LIBAN-DIPLO
NOUVEL AMBASSADEUR DU MEXIQUE à BEYROUTH
“Les Libanais forment l’un des plus grands groupes d’immigrants étrangers au Mexique”.
EDGARDO FLORèS RIVAS:
“LES GRANDES FIRMES MEXICAINES DéSIRENT êTRE INFORMéES SUR LA MANIèRE DONT ELLES PEUVENT CONTRIBUER à LA RECONSTRUCTION DU LIBAN”
Diplomate de carrière, M. Edgardo Florès Rivas, nouvel ambassadeur du Mexique à Beyrouth - il a présenté ses lettres de créance le 15 novembre 96 - a occupé son premier poste à l’étranger en 1971, en tant que vice-consul au Belize, petit Etat situé à la frontière de son pays. Puis, il a assumé les charges suivantes: consul à Rotterdam (Pays-Bas), en 1972; deuxième secrétaire à Londres (1973), consul à San Diego (Californie-USA), en 1974. Rappelé, ensuite, au ministère des Affaires étrangères, il y a passé sept ans avant d’être muté à New York en qualité de consul adjoint en 1982 et, deux années plus tard, consul général à El-Passo. Ramené de nouveau à l’administration centrale en 1986 où il a dirigé la section des affaires consulaires pendant quatre ans, il a été nommé ambassadeur au Pérou (1989); puis, au Nicaragua (1993) avant d’être affecté au Liban en novembre dernier. Son arrivée a coïncidé avec la réouverture de l’ambassade, qui avait été fermée durant la guerre. M. Rivas se préoccupe, surtout, de rétablir le contact avec les trois-cents familles mexicaines installées au Liban et de les regrouper.
LIBAN-MEXIQUE
- Comment qualifiez-vous les relations du Mexique avec le monde arabe, en général et avec le Liban, en particulier? Quel est le volume de leurs échanges au plan commercial?
“Le Liban est le seul pays du monde arabe qui a un nombre important de ses citoyens au Mexique. Ceci constitue un impact considérable sur nos relations mutuelles. Au début du XXème siècle, le Mexique est devenu familier aux Libanais dont un grand nombre se sont installés chez nous, travaillant comme vendeurs ou artisans (textiles) et commerçants de divers produits. Leurs enfants sont devenus au fil des années de grands hommes d’affaires et même des politiciens. “Le Liban est présent tous les jours dans la vie quotidienne mexicaine. Nous apprécions les coutumes libanaises, parce qu’elles sont bien meilleures que les coutumes arabes et leur train de vie. “Les échanges commerciaux entre nos deux pays sont minimes. Nous espérons, maintenant pouvoir les développer davantage”.
- Le Mexique applique-t-il, rigoureusement, la loi “Helms-Burton” qui pénalise les entreprises étrangères faisant le commerce avec Cuba? On dit que votre pays et le Canada - pourtant signataires de l’accord de libre-échange nord-américain - ont été les premiers à réagir contre cette législation, bientôt rejoints par les pays de l’Union Européenne?
“Nous sommes contre la loi “Helms-Burton” parce qu’elle s’oppose à la loi internationale. En effet, nous avons établi des législations pour sanctionner les firmes mexicaines qui se soumettent aux lois étrangères. Nous avons d’excellentes relations amicales et de bon voisinage avec les Etats-Unis et notre relation commerciale avec Cuba se fait selon nos propres échanges, non selon ceux du congrès américain. Heureusement, le Canada et les Etats-Unis approuvent la position du Mexique concernant la loi “Helms-Burton”.
- L’ALENA sera-t-il étendu de l’Alaska à l’Argentine et le Mexique en a-t-il tiré des avantages au plan économique?
«Le continent américain s’efforce, sérieusement, de devenir une zone de libre échange. Nous avons commencé avec la NAPFA (Mexique-Canada et Etats-Unis) et avons conclu des accords bilatéraux avec le Chili, la Bolivie, la Colombie et le Venezuela. «Pour leur part, l’Argentine, le Brésil, l’Uruguay et le Paraguay sont parvenus, après bien d’efforts, à établir le projet d’intégration qu’est: «Mercosur». Nous espérons qu’en l’an 2005, le continent américain entier supprimera toutes les barrières commerciales».
