SATURNALES
LA LIBERTÉ EN DEUIL
Arrivée au lieu du supplice, Mme Roland s’inclina devant la statue de la Liberté et prononça cette phrase: “Ô Liberté! que de crimes on commet en ton nom” (1793). Aujourd’hui, au Liban, nous portons le deuil de la Liberté. Pas de Liberté de manifester. Pas de Liberté pour les médias. Dans cette société fondée sur le pouvoir de l’argent, dans cette société où les intellectuels végètent dans la misère ou émigrent, dans cette société d’un capitalisme sauvage, dans cette société où la classe libérale ne compte plus, alors que quelques poignées de commerçants ne savent être que des suceurs de sang, il ne peut y avoir de liberté réelle et véritable. Et comble d’arrogance de la part de soi-disants responsables, ils arguent que nous ne sommes pas en Inde, que l’on ne voit pas les gens tendre la main aux portes des mosquées et des églises. Sans vergogne, cette autorité qui met la honte dans la déclaration d’être pauvre plutôt que dans celle d’accabler le citoyen d’impôts.
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QUI A PARLÉ DE LA SCOLARITÉ OBLIGATOIRE? ET DU TRAVAIL DE L’ENFANT?
Le Liban prétend être un pays civilisé. Des hommes politiques vont inaugurer des pavillons qui portent leur nom dans les grandes universités américaines. Charité bien ordonnée commence à la maison. Avant d’aller fanfaronner à l’étranger n’aurait-il pas été plus sain, plus civilisé de mettre de l’ordre au Liban d’abord? En commençant par interdire le travail des enfants qui est toléré à partir de l’âge de HUIT ans? Est-ce un pays civilisé qui peut admettre cette honte? Qui a songé à élaborer une loi instituant la scolarité obligatoire au moins jusqu’à l’âge de 14 ou 15 ans? Non pas tous ces matadores, trop occupés à faire la roue devant leur clique et claque. Qui a dit tiers-monde? Bien moins que cela! Le Liban est l’un des très rares pays à n’avoir pas institué la scolarité obligatoire? A qui est-ce la faute... Au sionisme... évidemment!
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RAYMOND EDDÉ ET LE PECHE ORIGINEL
Selon Raymond Eddé, la commission de trois magistrats chargée d’enquêter sur l’enrichissement illicite est habilitée “à considérer tout fonctionnaire, président, ministre ou député, coupable d’enrichis-sement illicite jusqu’à preuve du contraire”. Où a-t-il été chercher cette forme de démocratie et de justice, le Amid? En démocratie toute personne est considérée innocente, jusqu’à preuve du contraire. Il est vrai qu’en fait de démocratie, on en est un peu loin. Mais de là à mélanger les serviettes et les torchons. Tout le monde connaît les voleurs. Les grands voleurs. Mais on sait aussi pertinemment, que ce ne sont pas eux qui vont être touchés par l’enquête. Ceux qui le seront ce sont les petits fonctionnaires qui auront touché quelques centaines de dollars. Raymond Eddé parle comme si la corruption est le fait de l’Administration, alors qu’en fait elle est celle des politiciens. Le Liban a eu de grands administra-teurs et de grands fonctionnaires. Parfai-tement honnêtes, intègres, convaincus, dévoués. Et ceux-là sont restés pauvres et n’ont rien légué à leurs familles. Les voleurs sont toujours en place. L’opinion populaire qui a souvent du bon sens peut les pointer du doigt. On sait que cet homme politique qui tirait le diable par la queue, tire l’or en brassée, maintenant qu’il s’est mis à la solde “de qui vous savez.” Alors si l’on va épurer, il faut commencer par les “épureurs”. Quant à Raymond Eddé, libre à lui d’enfourcher son dada, et de reprendre son couplet.!
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Mary Azoury dans la loge dominant le podium d’honneur. (3ème à partir de la gauche) Sur le podium, Alexandre Soljenitsyne (URSS) Prix de Littérature 1970, mais qui ne lui a été remis qu’en 1974. DÉCEMBRE LE MOIS DES PRIX NOBEL “Je pardonnerais à Alfred Nobel d’avoir inventé la dynamite mais je ne puis lui pardonner d’avoir créé le Prix Nobel” s’était exclamé dans une boutade l’humoriste Bernard Shaw, devant certaines rivalités et la lutte que se livrent pays et personnalités du monde entier pour se faire attribuer les Prix Nobel. Cela se passe tous les ans, le 10 décembre, date anniversaire de la mort du savant suédois. Le Prix Nobel, une des plus prestigieuses cérémonies du monde. J’ai eu l’honneur d’assister deux années consécutives à la remise des Prix Nobel. La cérémonie qui m’a le plus marquée? Celle du 10 décembre 1974 où Soljenitsyne devait recevoir son prix. L’URSS (à cette époque c’était encore l’Union Soviétique) avait usé de tous les moyens diplomatiques pour empêcher le dissident russe d’être présent. Rien à faire, il y était venu avec son épouse Natalja. Je me retrouve au “Grand Hôtel” de Stockholm, face au Palais Royal, à la chambre 234. Sur le palier, vaste salon d’attente où quatre “gentlemen” semblent converser tout en maintenant une surveillance discrète sur les ascenseurs et l’escalier. Quittant ma chambre le matin, deux magnifiques poignards de Jezzine à la main, j’essaie de fermer ma porte. A la suite d’un faux mouvement, les deux poignards tombent à grand fracas sur le sol... Je me trouve entourée des quatre “gentlemen” qui se précipitent, puis m’aident avec le sourire à ramasser mon paquet, destiné en cadeau à un ami suédois. C’est alors que je m’aperçois soudain, que je suis la voisine d’appartement d’Alexandre et Natalja Soljenitsyne, qui occupent la suite 236-238, et que d’ailleurs j’aurais l’occasion de revoir constamment au cours de cette semaine. |
MARY YAZBEK AZOURY.