LA TRIBUNE

TACTIQUES DILATOIRES ET COLONISATION RAMPANTE

Quel jeu joue l’Egypte entre Israël et les parties arabes encore en conflit avec l’Etat juif? Depuis l’arrivée au pouvoir de M. Netanyahu, les dirigeants égyptiens ont multiplié d’abord les mises en garde contre les intransigeances du chef du Likoud, ensuite, les critiques acerbes et directes, voire les menaces. M. Netanyahu en a été ulcéré et a fait des représentations au Caire. M. Sharon a annulé une visite en Egypte. Mais entre le discours officiel et les décisions que le Caire est amené à prendre, il y a souvent contradiction. C’est ainsi qu’après avoir menacé d’annuler la conférence économique internationale de la mi-novembre, le Caire en a organisé la tenue. Et maintenant, invitée à adopter une résolution recommandant aux Etats arabes qui ont commencé à normaliser leurs relations avec Israël de suspendre cette normalisation, la Ligue arabe, pour répondre au vœu du Caire, ajourne cette décision. L’argument égyptien pour ce sursis est qu’il faut attendre l’inauguration officielle du nouveau mandat de M. Clinton pour voir quelle carte le président américain sortira de sa manche. Le problème auquel fait face l’Egypte avec ses partenaires arabes semble être de déterminer dans quelle mesure les pressions peuvent faire évoluer le cours de la politique de M. Netanyahu et si une plus grande souplesse, apparemment recommandée par Washington, ne serait pas davantage bénéfique pour ce qu’on appelle encore “le processus de paix”. L’autre jour, M. Netanyahu a prévenu les Arabes: “Personne ne peut faire pression sur nous”, avait-il proclamé. On semble l’avoir entendu à la Ligue arabe.

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Pendant ce temps, pressions ou pas, tout se passe comme si l’échec du processus de paix est en passe de susciter une crise politique en Israël même sur fond de marasme économique. Les choses en sont arrivées au point qu’un sondage d’opinion a été organisé pour savoir si les Israéliens craignaient une guerre civile entre laïcs et religieux; 47,5% ont répondu oui. Comment expliquer autrement la relance des spéculations sur la nécessité et la possibilité de mettre en place un Cabinet de coalition avec les Travaillistes? M. Pérès est déjà en campagne dans ce but. Et M. Netanyahu laisse dire qu’il n’est pas sourd à ces appels. Mais il faut y prendre garde. Si une remise en selle des Travaillistes dans un Cabinet de coalition peut laisser croire à une relance du processus de paix, il suffit, pour modérer cet optimisme, de se dire qu’au sein même du parti de M. Pérès, il existe une aile qui n’est pas moins dure que le Likoud - et que M. Pérès lui-même, malgré son activisme, est virtuellement sur la touche au sein de son propre parti. En outre, la capa-cité manœuvrière de M. Netanyahu ne doit pas être sous-estimée. Que de fois, ces dernières semaines, le chef du gouvernement israélien et son ministre des Affaires étrangères n’ont-ils pas annoncé l’imminence de la signature d’un nouvel accord sur Hébron avec les Palestiniens! Et même la reprise prochaine des négociations avec Damas, en dépit de toutes les évidences contraires. Comme toujours, c’est sur le terrain que le cours de l’Histoire est en train de se fixer. Pendant que M. Netanyahu réussit à neutraliser les pressions dont il est l’objet, il encourage les colons à consolider et à étendre leurs implan-tations, il poursuit la judaïsation de la Jérusalem arabe et étouffe économi-quement les populations de Gaza et des villes de Cisjordanie. Tout le reste est bavardage.

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Les pressions exercées sur Israël par l’Europe, par les Etats arabes et par beaucoup de leurs amis, ont été réelles mais en sont restées jusqu’ici au stade purement verbal. Pour les contrer, la machine de propagande d’Israël ne chôme pas et couvre tous les continents. Elle vise, sur le plan international, à rassurer les investisseurs potentiels de capitaux et les donateurs; sur le plan interne, pour rassurer une opinion déçue et inquiète, c’est la perspective d’une coalition avec les Travaillistes qui est agitée. D’une part, Israël gagne ainsi du temps pour rendre irréversible sa politique de limitation de l’autonomie palestinienne (la poursuite de la colonisation en est l’élément fondamental). En même temps, il peut espérer que l’Europe et d’autres pays, absorbés par leurs propres difficultés, se lasseront et relâcheront leurs pressions. D’autre part, il maintient lui-même une pression militaire sur la Syrie par le Liban-Sud occupé et par une alliance militaire de plus en plus concrète avec une Turquie qui ne cache pas son hostilité au régime de Damas. De son côté, l’Amérique, par la bouche de son va-t-en guerre M. Perry, secrétaire d’Etat à la défense, montre les dents dans le Golfe persique et se fait mobilisatrice dans la presqu’île arabique. Grâce à quoi, les marchands d’armes de tous bords s’en donnent à cœur joie transformant toute la région en poudrière. Dans ces conditions, pour demeurer optimiste et parier sur la paix, il faudrait beaucoup de force d’âme sinon de naïveté.

RENE AGGIOURI.