IMMIGRATION
- Les Etats-Unis ont durci la législation contre l’immigration et décidé de construire un mur à la frontière mexicaine pour barrer la voie aux immigrants illégaux. Qu’en est-il de la loi mexicaine sur l’immigration et dans quels secteurs les Libanais pourraient trouver des emplois dans votre pays?
«Les Etats-Unis étaient les grands défenseurs de l’immigration de masse et plus que 90% de sa population est d’une descendance non locale. Récemment, la loi d’immigration ne s’est plus inspirée des lois de «Supply and Demands», mais dépend des intérêts de certains groupes qui insistent sur les désavantages de l’immigration et négligent ses bénéfices. «Nous souhaitons que le pragmatisme prédomine. Les produits américains sont concurrencés par ceux du Japon, d’Allemagne et d’Asie. Le labeur mexicain hautement qualifié, pourrait supporter le produit américain sur le marché international, si l’immigration était négociée sur base de critères techniques et non électoraux».
Edgardo Rivas à Jeanne Massaad: “Je me préoccupe de regrouper les trois-cents familles mexicaines établies au Liban”.
L’éCONOMIE MEXICAINE 13e AU MONDE
- Quel est le problème auquel le gouvernement mexicain est actuellement confronté: récession économique, déficit budgétaire, chômage, sida, drogue, etc…?
«Le Mexique a évolué, graduellement, d’une économie de base rurale dans les années quarante à une puissance industrielle dans les années 90. Nous sommes la treizième économie dans le monde et le dixième pays exportateur, mais le circuit économique a touché la croissance et a nui à la confiance entre le Mexique et les investisseurs étrangers. La crise de 1994-1995 a dévalué le peso (100/100) et empêché la croissance du G.N.P. à des niveaux sans précédents. «Heureusement, en 1996 nous aurons une croissance modeste de 3%, une inflation de 25 à 30% et il y a eu une amélioration stable dans la balance des paiements. L’année dernière, cette année encore, nous n’avons pas seulement dépassé les déficits commerciaux, mais nous aurons un surplus excédant 6 billions de dollars et ce même montant, pour les investissements étrangers. «En contrepartie, le pouvoir d’achat du Mexique ne s’est pas développé. Nous avons un problème sérieux dans la distribution rationnelle des biens et travaillons pour une société mexicaine équitable, en vue d’une solution pour la paix interne, la migration et l’abolissement de la pauvreté, spécia-lement parmi le secteur indien et rural de la population».
- Les rues de Mexico sont, dit-on, livrées aux enfants, près de 14.000 d’entre eux vivant sur la chaussée ou ayant la rue comme lieu de travail, selon un recensement de l’UNICEF. Cet état de choses ne risque-t-il pas d’aggraver ou de favoriser la délinquance juvénile? Que font les autorités pour s’attaquer à ce fléau social?
“Dix pour cent de la popu-lation est extrêmement pauvre, les enfants étant les plus touchés. Le Mexique est un pays riche, ayant eu un passé colonial qui a favorisé la disparité sociale. L’industrialisation du pays s’améliore, mais lentement. Nous souhaitons qu’avec plus de processus politique dé-mocratique, de croissance économique et de justice, nous pourrons éliminer ces problèmes sociaux.”
LES MEXICAINS INTéRESSéS PAR LA RECONSTRUCTION DU LIBAN
- Le Mexique peut-il aider à la reconstruction des régions libanaises dévastées par la guerre; de quelle manière et dans quel secteur?
“Avant de venir au Liban, j’ai rencontré les responsables des grandes compagnies mexicaines: I.C.A. et BUFETE. Ils sont très intéressés par la reconstruction de Beyrouth et désirent être informés sur la manière d’y contribuer. “Je pense recueillir le plus d’informations à ce sujet, pour qu’ils puissent y participer et s’associer à des firmes libanai-ses”.
- Quel est le meilleur souvenir de votre carrière diplomatique?
“Il y a bien des souvenirs que je peux évoquer. Le plus beau est lié au peuple, à son affection pour le Mexique, et à son an-cienne culture. Le peuple essaie de se souvenir des choses qui caractérisent les pays dévelop-pés, mais est moins intéressé par les cultures et civilisations anciennes. “Les gens considèrent le Mexique comme un pays aimable n’ayant jamais souffert des affres de la guerre; et comme un peuple doué pour la musique et l’hospitalité. J’ai été traité d’une façon généreuse non pour mes mérites, mais pour ma citoyenneté mexicaine”.
JEANNE MASSAAD.