’y reconnaîtrait pas les siens. Qui programme cet ordinateur? Com-ment le programme-t-on? Selon quelle méthode, à la base de quelles données? Si par naïveté ou par désespoir, vous vous hasardez à poser ce genre de questions à l’une ou à l’autre des lumières qui ont pour fonction de comptabiliser la vôtre de lumière d’après les chiffres de votre compteur, il vous sera fourni des expli-cations auprès desquelles les énigmes du Sphinx apparaissent comme un chef-d’œuvre de précision et de clarté. C’est la mésaventure arrivée à un usager (dont nous tairons le nom à sa demande) prototype de tous les usagers victimes de la boulimie des services de M. Elie Hobeika. Au fil de l’année 96, ce monsieur s’est vu contraint de payer - sur le mode crescendo - des notes d’électricité allant de 400.000 L.L. à 1.360.000 L.L. Comme la dernière facture venait d’absorber la totalité de son traitement, notre ami, fou de rage, décida de passer à l’action et se rendit dans l’antre du monstre où, éconduit une première et une deuxième fois, il fit un tel raffut à sa troisième visite et gueula si fort, qu’on finit par lui envoyer deux inspecteurs avec mission expresse de déterminer lequel de son compteur ou de sa tête, ne tournait pas rond. On fit toutes les vérifications, tous les relevés, tous les calculs possibles et imaginables et cela pendant 15 jours. Au bout de quinze jours, on lui annonça que sa consommation moyenne, par jour, était de 40 kw. C’est-à-dire, en deux mois 2440 kw. Or sa facture indiquait 7000 kw. Re-hurlements de l’usager. Explications des inspecteurs: le percepteur a dû vider le compteur de ses réserves. Quelles réserves? Mystère et boules de gomme... Arnaque N°2: le groupement des factures par deux et trois mois au lieu d’en délivrer une chaque mois. Et ça, c’est vraiment de l’escroquerie. Pour la bonne raison que les 1000 premiers kw de chaque facture sont multipliés par une moyenne de 70 L.L., alors qu’au-dessus de 1000, la multi-plication se fait par 200 L.L. Exemple: si vous dépensez 1000 kw par mois, vous payez 70.000 L.L., pour deux mois 140.000. Mais si vous payez deux mois groupés en une seule facture, vos 2000 kw seront facturés: les premiers mille à 70.000 L.L. et les 1000 autres à 200.000 puisque multipliés par 200. Vous saisissez l’astuce? Arnaque N°3: on établit souvent la facture d’après la tête du client. Ainsi, des Libanais, réputés riches ont reçu une note d’électricité de 13 millions, d’autres de 17 millions. L’un d’entre eux s’est vu “pénaliser” de 40 millions, alors qu’il vivait à l’étranger. Arnaque N°4: il est une règle de base dans toutes les administrations publiques et partout dans le monde qu’un tarif est inversement proportionnel à la consomma-tion. Plus on consomme plus le tarif décroît par unité de consommation. A l’EDL, c’est juste le contraire. Arnaque N°5: Payez d’abord, protestez ensuite. Sinon, on vous coupe le courant, avec amende à l’appui. Jamais une réclamation n’a été admise et jamais une piastre n’a été rendue. En somme, après l’escroquerie, le faux et l’usage de faux, l’extorsion de fonds, l’abus de confiance, vient le chantage. Joli monde à l’EDL. Décidément, les miliciens ont fait école. Et d’ailleurs, comment ne l’auraient-ils pas fait, puisque la majorité d’entre eux est aujourd’hui au pouvoir?
ALINE LAHOUD.