EDITORIAL

Par Melhem KARAM

AJOURNEMENT... SINE DIE?

Ajournement d’échéan-ce…c’est ce qui s’est pro-duit la semaine dernière. Ajournement d’échéance, pas plus. Comme si l’Etat ne vivait chez nous que sur le report des échéances. L’informa-tion a été ajournée. Et le mécon-tentement, aussi. Comme si, en paralysant la circulation, le couvre-feu n’était pas pareil à l’état d’urgence. Cependant, avec ou sans état d’urgence, l’Etat a peur. Il en a été toujours ainsi. Depuis le temps où l’émir Farid Chéhab était directeur général de la Sûreté, l’Etat a craint l’infiltration d’élé-ments perturbateurs dans une manifestation. La vérité diffère de cela. L’Etat n’appréhende pas que des éléments perturbateurs s’infiltrent dans les rangs de manifestants revendicateurs. Il a peur d’affronter la manifestation, parce qu’il est incapable de satisfaire les revendications. La manifestation apparaît comme un mouvement pouvant ébranler une entité supposée secouer la conscience. L’Etat fuit, de peur, la secousse de la conscience et ses fondements s’ébranlent face à toute manifestation. Dans le passé, l’Etat réprimait chaque manifesta-tion, en occasionnant des blessés et, parfois, des victimes. Parce qu’il décidait d’affronter les mani-festants et cela faisait apparaître son impuissance. L’erreur de l’Etat réside en ce qu’il jauge tout avec des mesures erronées. L’impuissance ne consiste pas à empêcher une manifestation… mais à éliminer ses causes. La sécurité israélienne ne se préserve pas par la répression des Palestiniens, mais par le respect des pactes… du pacte des pactes, celui de la justice, en définitive. Le secrétariat général des Nations Unies ne se traite pas par le veto. Du temps de la guerre froide, le veto américain est tombé et le «niet» soviétique, aussi sauf une fois, du côté américain, quand l’Etat hébreu cherche à justifier une faute. Il est, alors, sauvé par le veto dont use Washington. Un ajournement de l’échéance, pas plus. Il en est ainsi par rapport à l’audiovisuel. Et rien ne change, hormis ce qui est appelé à changer sur les scènes où se prend la décision. Mais le mécontement persiste et seul un acte peut l’éliminer, à savoir un acte qui en supprime les causes. Là réside l’impuissance de l’Etat… l’Etat des fermes… Nous écrivions, la semaine dernière, que la confiance a coïncidé avec un sit-in et une mannifestation. Cette confiance, serait-ce la défense, par le chef du gou-vernement, de son ou de ses Cabinets? Ou bien la défense, par les partisans, de sa personne et de ses Cabinets qui l’ont assurée? Nul ne répond par l’affirmative à cette question, car personne ne veut être témoin d’une histoire dépassant les limites de sa foi. Puis, la manifestation en nombre restreint n’est-elle pas pareille à la manifestation qui rassemble un grand nombre de personnes? Ceux qui minimisent le nombre des manifestants, croient-ils bien dire? Qui a donc pu atteindre jeudi dernier, les centres des rassemblements? La répression pacifique a empêché le déplacement à Beyrouth le 28 novembre 1996. Ceux qui ont pu les atteindre, étaient chanceux; ils ont pu crier la colère des gens face aux gouvernants, pour dire que les gens se trouvent d’un côté et le gouvernant de l’autre. Les deux côtés ne communiqueront que lorsque le gouvernant sera persuadé qu’il lui faut faire pencher son côté vers celui des gens en colère. Le «non» est le même… Beaucoup de gens l’ont crié ou bien il a été clamé par un particulier au nom de beaucoup d’autres. De Gaulle a lancé «l’appel du 18 juin» au nom de la nation… Gandhi, au nom des fils de l’Inde, s’est mêlé à des milieux non-fréquentables, a boycotté les produits anglais et mené les ma-nifestations que réprimait la cavalerie britannique. Les chevaux marchaient, alors, sur les corps des ma-nifestants. La Chine, elle, ne veut pas entende parler de Tien En Men. Ni, la Russie, des histoires des Soviets avec Imre Nagi, Janos Kadar, Vladislav Gomulka et du cardinal Midzenty, du temps de Nicolae Ceauscecu, après qu’il fut privé de la protection de «Securitate». Bien des gouvernants se préoccupent de faire oublier des comportements de leur part contraires à la démo-cratie. Il est vrai que la CGTL n’a pas rassemblé les gens comme elle l’entendait… Cependant, les gens sont mécontents avec ou sans la CGTL, le leadership revenant à quiconque ressent en lui-même la foi et la capacité. La foi dans la cause et la capacité de la porter jusqu’à l’étape finale. Le troisième Cabinet Hariri a un début difficile et laborieux. Son chef est affecté par l’ancienneté du pouvoir et ses membres sont à la merci des décideurs. Aussi, ne s’éloignent-ils pas au-delà d’un domaine déterminé. Surtout quand la décision doit s’appliquer à quelque problème à propos duquel l’erreur et un défaut d’appréciation ne sont pas permis. Le 28 novembre 1996 est une nouvelle date dans le livre des justes revendications. Et une nouvelle fuite d’un Etat impuissant ayant peur de la manifestation des ayants-droit… C’est pourquoi, il reporte l’échéance jusqu’à un délai indéterminé…